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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 19:20


Quiconque s’est intéressé à l’épistémologie, même de loin,  a entendu parler :

popper
Du critère de réfutabilité de Karl Popper, permettant de distinguer les énoncés scientifiques de ceux qui ne font que prétendre l’être.





Kuhn
Des changements de paradigmes qui, selon Thomas Kuhn, scandent l’histoire des sciences.





DSC02554 (3)

Et d’un principe bien plus ancien, puisqu’il remonte au XIVe siècle, le rasoir d’Occam.




Le livre de Benoît Rittaud, Le mythe climatique, dont j’ai parlé dans un précédent articles, suscite la critique fréquente que, s’agissant d’un mathématicien, l’auteur ne saurait se prononcer dans le domaine de la climatologie.

Galilée
Ce à quoi d’autres opposent que, puisque selon Galilée il est vrai que  « La nature est un livre écrit en langage mathématique », les mathématiciens sont autorisés à jeter un coup d’œil sur les calculs et les raisonnements de leurs collègues de toutes spécialités scientifiques.
Ce n’est pas sur ce terrain polémique que je veux aller aujourd’hui.


Je souhaite porter à la connaissance de mes lecteurs les considérations que Benoît Rittaud développe à propos du rasoir d’Occam.


Occam
Ce principe veut qu’entre deux théories expliquant aussi bien un phénomène, il convient de retenir la plus simple. Ce principe ne peut être démontré. Comme l’écrit Benoît Rittaud, il a donc mauvaise presse. Il n’en a pas moins guidé la science. Je me suis souvent demandé ce qui pouvait justifier pragmatiquement cet axiome.

J’ai trouvé la réponse aux pages 99 et 100 du Mythe climatique.




La dangereuse puissance de l'imagination

Pise (6)
Cette histoire des carottes de glace est riche d'enseignements. Le premier est que l'imagination est sans limite lorsqu'il s'agit de
défendre un point de vue. Les scientifiques disposent de moyens quasiment infinis pour défendre une théorie et son contraire. C'est à cette aune que doit être jugé l'intérêt d'un critère comme le fameux « rasoir d'Occam », du nom de Guillaume d'Occam, qui passe pour en être l'inventeur au début du XIVe siècle (bien que diverses variantes soient plus anciennes, et se trouvent même chez Aristote, au IVe siècle avant notre ère). Dans sa présentation courante, le rasoir d'Occam stipule qu'entre deux théories, il vaut mieux retenir la plus simple en accord avec les observations.


Commode à première vue, ce critère
souffre de plusieurs graves défauts théoriques qui font qu'il n'a pas bonne presse : d'une part, il n'est pas toujours possible de se mettre d'accord sur la simplicité relative de deux théories concurrentes ; d'autre part, cette « prime à la simplicité » est difficile à soutenir en dehors d'un jugement esthétique extrascientifique.


Centaure2
Malgré ces problèmes, le rasoir d'Occam n'est pas sans intérêt. Le premier de ses défauts ne se manifeste pas dans le cas qui nous concerne car, pour ce qui est de l'analyse des courbes données par
les carottes de glace, la simplicité choisit très clairement son camp. Quant au second, il peut se résoudre dans certains cas en prenant du recul et en comprenant le rasoir d'Occam comme un garde-fou. Puisque l'imagination est sans limite - c'est sans doute même l'une des plus puissantes forces de l'esprit humain -, il est parfois nécessaire de la canaliser.


Le rasoir d'Occam fournit une manière de le faire, en proposant une méthode pour confronter nos constructions intellectuelles à un critère neutre (1). Une exégèse du rasoir d'Occam pourrait être : « puisque vous parviendrez toujours à concevoir des explications cohérentes à tout, lorsque viendra le moment de faire le tri, demandez-vous si vous avez vraiment fait autre chose que tordre vos raisonnements ou vos interprétations dans le but de faire l'économie d'une remise en cause ».

1. Je dis « neutre », et non pas « objectif». La simplicité est une notion subjective, mais on peut la considérer comme neutre dans la mesure où elle transcende le contexte auquel il s'agit d'appliquer le rasoir d'Occam.
 
Lumineux, non ?


Bibliographie

SokalBricmont
On trouvera une présentation de différentes théories épistémologiques dans Impostures intellectuelles d'Alan Sokal et Jean Bricmont, Le Livre de Poche, biblio essais.









img002
Le mythe climatique
, Benoît Rittaud, Éd. du Seuil, coll. Science ouverte.

 








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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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commentaires

Curieux 04/05/2010 22:11


"En tout cas vous me confirmez que les tenants de la théorie des GES reconnaissent que les études paléologlaciologiques montrent que le réchauffement précède l'augmentation de la teneur de
l'atmosphère en CO2, ce dont je n'étais pas certain. Merci."

Non, le mécanisme est double : successivement réchauffement par modifications de l'orbite, puis libération de CO2 dans l'océan austral. Enfin réchauffement par effet de serre du CO2 et des
rétroactions qui l'accompagnent dans l'hémisphère nord. Mais ce mécanisme n'est valable que pour les terminaisons glaciaires issues des cycles de Milankovitch. Nous ne sommes pas dans un
interglaciaire, donc le réchauffement par modifications orbitales n'intervient pas. Nous sommes dans un cas où l'augmentation du CO2 ne vient pas du réchauffement préalable de l'océan austral.

Dites-moi si je me trompe, mais j'ai l'impression que vous n'avez jamais lu un article de glaciologie ou de climatologie et que vous puisez vos sources uniquement dans de la littérature de
vulgarisation ?


Laurent Berthod 04/05/2010 22:27



C'est facile de répondre à une question, à laquelle on ne répond pas sur le fond, par une nouvelle question qui ne vise, implicitement et hypocritement, qu'à dévaloriser son
interlocuteur .


J'attends vos lumières sur ce qu'on trouve dans la littérature du Giec à propos des rétroactions négatives qui empêchent la fonction de température de devenir infinie. C'est bien joli
d'accorder au coefficient de rétroaction de la vapeur d'eau une valeur positive ! Mais il faut alors être capable d'expliquer ce qui maintient la température dans les bornes
observées.  



Curieux 04/05/2010 17:59


Merci de votre réponse. Vous me rassurez car j'ai cru un instant qu'il y avait deux théories en concurrence pour ces fameuses carottes glaciaires et que le rasoir d'Occam permettait de les
départager.

Pour vous éclairer, voici la seule théorie qui existe et qui rend compte du mécanisme de réchauffement climatique aux terminaisons glaciaires, et d'abord à la terminaison III (environ -250 ka)
:
- Les modifications de l'orbite terreste entrainent un réchauffement global qui se fait d'abord sentir en Antarctique et dans l'océan Austral.
- Le réchauffement de l'océan Austral modifie petit à petit sa circulation thermohaline et une durée d'environ 800 ans est nécessaire pour que ses couches profondes libèrent dans l'atmosphère les
quantités énormes de CO2.
- La modification de la composition de l'atmosphère augmente l'effet de serre et est à l'origine d'un ensemble de rétroactions, liées à la vapeur d'eau, aux nuages et à la glace de mer, qui vont
accélérer le déglacement de l'hémisphère nord qui intervient environ 400 ans plus tard.
Vous devez tenir compte que cette théorie est basée sur des hypothèses concernant les liens entre le delta 40Ar et la température à Vostok qui permettent de prendre en compte plus facilement des
problèmes liés aux équations de densification de la neige. Cependant, selon les valeurs adoptées, la fameuse durée de 800 est révisable à la baisse, voire même très faible. Mais enfin cela importe
peu car la logique de l'ensemble est cohérente : réchauffement par forçage orbital, libération du CO2 de l'océan Austral, augmentation de l'effet de serre, rétroactions nombreuses qui déglacent
l'hémisphère Nord.

La prochaine fois que vous passez à Grenoble, rendez visite aux gens du LGGE : ils sont champions pour expliquer tout cela simplement.

Donc le rasoir d'Occam est ici inutile.


Laurent Berthod 04/05/2010 20:46



Oui, bof. C'est quand même un peu fort de café que Jouzel utilise ces courbes où
le réchauffement climatique précède l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en gaz carbonique pour démontrer que c'est cette augmentation qui est responsables du réchauffement
climatique. Une rhétorique qui frise le mensonge.


Si, comme le prétendent les tenants du Giec, il y a une "rétroaction" positive provoquée par la vapeur d'eau suite au réchauffement
minime provoqué par l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en CO2, il faudra m'expliquer comment la fonction "température globale =  f (teneur en CO2)" n'a
pas divergé dans le passé et n'a pas abouti à une température "infinie". A quelle température intervient donc une rétroaction négative, et de quelle nature ? Jusqu'à aujourd'hui je n'ai rien
trouvé sous la plume des tenants du Giec à ce sujet, mais peut-être pourrez-vous nous éclairer !


En tout cas vous me confirmez que les tenants de la théorie des GES reconnaissent que les études paléologlaciologiques montrent que
le réchauffement précède l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en CO2, ce dont je n'étais pas certain. Merci.


 



Curieux 30/04/2010 23:20


Bonsoir,
Il y a quelque chose que vous ne semblez pas expliquer dans votre article : quels sont les défauts de ces fameuses carottes de glace ? quelle sont les deux théories différentes qui rendent compte
du même phénomène ? Et comment utilisez-vous le principe du rasoir dans ce cas ?
D'avance merci de votre éclairage.

(Vous êtes lyonnais ? moi aussi !)


Laurent Berthod 02/05/2010 19:41



Le but que je m'étais donné avec cet article n'était pas de parler de climatologie mais du rasoir d'Occam.


Je n'ai pas le livre de Benoît Rittaud sous la main (il est resté dans ma maison de campagne). Je parle donc de mémoire et j'espère ne pas dire de bêtises.


Les carottes glaciaires indiquent que les variations de la teneur de l'atmosphère en gaz carbonique n'ont pas précédé les variations de température du climat, mais que c'est
l'inverse. Pour expliquer que ce n'est pas la hausse des températures qui pourrait-être à l'origine de l'augmentation de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère qui la
suit - explication simple, quand on chauffe une bouteille de Perrier, ça dégaze, les océans sont en l'occurrence la bouteille de Perrier - mais que c'est une augmentation de
la teneur en gaz carbonique qui serait à l'origine d'une augmentation de température qui la précède, il faut une théorie un peu plus compliquée (que j'ai d'ailleurs oubliée) !


Benoît Rittaud reproche aux carbocentristes de ne pas faire des problèmes rencontrés par la théorie des gaz à effet de serre, pour expliquer un certain nombre d'observations, de vrais sujets de
controverse scientifique, comme ça a été le cas bien souvent dans l'histoire des sciences, mais d'essayer de pousser la vilaine poussière, discrètement, du bout de la
chaussure, sous le tapis.


Sous peine de ne pas arriver à lui faire avaler des mesures douloureuses pour son niveau de vie, il ne faut pas semer le doute dans l'opinion, est une idée qui a souvent été
exprimée, y compris publiquement, par les carbocentristes !


Bien à vous.



ZOE 03/04/2010 10:26


Peu importe qu'ils aient raison ou tord . La démarche est délirante en elle même .
Demander le soutiend du systhéme politique pour defendre une théorie scientifique est en soi complétement anti-scientifique . Pourquoi ne pas demander l'intervention des brigades mobiles ? .....
C'est complétement grotésque et pathétique . Une théorie scientifique incapable de se défendre scientifiquement et qui demande le secour d'un systhéme non-scientifique (en cette occasion politique
, mais pourquoi pas religieux ?) pour perdurer est en plein paradoxe puisqu'elle se déclare de fait elle même non-scientifiquement défendable .


iris 02/04/2010 21:42


climat : j'apprends que 400 climatologues contre-attaquent Claude Allègre pour le faire taire.."il faut construire une culture grand public sur le climat" disent-ils ! Moi, je suis tout à fait
grand public et je ne suis pas du tout disposée à subir un lavage de cerveau...


Laurent Berthod 02/04/2010 22:09



400 scientifiques qui devraient être les héritiers de la tradition de leur collègues qui de tout temps ont revendiqué l'indépendance de la science de tous les pouvoirs, politiques ou religieux,
qui font appel à leur ministre de tutelle pour les défendre contre leurs contradicteurs me font penser à Galilée qui demanderait au Saint-Office de le défendre contre les
critiques de ses collègues. (Il y a cependant une différence de taille à cette comparaison : sur le plan scientifique Galilée avait raison, ce qui est rien moins que certain pour ces
quelques chercheurs.) Je crois qu'ils sentent qu'ils ont perdu le monopole de la parole dans les media, monopole qu'ils avaient depuis plusieurs années en France, et ça les défrise. Tant
mieux !



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