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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 12:18



Récemment une note du Préfet des Côtes d’Armor a été rendue publique par la presse.


Dans sa conclusion le préfet estime qu’un changement des pratiques agricoles sur les bassins versants, qui concernent 2190 exploitations soit un quart des exploitations du département, n’auront qu’un effet très limité sur le phénomène des marées vertes.



Pour arriver à un effet marquant il faudrait l’arrêt de l’agriculture sur le bassin versant avec conversion totale des terres en prairies fauchées mais non fertilisées, autant dire, ce que le Préfet ne dit pas, la disparition de la quasi totalité des 2190 exploitations concernées.


À
mon avis, le préfet a raison sur le premier point mais pas sur le second : même la suppression de l’activité agricole n’aura pas d’effet sur le phénomène des marées vertes.



Dans ces conditions, et quoi qu’on pense de la justesse de cette thèse sur le plan scientifique, il me parait utile de revenir sur l’histoire agricole de la Bretagne et la logique profonde de son mode de développement.

La minceur et la pauvreté de ses sols est une caractéristique bien connue de la géographie physique de la Bretagne, qui est sortie de sa misère ancestrale, largement liée à ce pauvre héritage de la nature, en intensifiant la production agricole par l’utilisation de moyens modernes de culture : engrais et remembrement.



Aujourd’hui la Bretagne dispose du cinquième des vaches laitières françaises et fournit le quart de la production nationale de lait.





Elle produit 30 % de notre viande de volaille. Plus de la moitié du cheptel porcin français est breton. La Bretagne a ainsi bâti, grâce à l’énergie et à l’obstination de ses paysans, une économie agricole et agroalimentaire puissantes, qui contribuent grandement à la prospérité de ses habitants.




Ces productions permettent à un agriculteur de travailler et gagner sa vie sur des petites surfaces, les vaches laitières à un moindre degré que l’aviculture et que l’élevage de porcs, puisque ce deux dernières productions peuvent éventuellement être conduites en achetant tous les aliments.



On parle alors d’élevage « hors sol », ce qui n’est qu’une façon de parler, puisque les aliments donnés aux animaux sont bien produits sur des surfaces. Simplement ces surfaces appartiennent à d’autres exploitations, souvent dans d'autres régions, que celles qui élèvent les animaux.





Bien qu’en Bretagne l’azote contenu dans les lisiers de bovins soit deux fois plus important que celui des lisiers de cochon, c’est celui-là qui est le plus fréquemment mis en cause dans les marées vertes.




La balance commerciale française des produits issus de l'élevage de porc  est excédentaire en volume mais tout juste équilibrée en valeur.

         
  



Il est aujourd’hui très difficile de développer la production de porcs dans d’autres régions que la Bretagne. C’est d’abord une question culturelle.

En Bretagne, élever des porcs découlait d’une vieille pratique consistant à écrémer le lait en vue de la fabrication de beurre et à nourrir le cochon avec le petit lait. Cette tradition a été revivifiée par la nécessité pour beaucoup de fils de paysans bretons de s’installer sur de toutes petites surfaces, voire sur rien, juste la superficie nécessaire au bâtiment.


Dans les autres régions de France la production de porc, qui est pourtant extrêmement technique, est aujourd’hui assez méprisée. Et, de toute façon, si vous trouvez un paysan volontaire pour élever des porcs, ce sont ses voisins qui s’y opposent, alors même qu’aujourd’hui on fait des porcheries sans odeurs. Tout ça pour dire que si on ne veut pas se nourrir de cochon importé, il faut maintenir l’élevage porcin en Bretagne.



La Bretagne a une surface agricole utile largement suffisante pour épandre tous ses lisiers de bovins, de porcs et de volaille. Il lui manque même encore de l’azote pour compenser les exportations des cultures, c’est pourquoi les agriculteurs bretons recourent aux engrais minéraux azotés. Quand un éleveur de porc n’avait pas assez de surface pour épandre son lisier dans des conditions agronomiques satisfaisante il trouvait des voisins, à qui en général il donnait les excédents, lesquels voisins étaient bien contents d’économiser ainsi sur l’achat d’engrais minéraux.



Puis, sous la pression des écologistes et de la bureaucratie réunis, les éleveurs de porcs ont été tenus, sous peine de sanctions très lourdes, d’avoir des contrats d’épandage en bonne et due forme avec leurs voisins. Ils devinrent alors soupçonnés par leurs collègues d’être des accapareurs de terres potentiels, car chacun sait qu’un paysan cherche toujours à devenir propriétaire des terres dont il a besoin pour travailler.




Aussi, pour sécuriser leur système, éviter les frictions avec les voisins et les querelles dans les organisations professionnelles, les éleveurs de porcs se sont lancés dans la construction de stations d’épuration dénitrifiant les lisiers et larguant ainsi l’azote dans l’air sous forme gazeuse.


Lorsque l’on atterrit à Brest ou qu’en décolle, il est stupéfiant de voir le nombre de structures rondes au sol, un vrai jeu de dames, ce sont les stations d’épuration.  

L’agroéconomiste que je suis est profondément choqué par ce gâchis, car cet azote perdu pour rien dans l’atmosphère, les voisins de l’éleveur de porc doivent se le procurer maintenant sous forme d’engrais minéraux, dont la majeure partie est produite par l’industrie des engrais avec de l’azote de l’air et ce à grand coût énergétique ! Un vrai miracle économique et écologique !


Il n’y a aucun doute quand au rôle des phosphates dans les marées vertes. L’Ifremer passe son temps à vendre ses modèles aux collectivités territoriales ou locales. C’est normal qu’en bons commerciaux qu’ils sont ils ne démordent pas de leur position sur le rôle de l’azote.


Résultat de l’action : les rejets d’azote dans les zones marines bretonnes diminuent et les marées vertes sont toujours là. Et quand on aura supprimé l’agriculture bretonne pour la remplacer par la prairie comme le suggère le Préfet des Côtes d’Armor, les marées vertes seront toujours là.



On notera au passage que le préfet estime à 500 000 € le coût du ramassage des algues vertes dans son département. Le revenu fourni par 2190 exploitations agricoles aux exploitants, aides familiaux et salariés qui y travaillent doit représenter au bas mot 50 millions d’Euros. 500 000 Euros d’économie contre 50 millions de perte de revenu, c’est le père Ubu.

 

Lire la note du Préfet des Côtes d'Armor

Nitrates, phosphates, marées vertes




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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 19:24



Le 11 octobre 2009, sur LCI, Luc Ferry et Jacques Julliard font part de leurs sérieux doutes sur le réchauffement climatique anthropique. Ils contestent la taxe carbone, le Giec, le catastrophisme, la décroissance, le malthusianisme et affirment que les vrais problèmes qui se posent à l'humanité ne pourront être résolus que par la connaissance, la science et la technologie.





Deux honnête-hommes du XXIe siècle nous parlent dans une une vidéo vivante et passionnante 
(10' 58'' - 38 Mo) : 
Dailymotion - Les errances de M. Hulot - une vidéo Actu et Politique





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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 14:58



Richard Lindzen est titulaire de la chaire de météorologie au prestigieux Massachuchetts Institute of Technology (MIT). Il est membre de l’académie nationale des sciences, titulaire d'un grand nombre de prix et de récompenses académiques. Ses recherches portent sur les grandes questions de la climatologie actuelle auxquelles il a apporté une contribution majeure dans plusieurs domaines.
 
Initialement membre du
Groupe Intergouvernemental pour l’Étude du Climat (GIEC en français, IPCC en anglais) il en a démissionné avec fracas en 2001, après la publication du troisième rapport.


En effet il considéra alors que les comptes-rendus de cet organisme ne reflétaient plus la réalité des connaissances scientifiques, au moins pour sa partie, à savoir la validité des modèles océan-atmosphère (tiens, c’est marrant, il n’a fallu que huit ans de plus à Mojib Latif pour arriver à une conclusion peu éloignée !)


                              Océan-atmosphère : Martinique

Pour un colloque qui s’est tenu à San Marin du 29 au 31 août 2008, Richard Lindzen a écrit un texte intitulé Science du Climat : Est-elle, de nos jours, apte à répondre aux questions ? J’en donne ici un résumé.

 

Ce texte aborde les origines des changements observés depuis les années soixante-dix dans les pratiques de la recherche scientifique.

 

Jusque là, le fondement du financement de l’activité scientifique aux États-Unis était le sentiment de gratitude de la société envers la science pour les problèmes qu’elle résout et les progrès qu’elle apporte. Au lendemain de la guerre, les contributions majeures de la science à l’effort de guerre, à la santé et à d’autres problèmes importants apparaissaient évidentes et suscitaient la gratitude.
                                                                                                                                                    Alexander Flemming



Au tournant de cette décennie s’y est substitué le sentiment de peur : peur de l’Union Soviétique, peur du cancer, peurs liées à la santé, peur du manque de compétitivité, peur de l’épuisement des ressources et de la dégradation de l’environnement, etc.


Concernant la motivation des scientifiques, il y a un monde entre la perception que la gratitude est le fondement du soutien apporté à la science et celle que c’est la peur. Si l’on pense que c’est la gratitude, il est évident que l’on réagira en travaillant à renouveler la gratitude, donc à résoudre les problèmes. Entretenir la peur pour continuer à être soutenu, en revanche, milite contre la résolution des problèmes.

 




Cette époque fut aussi caractérisée par l’accroissement massif des budgets et des structures gestionnaires, qui dépossédèrent les scientifiques du contrôle de la science.
Désormais le pouvoir politique détermine largement la nature de l’activité scientifique.

 



                                             ___________________

Les techniques pour obtenir le politiquement correct en science sont abordées en quatre chapitres. Elles sont illustrées de nombreux exemples.
                                             ___________________



Les efforts concertés pour politiser les sciences du climat

 

Les organisations, qu’il s’agisse de laboratoires de recherche, des académies des sciences, des agences et départements publics et même des universités, sont dirigées par des conseils exécutifs très réduits, voire par une personne unique. Cela facilite grandement l’influence que peut exercer une poignée de personnes, qui ne sont souvent pas même scientifiques, et qui prétendent parler au nom d’organisations regroupant des milliers de chercheurs.

 


Une autre forme d’infiltration consiste simplement à obtenir un ou deux sièges au sein du conseil ou d’un groupe d’experts d’une organisation. Cela suffit pour pouvoir mettre un veto à toute déclaration ou décision à laquelle on s’oppose. À la longue, cela permet d’en obtenir qui vont dans le sens que l’on souhaite.

 

De nombreux exemples d’infiltration par des militants de l’écologisme sont donnés par Richard Lindzen.

 

L’influence des mouvements écologistes a aussi appuyé la théorie du réchauffement climatique en l’introduisant comme exigence pour l’attribution des nombreux prix et récompenses destinés aux scientifiques.

 


La Science au service de la politique

 

On modifie les données qui ne vont pas
dans le bons sens. Les modifications sont quelquefois criantes, mais, le plus souvent, elles sont un peu plus subtiles. Les données géophysiques sont très incertaines et constamment mises à jour. On n’en retient que les mises à jour qui vont dans le sens souhaité, c’est-à-dire celui qui conduit les données à être en accord avec les modèles.                   
                                                                                                                                         La fameuse courbe en crosse de hockey de Mann


Que des corrections aient besoin d’être appliquées aux données climatiques est parfaitement normal, mais que ces corrections aillent toujours dans le même sens est hautement improbable. Richard Lindzen illustre cette façon de faire par sept exemples.

 


Les pressions pour bâillonner les investigations et la résolution des problèmes

 

Un simple désaccord avec les conclusions du GIEC est devenu une raison courante pour refuser la publication d’un article dans les journaux professionnels.


Dans d’autres cas on demande à l’auteur d’inclure
un commentaire hors-sujet mais venant à l’appui de la croyance acceptée sur le réchauffement global. Par la suite on prétend que ce commentaire est le point important de l’article.

 

Alors que l’habitude veut que lorsqu’une revue estime qu’un article appelle des objections, elle demande à un autre auteur de les rédiger, elle soumet ces objections à l’auteur de l’article, qui y répond, le tout étant publié simultanément, dans le cas d’un article non conforme au réchauffement climatique, on publie les objections dans le numéro suivant, puis la réponse de l’auteur quelques numéros plus tard.


Ultérieurement, quand on citera la controverse, on citera l’article et les objections mais on « oubliera » la réponse faite par l’auteur.

 



Conclusion : Les dangers pour la science et la société

 


En ce qui concerne les dangers spécifiques se rapportant à la question du réchauffement climatique, les projets de changements, d’origine politique, visant à « atténuer les changements climatiques » demandent d’énormes sacrifices quant au bien-être mondial.

                                                                                                                                                               Bateau de misère



Le mécanisme actuel de soutien de la science est celui où la résolution d'un problème scientifique est récompensée en mettant fin aux financements. Cela n’encourage guère la solution de problèmes ou la recherche de réelles réponses, ni n’encourage à tester sérieusement différentes hypothèses.



Pour sortir de cette situation il faut que la société accorde une certaine confiance, il lui faut de la patience, et accepter un élitisme qui ne semble guère en harmonie avec les attitudes contemporaines.

 


Il peut, toutefois, être possible de réaliser un premier pas significatif en commençant par réduire, avec précaution, les financements de la science. De nombreux scientifiques seraient disposés à accepter un plus faible niveau de financement en échange d'une plus grande liberté et d’une plus grande stabilité.

 



Mon commentaire

 


Si nous vient à l’esprit la métaphore que dans les sciences climatiques les blasphémateurs sont crucifiés sur le Golgotha de la pensée unique, alors la résurrection et l’ascension ne sauraient tarder.











                                               Bellini, Résurrection






                                  Le Pérugin, Ascension


Bibliographie


Le texte de Richard Lindzen : Version originale, en anglais , Traduction en français

Curriculum Vitae (impressionnant !) et publications de Richard Lindzen


On écoutera avec intérêt l'émission Du grain à moudre de Brice Couturier et Julie Clarini du lundi 19 octobre 2009  La science est –elle pervertie par l’obsession de l’évaluation ?


Articles précédents

Réchauffement climatique : une conférence de Vincent Courtillot (brève)

Réchauffement climatique : les certitudes du GIEC se fissurent

CO2 Un mythe planétaire ou L'inanité de la taxe carbone (note de lecture)

Mille fois répété un mensonge n'en devient pas une vérité

Du danger des modèles en sciences

Climatologie politiquement incorrecte

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 22:28

 

En 2007, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, écrivait à propos de l’ouvrage de Roland Barthes, Mythologies : « Relisant aujourd’hui ces vignettes avec un peu de nostalgie pour un temps qui n’est plus – en cinquante ans, presque tout a changé –, on en vient à oublier presque la thèse qui servait de prétexte à leur réunion, puisqu’il s’agissait de dénoncer l’aliénation du peuple par l’idéologie. »


 


Si Antoine Compagnon ne se trompe pas et si Roland Barthes revenait parmi nous pour mettre à jour ses Mythologies, alors il ne pourrait faire autrement que d’ajouter l’agriculture biologique à la liste de ses mythes. Encore que ce sont plus les classes moyennes que le peuple que ce mythe aliène !

 



Les partisans de l’agriculture biologique prétendent qu’elle est la seule façon de produire qui respecte l’environnement, ce qui est fort contestable, mais c'est ce qu'ils ont réussi à faire croire à l'opinion publique. Il faut donc pouvoir prétendre que ce mode de production est généralisable. Sinon on aurait le choix entre, d’un côté, une population mondiale correctement nourrie et une planète polluée ou, de l’autre, une planète respectée et une population mondiale malnutrie. Une telle alternative ferait un peu désordre.


 

En 2007 le directeur général de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Jacques Diouf a dû aller jusqu’à se fendre d’un communiqué pour démentir la rumeur selon laquelle la FAO estimait possible de nourrir toute la planète avec l’agriculture biologique.



Comme toutes les rumeurs, celle-ci a un point de départ erroné, voire malhonnête, que saisissent ensuite les idéologues pour conforter leurs thèses auprès du public et qu’ils font circuler à qui mieux-mieux. En l’occurrence, il s’agissait d’un communiqué dont l’en-tête de la FAO avait été usurpé. Jacques Diouf a donc été conduit à déclarer :
« Ce document n’émane pas de la FAO ».


 

Les statistiques des rendements des cultures « bio » sont rares. L’établissement public français chargé de la gestion des marchés agricole, FranceAgriMer, publie une évaluation des rendements de quatre cultures en mode de production biologique. La dernière publication concerne la récolte de l’année 2008.


Pour trois de ces productions il est possible de comparer ces rendements à ceux des cultures conventionnelles, évalués par l’Institut techniques des grandes cultures Arvalis.

      

 

Rendements en quintaux/hectare (récolte 2008)

 

Tous modes de production - France

 

Mode de production agriculture bio - France

 

 

%

Blé tendre

73

31,4

43%

Orges

69

29,3

42%

Maïs

95

66,3

70%

 

 



Comment penser pouvoir nourrir la population mondiale en diminuant de 30 à 60 % les rendements agricoles ?

 





La meilleure preuve du contraire est que l’Asie est sortie des famines récurrentes par ce qu’on appelle la révolution verte, laquelle s'est traduite, à partir du début des années soixante, par une augmentation substantielle des rendements agricoles, en mettant en œuvre des moyens qui n’ont rien à voir avec les méthodes de l’agriculture biologique.

 



Norman Borlaug, agronome américain, est décédé à Dallas le 12 septembre dernier. Ses découvertes ont valu à Norman Borlaug le surnom de « père » de la Révolution verte et le prix Nobel de la paix en 1970. C'est en grande partie grâce à ses travaux que des pays comme le Mexique ou l'Inde sont devenus autosuffisants dans la production de céréales.

 




Norman Borlaug est un des bienfaiteurs de l’humanité, qu’il convient de mettre au rang des plus grands tels que Louis Pasteur ou Alexander Fleming, l’inventeur de la pénicilline.



Il est pourtant devenu la cible des critiques des écologistes, dont les plus virulentes viennent des malthusiens, ce qui est bien compréhensible. L’application sur le terrain des résultats des travaux scientifiques de Norman Borlaug sont venus contredire de plein fouet les prédictions de Malthus.

 

Je reviendrai ultérieurement sur d’autres idées fausses que mettent en avant les partisans de l’agriculture biologique. Pour le moment :

 

C’est tout pour aujourd’hui !


Bibliographie


Agriculture bio : les origines d'une rumeur

Communiqué du 10 décembre 2007 de Jacques Diouf directeur général de la FAO

Évaluation rendements bio FranceAgriMer

Évaluation des rendements des céréales par Arvalis

Évaluation du rendement du maïs par Arvalis


Norman Borlaug est mort

Un écolo-malthusien parle de Norman Borlaug

 

 

 

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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 22:52

 


Dans l’article L’homme, l’animal, l’utilitariste  on a vu que Peter Singer, éminent moraliste utilitariste, professeur de bioéthique à Princeton, dans un entretien publié en octobre 2000 dans la revue de vulgarisation scientifique La Recherche déclarait : « Je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. »

 


Peter Singer part du présupposé antispéciste habituel depuis Bentham. Chez un être vivant, la capacité à ressentir du plaisir ou de la souffrance est, sur le plan de la morale, parmi les plus significatives. Elle n’est pas le propre de l’homme. Comme nous nous refusons aujourd’hui à ne pas prendre en compte les intérêts d’un être humain en raison de son sexe ou de la couleur de sa peau nous devons refuser de na pas prendre en compte les intérêts d’un être vivant pour la raison qu’il n’est pas de notre espèce.
 

                                                                                                              Mule utile et son muletier qui n'a rien compris à l'utilitarisme


Mais, pour Peter Singer, les intérêts ne sont pas tous égaux. Un babouin, par exemple, n’a pas forcément le même intérêt à continuer à vivre qu'un être humain, cela dépend de l'être humain. Si ce dernier possède le sens de son existence dans le temps, ce qu’il appelle avoir une vie biographique et pas seulement biologique, cet être humain a un plus grand intérêt à continuer à vivre.


Posséder le sens de son existence dans le temps suppose des capacités qui sont le propre de l’homme telles que rationalité, autonomie, capacité du langage, capacité de « réciprocité », etc. Mais, à l’évidence, toutes ces descriptions ne s’appliquent ni à un enfant de trois mois ni à un individu dans un coma dépassé.



Un chimpanzé ou un cochon, par exemple, se rapproche bien plus du modèle d'être autonome et rationnel qu'un nouveau-né.
 


Toute vie humaine ne peut être considérée comme d'égale valeur.
Mettre fin à la vie d’un nouveau-né handicapé n'est pas équivalent d'un point de vue moral à tuer une personne.


De la même façon qu’on autorise l’avortement lorsqu’un handicap est détecté avant la naissance, on doit autoriser à mettre un terme à la vie d'un nouveau-né qu'on découvre, à la naissance ou peu après, porteur d'un fort handicap.


A quel degré de handicap ? Lorsque le nouveau-né présente des handicaps tels que sa vie, autant que puissent en juger ses parents, ne pourra être une vie satisfaisante. Peter Singer se refuse à poser lui-même les limites. Il estime que celles-ci relèvent du jugement des parents, éventuellement en concertation avec des médecins.

Ceci soulève la difficulté de décider à quel moment un nourrisson devient une personne. Ce passage est bien évidemment progressif. Mais on peut au moins affirmer que dans le premier mois de son existence, un nouveau-né n'est pas une personne, car à cet âge il est certain que le nouveau-né ne possède pas le sens de son existence dans le temps. Un mois lui semble donc un délai raisonnable à accorder aux parents pour décider si le bébé doit continuer à vivre. 
 



Cela
conduit Peter Singer à la dernière étape de son cheminement. Puisqu'un nouveau né n'est pas une personne, l'autorisation de mettre fin à sa vie reste valable si le nouveau né n’est pas handicapé.



Peter Singer affirme sans ambiguïté :

« Je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. »



     Tuer un nouveau né n’est pas tuer une personne.


Monsieur Peter Singer, éminent défenseur du droit des animaux, qui pense que leur reconnaissance constitue un grand progrès moral pour l'humanité, nous propose donc de revenir 2000 ans en arrière, au temps où le père de famille romain avait le droit d'exposer ses enfants à la naissance, c'est-à-dire de les laisser mourir sur la place publique ou dans la nature.

 

Il me semble qu’on ne peut que se désoler que Monsieur Peter Singer soit considéré comme un philosophe scrupuleux par certains de ses confrères qui ne partagent pas ses options et qu’il ait obtenu le poste de professeur de bioéthique à l'université de Princeton. Le fait de savoir que sa nomination à ce poste, en 1999, a suscité une grave controverse ne nous sera qu’une faible consolation.


On peut aussi déplorer, car c’est sans doute un signe des temps, qu'une revue comme La Recherche manifeste assez régulièrement de l'intérêt pour ses idées et lui offre ses colonnes pour les exprimer ou les relater. Les thèses de Monsieur Peter Singer n'ont rien à voir avec la science. Ce sont des idées purement morales. La Recherche n'est pas une revue de morale ni de philosophie (sauf lorsqu'il s'agit de philosophie de la Science). Il n'y a donc aucune raison pour que cette revue n'ouvre pas aussi souvent ses colonnes au pape ou au Dalaï Lama qu'à Monsieur Peter Singer !!!

NB1 Je n’ai fait que mettre en phrases plus simples et dans un ordre plus clair l’entretien accordé à La Recherche sans trahir le fond de cet entretien. Le lecteur pourra se référer à l’article original.

NB2 Monsieur Peter Singer essaye de présenter sa morale comme résultant de constats et de raisonnements rigoureux. Mais reprenez en les étapes successives : chacune est parfaitement arbitraire et contestable.

NB3 Monsieur Peter Singer n'a certainement jamais eu d'enfant. Les curés non plus, mais sur la question du nouveau-né ils sont bien plus humains que Monsieur Peter Singer.


Bibliographie

L'entretien avec Peter Singer publié dans le numéro d'octobre 2000 de La Recherche  (payant pour les non abonnés)


Lire aussi les épisodes précédents du feuilleton

L’homme, l’animal, l’utilitariste

L'homme, l'animal, le biologiste

L'homme, l'animal, l'éthologie

L’homme, l’animal, les Lumières

Requiem pour les animaux abattus

L'élevage, l'abattoir et la Shoah

Guillaumet

Universelle humanité


        Prochain épisode du feuilleton : bientôt





 

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 21:09




J’aime bien le blog de Jean-Daniel Flaysakier. J’ai d’ailleurs mis un de ses articles parmi les liens sur mon propre blog. Jean-Daniel Flaysakier allie rigueur scientifique et simplicité de la langue et du message.

 

Hier, je me balladais sur son blog. J’y avais grand plaisir tout en y apprenant beaucoup de choses. Entre autres, sur un sujet d’actualité quelque peu brûlant, la grippe A(H1N1) et plus particulièrement sur les adjuvants des vaccins.

Les adjuvants des vaccins sont accusés par la rumeur et par les campagnes anti-vaccination de provoquer des accidents graves comme le déclanchement de maladies auto-immunes. Les adjuvants à base d’aluminium sont expressément accusés. Jean-Daniel Flaysakier nous informe « qu’il n’y a, contrairement à ce qui peut se dire, aucun essai de vaccin avec des adjuvants à base de sels d’aluminium ». Il nous donne d’autres informations intéressantes que vous pourrez lire dans son article Grippe A(H1N1) : quelques précisions sur les adjuvants et le bon usage des traitements.

 

Dans Le Monde d’aujourd’hui, un article de Pascale Santi (tiens, encore elle !) donne la parole aux opposants à la vaccination contre la grippe.

Les adjuvants y sont mis en cause par différents interlocuteurs. On y lit : "Je suis assez réticente aux vaccins, surtout que certaines substances utilisées, comme les adjuvants tels que l'aluminium, sont parfois jugées suspectes" explique Géraldine, maman d'un garçon de 5 ans.

Nulle part l’article ne dément que des adjuvants à base de sel d’aluminium soient utilisés dans les vaccins qui vont être mis sur le marché.

Mieux ! Pour faire croire à un semblant d’équilibre, un second article donne la parole à des professionnels de la santé, favorables à la vaccination, qui exposent que les inquiétudes qui se manifestent sur les adjuvants ne sont pas fondées. Là encore, pas un mot pour démentir l’utilisation de sels d’aluminium comme adjuvant.


La parole de ces professionnels est d’autant plus dévalorisée que dans le premier article un des interlocuteurs déclare : « souvenons-nous que toute information officielle, OMS y compris, vient de l'industrie pharmaceutique » !


 

En outre, il est triste que des journalistes croient, ou fassent semblant de croire, que pour faire correctement leur travail il leur suffit d'aligner sur le même plan les arguments de l'accusation et de la défense, sans donner aucun repère sur la qualité des uns et des autres. Toutes les paroles n'ont pas même valeur de vérité.



C’est tout pour aujourd’hui !



 

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 19:05



En décembre 2007 l’UFC-Que choisir de Caen interroge l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Affsa) sur les risques d’utilisation de poêles et de casseroles comportant un revêtement antiadhésif (disons pour simplifier, nom commercial : teflon, nom scientifique : PFOA).


En se préoccupant de cette question, L’UFC-Que choisir fait très normalement son travail de défense des consommateurs.

 

L’Afssa rend son avis en mars 2009. Cet avis est fondé sur les études disponibles portant sur les effets des substances en cause sur le développement, la reproduction, le cancer et les mutations génétiques, chez les rongeurs et les singes. Il prend également en compte des études épidémiologiques et les analyses faites par les instances compétentes de différents pays, de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) et de l’OCDE. De plus l’Afssa évalue les risques sur la base d’une exposition des consommateurs résultant de la consommation quotidienne par personne d’un kilogramme d’aliments cuits au contact de ces matériaux.

 


L’Afssa publie ses conclusions dans le numéro de juillet 2009 de sa revue à - PROPOS destinée au grand public. L’exposition du consommateur liée à la migration des molécules concernées à partir des matériaux en cause reste largement inferieure à la dose journalière tolérable.

 


L’avis intégral est lui même mis en ligne sur le site de l’AFSSA le mardi 29 septembre 2009. La conclusion en est très claire :
le risque pour la santé des consommateurs relatif à la présence résiduelle de PFOA dans les revêtements anti-adhésifs des ustensiles de cuisson des aliments est considéré comme négligeable.

 




Ni dans l’article de sa revue, ni dans l’avis lui-même, l’Afssa ne passe sous silence les effets nocifs que peuvent avoir ces molécules, effets qui ne se manifestent pas aux doses extrêmement faibles (600 fois moins que la dose journalière tolérable) auxquelles sont exposés les consommateurs utilisant, même de façon intensive, ces ustensiles de cuisine.








En mars 2009 une organisation militante à prétention scientifique a vu le jour, le Réseau Environnement Santé, dont les principaux membres fondateurs sont WWF France, Fondation Sciences Citoyennes, MDRGF, Fac Verte, Objectif Bio et Nord Écologie Conseil et dont un des animateurs et porte-parole est
Monsieur Cicolella.
 

Le 30 septembre 2009 cette organisation pond un communiqué de presse alarmiste contestant les conclusions de l’AFSSA. Le réseau demande que l'expertise de l'Afssa soit revue et que ces substances soient « retirées dans tout ce qui est en contact avec les aliments ». Le « dossier » de l’association repose pour l’essentiel sur des études dont la présentation qui est faite est incomplète et, en particulier ne précise pas de façon claire si elles concernent des expositions liées à la vie domestique ou à la vie professionnelle. Le dossier argue en outre que les ustensiles de cuisine ne sont pas les seuls sources d’exposition, il faut aussi compter avec l’eau, certains textiles, des cartons alimentaires, certaines moquettes, les poussières domestiques… Il appelle l’attention sur une étude danoise montrant une diminution de la fertilité du sperme chez les hommes les plus imprégnés de PFOA. Dans quelle mesure l’utilisation d’ustensiles de cuisines antiadhésifs a contribué à cette imprégnation, on oublie bien évidemment de le préciser !
 



Monsieur Cicolella, lanceur d’alerte professionnel, suggère de revenir aux poêles en matériaux classiques, comme la fonte, l'acier ou l'inox.




Le 30 septembre une dépêche de l’AFP reprenant l’alarme de Réseau environnement santé met le feu aux poudres.


Le même jour, Libération.fr se fait l’écho de cette dépêche. Sur le forum, les intervenants se montrent plutôt dubitatifs et goguenards !



Le lendemain, 1er octobre, le Nouvel-obs.com met en ligne un article dont le titre est : L’Afssa épingle les poêles antiadhésives. Exactement le contraire de la vérité. De quoi inquiéter les honnêtes citoyens qui, comme moi, accordent à juste titre leur confiance à l’Afssa.





Le 1er octobre tou jours, Le Monde publie un résumé, d’ailleurs fort bien fait, de la dépêche de l’AFP. Le Monde a le culot de coiffer l’article de Pascale Santi du surtitre : Enquête ! alors qu’il ne s’agit que du résumé d’une dépêche d’agence.


Dans la pièce de Jules Romains, le docteur Knock engrange de fort confortables revenus en faisant croire à ses clients qu’ils sont des malades chroniques. Il a différentes maximes : « 
Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent. ».  « La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon. » « Pour ma part, je ne connais que des gens plus ou moins atteints de maladies plus ou moins nombreuses à évolution plus ou moins rapide ».

Autant de formules que Réseau Environnement Santé pourrait reprendre à son compte et transformer en slogans alarmistes : « Les produits inoffensifs sont des produits qu’on ignore être nuisibles. » « L’innocuité d’un produit est une qualification précaire qui ne laisse rien présager de bon. » et « Pour notre part nous ne connaissons que des produits présentant plus ou moins d’effets nocifs, plus ou moins nombreux, à plus ou moins brève échéance. »


Réseau Environnement Santé
est le docteur Knock d’aujourd’hui.

Merci à lui d’être plus utile à la notoriété de ses animateurs-militants qu’à l’information éclairée des citoyens et des consommateurs que nous sommes. Merci aussi à la presse de diffuser des informations si peu sérieuses sans  conduire de véritable enquête ni même y jeter un simple regard critique.


Sources 

à-PROPOS, juillet 2009 / numéro 25

Avis de l'Afssa du 13 mars 2009

Communiqué et dossier de presse de RES

L'article de Libération, Alerte aux poêles à frire

L'article de Nouvel Obs.com, L'Afssa épingle les poêles antiadhésives

« L’enquête » du Monde, Faut-il interdire l’usage du PFOA ?

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 23:20



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L’utilitarisme est une philosophie qui se propose de faire de l’utilité le principe premier de l’action. Il considère que ce qui est utile est bon et que « l’utilité » peut être déterminée de manière rationnelle. L’utilitarisme est fondé sur le critère du « plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre de personnes ».

 


Le principe utilitariste mesure la qualité morale d’une action aux conséquences proches ou lointaines que l’on peut en attendre sur la vie de celui qui agit et de tous les individus composant la société. La qualité morale d’une action est donc mesurée à ses conséquences et non à l’intention qui a présidé à son effectuation.

 


On comprend facilement que la doctrine utilitariste puisse apporter des concepts utiles (!) à l’économie politique ou à la conduite de politiques publiques. Par exemple, sans même parler de l’utilité marginale des économistes néoclassiques, le principe de « comparaison coûts-avantages » est un des fondements des politiques de santé publique intelligentes.

 


En morale et en droit pénal, l’utilitarisme est beaucoup plus contestable, car selon cette doctrine la gravité de la faute ne peut être reliée à l’intention mais seulement au résultat. C’est ainsi qu’un chauffeur responsable, par une faute d’inattention, d’un accident de la circulation ayant fait, disons, trois morts serait plus coupable que la personne qui a assassiné de façon préméditée un seul voisin pour le voler. Plus coupable, le premier mériterait une punition plus lourde.

 

Le fondateur de la doctrine utilitariste est Jérémy Bentham, philosophe anglais né à Londres le 15 février 1748 et mort dans cette même ville le 6 juin 1832. Par des observations bien conduites, il montre qu’il ne peut y avoir de bonheur individuel sans bonheur social. Il donne des règles qui canaliseront et limiteront l’égoïsme étroit et aveugle qui tournerait contre lui-même.


Bentham conseille donc la bienfaisance intelligente et éclairée, l’amitié qui nous concilie la faveur des autres hommes et contribue à notre bonheur, en un mot tout ce qui peut augmenter nos plaisirs et diminuer nos peines. Et le principe de la morale nous permet de savoir exactement quelles sont les actions qu’il faut faire et celles qu’il faut éviter. Nous n’avons pour cela qu’à procéder à l’évaluation arithmétique des plaisirs destinée à se substituer aux morales issues de l’arbitraire et de l’autorité. A l’article Stiglitz : un rapport à quat'sous (billet d'humeur à conclusion philosophique)  on a vu quel argument John Stuart Mill opposait à la naïveté de cette arithmétique des plaisirs.

 


Bentham, élargit l’utilitarisme à tous les êtres sensibles. A propos des animaux, il écrit en 1789 : « La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : peuvent-ils souffrir ? ».


Bentham pose que s’il faut minimiser la souffrance et maximiser le bien-être des êtres susceptibles d’éprouver du plaisir et de la douleur, il n’y a aucune raison de s’en tenir aux seuls êtres humains :

« Le jour viendra peut-être où le règne animal retrouvera ses droits qui n’auraient pu lui être enlevés autrement que par le bras de la tyrannie. Les Français ont déjà réalisé que la peau foncée n’est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d’un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s’apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l’extrémité de l’os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner une créature sensible au même sort. »


On voit dans cet énoncé poindre l’idée que faire une distinction juridique et morale entre les espèces s’assimile à une sorte de racisme. C’est ce que les utilitaristes modernes appellent le « spécisme », qu’ils combattent, comme on se doit de combattre le racisme !

 
Un des représentants de l’utilitarisme moderne, Peter Singer, actuellement titulaire de la chaire d'éthique de Princeton aux États-Unis, est connu du grand public surtout par son livre La Libération Animale.

 

Dans une interview publiée en octobre 2000 dans la revue de vulgarisation scientifique La Recherche, on peut lire cette déclaration de Peter Singer :


« Placer l’existence de l’être humain sur un plan supérieur à celui de l’existence des animaux est une attitude profondément ancrée dans la religion. Il n’y a en effet pas d’autre moyen de justifier cette supériorité de l’espèce humaine que d’invoquer l’immortalité de l’âme, ou toute autre forme de statut privilégié de l’homme dans le dessein divin. »

 

Je pense que cette déclaration est une grave erreur de Peter Singer.


Rousseau nous indique que l’individu humain est perfectible, contrairement à l’animal qui ne peut qu’obéir, sa vie durant, à sa nature. Kant nous indique que l’homme est le seul des animaux à disposer du sens moral.
La biologie et l'éthologie modernes nous indiquent que l'homme est le seul animal à disposer d'une conscience de soi développée.

 

Penser cela ne nécessite pas de croire à quelque statut particulier dans le dessein divin. De nombreux philosophes matérialistes et athées admettent cette perfectibilité et cette aptitude au sens moral du seul être humain. Les gens ordinaires ‒ je veux dire par là qui ne sont pas spécialement versés dans la philosophie ‒ incroyants sont doués du même bon sens commun que les croyants : dans la vie de tous les jours ils portent des jugements moraux sur le comportement de leurs voisins, pas sur celui des vaches ou des tigres.

 





Nous verrons dans un prochain article comment ces présupposés conduisent Peter Singer à affirmer : « Je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. »


Françoise Dolto nous a rabâché que le bébé est une personne. Peter Singer n’a pas dû l’entendre !












Articles précédents

L'homme, l'animal, le biologiste

L'homme, l'animal, l'éthologie

L’homme, l’animal, les Lumières

Requiem pour les animaux abattus

L'élevage, l'abattoir et la Shoah

Guillaumet

Universelle humanité



Bibliographie

Jérémie Bentham, Déontologie ou science de la morale, Éd. Encre marine, Paris, collection Bibliothèque hédoniste


Joseph Aloys Schumpeter, Histoire de l'analyse économique, Éd. Gallimard (3 vol.)

Peter Singer, La libération animale, Éd. Grasset

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, disponible chez plusieurs éditeurs, notamment dans des collections de poche

Peter Singer, L'éthique revisitée, « La doctrine du caractère sacré de la vie humaine n'est plus défendable », entretien paru dans La Recherche du 1er octobre 2000



 

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 14:07


Pour ceux qui s’intéressent au réchauffement climatique et qui souhaitent écouter d’autres voix que celles du GIEC reprises par Monsieur Hulot et, désormais, par notre classe politique pour une fois étonnamment unanime, je recommande d’écouter la conférence donnée par Vincent Courtillot, le 8 juin 2009, aux journées scientifiques de l’Université de Nantes. Cette conférence s’adressait au grand public. Elle est d’une clarté et d'une pédagogie remarquables.


On peut l’écouter, la visionner et la télécharger sur  "Le réchauffement climatique", conférence de Vincent Courtillot. Durée 51 minutes, version audio : 67,6 MB, version vidéo : 371,9 MB.


Vincent Courtillot commente les diapositives qu’il présente de façon tellement claire que la version audio se suffit à elle-même. Les 51 minutes consacrées à écouter cette conférence ne sont pas du temps perdu.


Vincent Courtillot, géophysicien, est professeur des universités, directeur de l'Institut de physique du globe de Paris et membre de l'Académie des sciences.
Il n'est pas climatologue. Il s'en explique dans sa conférence.

 

Lire aussi

Réchauffement climatique : les certitudes du GIEC se fissurent

CO2 Un mythe planétaire ou L'inanité de la taxe carbone (note de lecture)

Mille fois répété un mensonge n'en devient pas une vérité

Du danger des modèles en sciences

Climatologie politiquement incorrecte


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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 20:09



Le rapport de la Commission Stiglitz sur les statistiques économiques, remis lundi dernier au président de la République, critique le concept de produit intérieur brut de la comptabilité nationale et   préconise le développement d’indicateurs évaluant la mesure du bien-être.

 


À ce propos, un article à lire absolument, simple et bref, démonte en quelques lignes la naïveté de nos élites, parmi lesquelles des prix Nobel, dans un style percutant avec, à l’occasion, une verve sarcastique et jubilatoire (Joseph Stiglitz, prévisionniste infaillible du passé et moraliste en chef de l'économie mondiale.)


L’article en question :
Soyons archaïques, parlons du PIB,  Pierre-Antoine Delhommais

 


À l'opposé de nos élites, intellectuelles aussi bien que politiques, qui planent complètement, Pierre-Antoine Delhommais garde les pieds sur terre et son article est plein de bon sens. 
 

Même des gens réputés raisonnables, comme les invités de l'émission L'Esprit Public de Philippe Meyer, sur France-Culture, n'ont dit ce matin que des bêtises à ce sujet (à la notable exception de Jean-Louis Bourlanges), submergés qu'ils sont par l'air du temps. En principe le boulot d'un intellectuel n'est pas d'être submergé !
 

 

J'ai lu les 36 premières pages du rapport Stiglitz, qui en compte 324. C'est d'une vacuité consternante.

 

Soit il enfonce des portes ouvertes, notamment quant aux faiblesses de certains concepts de la comptabilité nationale, bien connues des économistes depuis que celle-ci existe, mais qu’on a toujours eu ‒ et qu’on aura toujours – du mal à surmonter.

 

Soit il propose d'additionner des carottes et des poireaux. Ah, que sont devenus les préceptes de l’institutrice du bon vieux temps de l’école primaire de Monsieur Stiglitz ? Comment élaborer un indice synthétisant, parmi beaucoup d'autres choses, l’efficacité du système de santé publique et l’efficacité du système d’éducation ? Cela a-t-il même seulement le moindre intérêt pour la représentation qu’on se fait d’une société ou pour la conduite d’une politique publique ?

 

Soit il propose de mesurer des choses dont il nous dit qu'elles sont très difficilement mesurables, autant dire, puisqu’elles ne l’ont jamais été malgré leur intérêt, pas mesurables du tout.
 

 


Le billet de Pierre-Antoine Delhommais souligne que tout un chacun a pu mesurer les effets négatifs sur le bien-être social de la diminution du PIB due à la crise.




Cela conduit le lecteur à l'inéluctable conclusion que l'homme de la rue est plus sensé que nos classes dirigeantes et que ces dernières se trompent si elles pensent attraper des mouches avec du vinaigre plus au moins mâtiné de sauce écolo et de bons sentiments.
 

 

Des billets comme celui-ci sont trop rares dans la presse et dans les media.  Courage à Pierre-Antoine Delhommais et surtout qu’il continue !
 

 



La définition du progrès qui sous-tend le rapport Stiglitz renoue avec la vision utilitariste du « plus grand bonheur du plus grand nombre ». Mais il demeure une difficulté fondamentale sur le chemin d’une définition normative du bonheur, que John Stuart Mill a opposée à Jeremy Bentham  :


Quel état devons-nous préférer, celui « d’un pourceau satisfait » ou « d’un Socrate insatisfait 
» ?



                                                                                                                                                John Stuart Mill

Bibliographie

Outre l'article de Pierre-Antoine Delhommais on lira ou on écoutera utilement :

Vive le bon vieux PIB ! d'Éric Le Boucher

Au-delà du PIB, le bonheur ? du Centre d’analyse stratégique

Un an après, la crise a-t-elle eu lieu? - Le rapport de la commission Stiglitz , France-Culture, L'Esprit Public, émission du dimanche 20 septembre 2009

Rapport de la commission Stiglitz (324 pages)





 

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