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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 23:30

 

 

Le Point
Le numéro 2082 du Point, en date du 9 août 2012, consacre un reportage de trois pages à la puberté précoce.



Munch, puberté, Nal Gal, Oslo (2)

Chez les filles la puberté commence normalement à dix ans et demi. Si elle démarre entre huit et dix ans, les médecins parlent de puberté avancée. Si elle commence avant huit ans on parle de puberté précoce*. Pour les garçons, l’âge moyen de la puberté est légèrement plus tardif et les termes de puberté avancée et de puberté précoce sont retardés d’autant. La puberté précoce toucherait six fois plus de filles que de garçons (une question de genre, certainement !)




Velazquez, Les menines, Prado (2)

Les pubertés avancées, et surtout précoces, induisent des perturbations, qui peuvent être graves, tant sur la psychologie des sujets concernés, que sur leurs relations dans ou hors de la famille, et sur leur état et leur santé futurs (petite taille à l’âge adulte, susceptibilité à certaines maladies). La puberté avancée ou précoce peut être traitée par voie hormonale.




Hopital Necker Laennec (2)Un endocrinologue de Montpellier estime qu’en quinze ans le nombre de cas de pubertés précoces a augmenté de 100 %.

À l’hôpital Necker, le nombre de cas enregistrés aurait augmenté de 75 % en seulement cinq ans !

Ces chiffres ne sont pas forcément contradictoires mais, à supposer qu'ils soient statistiquement représentatifs, reflètent une accélération étonnante du phénomène. Ils ne conduisent pourtant pas le  journaliste à se questionner, qui ne fait que les rapporter et n’effectue aucune tentative, même timide, de rapprochement.


Il nous dit qu’en 2006, une étude danoise démontrait que le nombre de pubertés précoces semble littéralement exploser dans tous les pays développés.


Raffaello Sanzio L'école d'Athènes (1)
Démontrer qu’il semble que quelque chose arrive
, relève d’une rhétorique formidable ! Ou bien une chose est démontrée et alors il ne semble pas qu’elle arrive, elle arrive. Ou bien, s’il semble seulement qu’elle arrive, c’est qu’il n’est pas démontré qu’elle arrive.





Médecin contre la peste
Dans sa conclusion, revenant à plus de raison, l’article dit qu’alors que l'alarme a été sonnée en Scandinavie, les pouvoirs publics français, malgré les appels de nombreux médecins, font comme si le problème n'existait pas et qu’au minimum, on serait en droit d'attendre une enquête de l'Institut de veille sanitaire pour déterminer si épidémie il y a.

En fin de compte, le lecteur est légitimement en droit de se poser la question de savoir si cette épidémie est bien réelle.



Or, à la page précédente, qu’a-t-il pu lire, en intertitre, en caractères gras, bien mis en évidence entre deux colonnes ? 

"En cause, les perturbateurs endocriniens,
phthalates(**), pesticides, phénols
et autres horreurs chimiques
qui saturent notre environnement."

DDT (2)

Conclusion du lecteur qui a pris le temps de se livrer à une critique interne de l’article : 

Les horreurs chimiques qui saturent notre environnement

sont la cause certaine

d’une épidémie incertaine ! 

 

Ma conclusion personnelle.

mediaUn journal qui a plutôt moins tendance que ses concurrents à se livrer au marketing du sensationnel et de la peur, s’y livre néanmoins.



Raffaello Sanzio L'école d'Athènes (8)
Il faut donc toujours prendre, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, un article journalistique avec des pincettes et, plus qu'en toute autre occasion, exercer sa vigilance et son esprit critique. Sur les sujets où l’on n’a pas les informations ou la culture qui permettent de les exercer, il nous faut suspendre notre jugement.




Au-delà de cette conclusion générale sur l’utilité de procéder à une critique interne des textes, j’ajouterai deux considérations particulières.

DSC09763 (2) - Copie

Le principal perturbateur endocrinien de notre environnement, c’est la pilule contraceptive ! Outre le fait qu’elle est susceptible d’affecter les femmes à qui elle est prescrite, ses résidus se retrouvent dans les eaux usées, ne sont pas éliminés dans les stations d’épuration et sont susceptibles d’avoir des effets sur les populations. Chut ! Tabou !



Zurbaran
L’effet éventuel de la multiplication des traitements hormonaux dans le cadre de la procréation médicalement assistée, en pleine expansion, est évacué par l’article du Point d’un coup de cuiller à pot qui a plus à voir avec le micro-trottoir qu’avec une enquête journalistique rigoureuse.


________________


DSCF3294 (2)

*  Dans cette affaire l’âge d’apparition des règles n’est pas en cause mais seulement l’apparition précoce de caractères sexuels secondaires.



** Faute d’orthographe dans le texte original.


NB L'article est en ligne ici. La présentation et les insertions graphiques sont différentes de ce qu'elles sont dans la version papier. En particulier la mise en cause de la pollution chimique apparaît sous forme interrogative, au début de l'article, en première page dans la version papier, et la réponse affirmative à cette question, mise en évidence en deuxième page de la version papier, ne figure pas en intertitre gras dans la version en ligne mais est seulement rapportée dans le corps de l'article comme une opinion de l'endocrinologue de Montpellier, opinion qui est, selon lui, "sans aucun doute".
 

 


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commentaires

LA 05/09/2012 10:57

Les américains ont depuis longtemps observé une différence entre afroaméricains et européens, dans l'âge moyen des premiers signes de la puberté.
L'expansion en Europe de populations issues du Moyen-Orient et d'Afrique, et leur descendance suffit amplement à expliquer cette augmentation des cas.
Après, est-ce un leg génétique ou la conséquence d'habitudes alimentaires, doublées des problèmes liés à un faible pouvoir d'achat.

itau 22/08/2012 00:27

Certains pédiatres disent que les petites filles un peu grasses sont réglées plus tôt que les maigrichonnes. Et, le bébé, nourri dans son 1er âge de lait maternisé , a tendance à s'épanouir comme
une plante qui reçoit de l'engrais.Ensuite ,les besoins -pour conserver la santé - de ces corps à croissance ample, sont justement augmentés, d'autant que nécessaire à l'entretien de ces organismes
rendus voraces.
Je rapporte des propos entendus qui me paraissent correspondre à une certaine réalité observable ( mais ce n'est sûrement pas scientifique....)

Charlotte 21/08/2012 22:52

C peut-être ça ( puberté précoce) qui explique l'essor de la lingerie et des cosmétiques pr les petites filles....A moins que ces produits, lancés sur le marché, n'agissent, eux ( aussi) comme des
leurres déclencheurs de puberté - sait-on jamais !?
Néanmoins le sujet est sérieux car la puberté précoce, épidémique ou non, est une réalité qui peut causer du souci aux parents.
p.s.il y a des chances pour que l'article paru dans Le Point, sur ce thème, fasse grossir les rangs des écolos ; le public ciblé( jeunes parents) est très récepif à tous les discours sur notre
catastrophique environnement.

Michel 21/08/2012 13:54

re,
peut etre que le problème prend surtout une importance sociétale a cause de l'exacerbation par ailleurs du phénomène des "lolita" (je ne sais pas comment l'appeler), en gos le fait que de très
jeunes filles et parfois sous l'influence ou a la demande de leurs parents, s'habillent comme et imitent et se maquillent comme des femmes adultes ?
Dans ce cas, accuser les pesticides, c'est "sympa" (et a titre perso je pense qu'a chaque fois qu'on peut s'en passer il faut le faire), mais il vaudrait mieux d'abord balayer sur le pas de porte
de notre psyché et de nos comportements (collectifs et individuels).

Robert 20/08/2012 23:49

J'adore, on a d'abord ceci :"Démontrer qu’il semble que quelque chose arrive, relève d’une rhétorique formidable ! Ou bien une chose est démontrée et alors il ne semble pas qu’elle arrive, elle
arrive. Ou bien, s’il semble seulement qu’elle arrive, c’est qu’il n’est pas démontré qu’elle arrive."

Puis "Le principal perturbateur endocrinien de notre environnement, c’est la pilule contraceptive ! Outre le fait qu’elle est susceptible d’affecter les femmes à qui elle est prescrite, ses résidus
se retrouvent dans les eaux usées, ne sont pas éliminés dans les stations d’épuration et sont susceptibles d’avoir des effets sur les populations. Chut ! Tabou !
L’effet éventuel de la multiplication des traitements hormonaux dans le cadre de la procréation médicalement assistée, en pleine expansion, est évacué par l’article du Point d’un coup de cuiller à
pot qui a plus à voir avec le micro-trottoir qu’avec une enquête journalistique rigoureuse."


Du grand Laurent Berthod comme dab

Laurent Berthod 21/08/2012 00:43



Oui, moi je n'ai pas dit que les effets éventuels de la dissémination dans notre environnement de ce perturbareur endocrinien étaient prouvés. J'ai seulement dit que personne ne parle de cette
éventualité.


 


Du Robert tout ce qu'il y a de plus petit, pour ne pas dire minable, qui devrait relire ce qu'il critique avant de le critiquer.



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