En 2007, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, écrivait à
propos de l’ouvrage de Roland Barthes, Mythologies : « Relisant aujourd’hui ces vignettes avec un peu de nostalgie pour un temps qui n’est plus – en cinquante ans, presque tout
a changé –, on en vient à oublier presque la thèse qui servait de prétexte à leur réunion, puisqu’il s’agissait de dénoncer l’aliénation du peuple par
l’idéologie. »
Si Antoine Compagnon ne se trompe pas et si Roland Barthes revenait parmi nous pour mettre à jour ses Mythologies, alors il ne pourrait faire autrement que d’ajouter l’agriculture
biologique à la liste de ses mythes. Encore que ce sont plus les classes moyennes que le peuple que ce mythe aliène !
Les partisans de l’agriculture biologique prétendent qu’elle est la seule façon de produire qui respecte l’environnement, ce qui est fort contestable, mais c'est ce qu'ils ont réussi à faire
croire à l'opinion publique. Il faut donc pouvoir prétendre que ce mode de production est généralisable. Sinon on aurait le choix entre, d’un côté, une population mondiale correctement nourrie et
une planète polluée ou, de l’autre, une planète respectée et une population mondiale malnutrie. Une telle alternative ferait un peu désordre.
En 2007 le directeur général de l’Organisation des Nations-Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Jacques Diouf a dû aller jusqu’à se
fendre d’un communiqué pour démentir la rumeur selon laquelle la FAO estimait possible de nourrir toute la planète avec l’agriculture biologique.
Comme toutes les rumeurs, celle-ci a un point de départ erroné, voire malhonnête, que saisissent ensuite les idéologues pour conforter leurs thèses auprès du public et qu’ils font circuler à qui
mieux-mieux. En l’occurrence, il s’agissait d’un communiqué dont l’en-tête de la FAO avait été usurpé. Jacques Diouf a donc été conduit à déclarer : « Ce document
n’émane pas de la FAO ».
Les statistiques des rendements des cultures « bio » sont
rares. L’établissement public français chargé de la gestion des marchés agricole, FranceAgriMer, publie une évaluation des rendements de quatre cultures en mode de production biologique.
La dernière publication concerne la récolte de l’année 2008.
Pour trois de ces productions il est possible de comparer ces rendements à ceux des cultures conventionnelles, évalués par l’Institut techniques des
grandes cultures Arvalis.
|
Rendements en quintaux/hectare (récolte 2008) |
Tous modes de production - France |
Mode de production agriculture bio - France
|
% |
|
Blé tendre |
73 |
31,4 |
43% |
|
Orges |
69 |
29,3 |
42% |
|
Maïs |
95 |
66,3 |
70% |
Comment penser pouvoir nourrir la population mondiale en diminuant de 30 à 60 % les rendements agricoles ?
La meilleure
preuve du contraire est que l’Asie est sortie des famines récurrentes par ce qu’on appelle la révolution verte, laquelle s'est traduite, à partir du début des années soixante, par
une augmentation substantielle des rendements agricoles, en mettant en œuvre des moyens qui n’ont rien à voir avec les
méthodes de l’agriculture biologique.
Norman Borlaug,
agronome américain, est décédé à Dallas le 12 septembre dernier. Ses découvertes ont valu à Norman Borlaug le surnom de « père » de la Révolution verte et le prix Nobel de la
paix en 1970. C'est en grande partie grâce à ses travaux que des pays comme le Mexique ou l'Inde sont devenus autosuffisants dans la production de céréales.
Norman Borlaug est un des bienfaiteurs de l’humanité, qu’il convient de mettre au rang des plus grands tels que Louis Pasteur ou Alexander Fleming, l’inventeur de la pénicilline.
Il est pourtant devenu la cible des critiques des écologistes, dont les plus virulentes viennent des malthusiens, ce qui est bien compréhensible. L’application sur le terrain des résultats des
travaux scientifiques de Norman Borlaug sont venus contredire de plein fouet les prédictions de Malthus.
Je reviendrai ultérieurement sur d’autres idées fausses que mettent en avant les partisans de l’agriculture biologique. Pour le moment :
C’est tout pour aujourd’hui !
Bibliographie
Agriculture bio : les
origines d'une rumeur
Évaluation rendements bio FranceAgriMer
Évaluation des
rendements des céréales par Arvalis
Évaluation du rendement du maïs par Arvalis
Norman Borlaug est mort
Un écolo-malthusien parle de Norman Borlaug
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