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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 22:52

 


Dans l’article L’homme, l’animal, l’utilitariste  on a vu que Peter Singer, éminent moraliste utilitariste, professeur de bioéthique à Princeton, dans un entretien publié en octobre 2000 dans la revue de vulgarisation scientifique La Recherche déclarait : « Je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. »

 


Peter Singer part du présupposé antispéciste habituel depuis Bentham. Chez un être vivant, la capacité à ressentir du plaisir ou de la souffrance est, sur le plan de la morale, parmi les plus significatives. Elle n’est pas le propre de l’homme. Comme nous nous refusons aujourd’hui à ne pas prendre en compte les intérêts d’un être humain en raison de son sexe ou de la couleur de sa peau nous devons refuser de na pas prendre en compte les intérêts d’un être vivant pour la raison qu’il n’est pas de notre espèce.
 

                                                                                                              Mule utile et son muletier qui n'a rien compris à l'utilitarisme


Mais, pour Peter Singer, les intérêts ne sont pas tous égaux. Un babouin, par exemple, n’a pas forcément le même intérêt à continuer à vivre qu'un être humain, cela dépend de l'être humain. Si ce dernier possède le sens de son existence dans le temps, ce qu’il appelle avoir une vie biographique et pas seulement biologique, cet être humain a un plus grand intérêt à continuer à vivre.


Posséder le sens de son existence dans le temps suppose des capacités qui sont le propre de l’homme telles que rationalité, autonomie, capacité du langage, capacité de « réciprocité », etc. Mais, à l’évidence, toutes ces descriptions ne s’appliquent ni à un enfant de trois mois ni à un individu dans un coma dépassé.



Un chimpanzé ou un cochon, par exemple, se rapproche bien plus du modèle d'être autonome et rationnel qu'un nouveau-né.
 


Toute vie humaine ne peut être considérée comme d'égale valeur.
Mettre fin à la vie d’un nouveau-né handicapé n'est pas équivalent d'un point de vue moral à tuer une personne.


De la même façon qu’on autorise l’avortement lorsqu’un handicap est détecté avant la naissance, on doit autoriser à mettre un terme à la vie d'un nouveau-né qu'on découvre, à la naissance ou peu après, porteur d'un fort handicap.


A quel degré de handicap ? Lorsque le nouveau-né présente des handicaps tels que sa vie, autant que puissent en juger ses parents, ne pourra être une vie satisfaisante. Peter Singer se refuse à poser lui-même les limites. Il estime que celles-ci relèvent du jugement des parents, éventuellement en concertation avec des médecins.

Ceci soulève la difficulté de décider à quel moment un nourrisson devient une personne. Ce passage est bien évidemment progressif. Mais on peut au moins affirmer que dans le premier mois de son existence, un nouveau-né n'est pas une personne, car à cet âge il est certain que le nouveau-né ne possède pas le sens de son existence dans le temps. Un mois lui semble donc un délai raisonnable à accorder aux parents pour décider si le bébé doit continuer à vivre. 
 



Cela
conduit Peter Singer à la dernière étape de son cheminement. Puisqu'un nouveau né n'est pas une personne, l'autorisation de mettre fin à sa vie reste valable si le nouveau né n’est pas handicapé.



Peter Singer affirme sans ambiguïté :

« Je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. »



     Tuer un nouveau né n’est pas tuer une personne.


Monsieur Peter Singer, éminent défenseur du droit des animaux, qui pense que leur reconnaissance constitue un grand progrès moral pour l'humanité, nous propose donc de revenir 2000 ans en arrière, au temps où le père de famille romain avait le droit d'exposer ses enfants à la naissance, c'est-à-dire de les laisser mourir sur la place publique ou dans la nature.

 

Il me semble qu’on ne peut que se désoler que Monsieur Peter Singer soit considéré comme un philosophe scrupuleux par certains de ses confrères qui ne partagent pas ses options et qu’il ait obtenu le poste de professeur de bioéthique à l'université de Princeton. Le fait de savoir que sa nomination à ce poste, en 1999, a suscité une grave controverse ne nous sera qu’une faible consolation.


On peut aussi déplorer, car c’est sans doute un signe des temps, qu'une revue comme La Recherche manifeste assez régulièrement de l'intérêt pour ses idées et lui offre ses colonnes pour les exprimer ou les relater. Les thèses de Monsieur Peter Singer n'ont rien à voir avec la science. Ce sont des idées purement morales. La Recherche n'est pas une revue de morale ni de philosophie (sauf lorsqu'il s'agit de philosophie de la Science). Il n'y a donc aucune raison pour que cette revue n'ouvre pas aussi souvent ses colonnes au pape ou au Dalaï Lama qu'à Monsieur Peter Singer !!!

NB1 Je n’ai fait que mettre en phrases plus simples et dans un ordre plus clair l’entretien accordé à La Recherche sans trahir le fond de cet entretien. Le lecteur pourra se référer à l’article original.

NB2 Monsieur Peter Singer essaye de présenter sa morale comme résultant de constats et de raisonnements rigoureux. Mais reprenez en les étapes successives : chacune est parfaitement arbitraire et contestable.

NB3 Monsieur Peter Singer n'a certainement jamais eu d'enfant. Les curés non plus, mais sur la question du nouveau-né ils sont bien plus humains que Monsieur Peter Singer.


Bibliographie

L'entretien avec Peter Singer publié dans le numéro d'octobre 2000 de La Recherche  (payant pour les non abonnés)


Lire aussi les épisodes précédents du feuilleton

L’homme, l’animal, l’utilitariste

L'homme, l'animal, le biologiste

L'homme, l'animal, l'éthologie

L’homme, l’animal, les Lumières

Requiem pour les animaux abattus

L'élevage, l'abattoir et la Shoah

Guillaumet

Universelle humanité


        Prochain épisode du feuilleton : bientôt





 

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Published by Laurent Berthod - dans Homme-animal
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commentaires

Yves Egal 09/08/2011 15:12


Ce que dit Peter Singer est juste et scientifique. La morale (du latin mos, moris, les moeurs) est étymologiquement équivalente à l'éthique (du grec ethos, le comportement, qui a donné éthologie).
Dire la morale souhaitable pour l'homme est plus une modeste observation "éthologique" de la morale sélectionnée par l'Histoire, qu'une réelle invention de ce qui devrait être bon pour la société
humaine. Or Peter Singer ne fait que tenter d'expliciter le comportement néonaticide tel qu'il a existé dans diverses sociétés primitives confrontées à des pénuries risquant de mettre en péril la
survie de la tribu. Nos ancêtres, déjà rationnels, ont alors dû choisir l'action la moins coûteuse pour cette survie et ils ont spontanément pensé qu'il était moins grave de tuer un nouveau-né ou
un vieillard qu'un chasseur émérite ou une mère féconde. Actes toutefois moins difficiles que de tuer des semblables, comme d'autres hommes rationnels ont dû le faire sur le radeau de la Méduse !
Et nous devons quelque respect à ces ancêtres, puisque sans ces choix, nous ne serions sans doute pas là ! Et avouons que chacun d'entre nous sent bien que si lui-même avait été tué, sans
souffrance, avant l'éclosion de sa conscience, c'est à dire avant l'âge de 3 ou 4 ans (âge des premières inscriptions dans notre mémoire), il n'en aurait pas compris l'inconvénient et n'en aurait
éprouvé aucune souffrance morale. Jusqu'à l'arrivée de la conscience, le meurtre est une atteinte au bien d'autrui (des parents) et au cycle de reproduction familiale (atteinte à un être humain
potentiel), mais ce n'est pas la fin non souhaitée d'une biographie.
Peter Singer a raison de dire que tuer un nouveau-né n'est pas de même nature que tuer un être conscient de sa propre vie. Et s'interroger sur cette question est non seulement très important, mais
c'est de la science par le seul fait que le raisonement est scientifique, c'est à dire rationnel, dégagé de toute morale pré-établie.
D'ailleurs, il serait temps de revoir le sens du mot philosophie, traduit en "amour de la sagesse", alors que sophia était d'abord le savoir. Le philosophe était celui qui cherchait à savoir... la
vérité. Dès que le philosophe cessait de s'appuyer sur la vérité révélée, il devenait scientifique sans que le vocabulaire soit bien clair sur ce fait. Soyons clair : la philosophie est morte, vive
la science, et vive le droit de réfléchir sur tout !


Antoine Caby 06/01/2011 01:14


Bonjour Monsieur Berthod. Je suis tombé par hasard sur votre blog et sur cet article, que vous avez publié il y a quelque temps déjà, consacré à Peter Singer. A mon grand dépit, je ne peux
m'empêcher de constater le caractère péremptoire de vos conclusions et la mécompréhension des thèses de notre ami australien. Vous semblez oublier, en effet, la perspective utilitariste dans
laquelle s'inscrit Singer. C'est pourtant priomordial, tant ce paradigme est à l'oeuvre derrière chacun de ses mots. Lorsque Singer affirme que tuer un nouveau né n'est pas équivalent à tuer une
personne, il me paraît évident qu'il met la force de l'exemple au service d'un souci didactique plus important. Techniquement, d'un point de vue utilitariste, tuer un nouveau né occasionnera une
diminution du bien être de ses proches, qui en seront inévitablement affecté, alors que tuer une personne soustraira à la somme de bien être totale non seulement la souffrance de ses proches mais
également le bien être de la personne propre. Je ne suis pas végétarien. Cependant, s'il faut bien reconnaitre quelque mérite à la démonstration spéciste, c'est qu'elle est difficilement
contestable. Vous écrivez, dans l'article "l'homme, l'animal, l'utilitariste" , que "Rousseau nous indique que l’individu humain est perfectible, contrairement à l’animal qui ne peut qu’obéir, sa
vie durant, à sa nature. Kant nous indique que l’homme est le seul des animaux à disposer du sens moral. La biologie et l'éthologie modernes nous indiquent que l'homme est le seul animal à disposer
d'une conscience de soi développée". Premièrement, vous oubliez que Rousseau relève l'égalité entre les hommes et les bêtes dans leur capacité commune à l'empathie et à la souffrance (voir le
Discours sur l'origine de l'inégalité). Deuxièmement, le primatologue Frans de Waal (voir son livre récent Primates et philosophes), entre autres, à clairement démontré que certains grands singes
sont capables de nombreuses capacité que l'on peut associer à une conscience de soi fortement développée. L'homme n'est donc pas le seul, ainsi que vous l'affirmez Et si, pour reprendre vos termes
kantiens, l'homme est le seul animal moral, n'est-il pas de son devoir alors de mettre en oeuvre cette même moralité dans une perspective égalitariste? La question mérite d'être posée.

En toute courtoisie, et en espérant une réponse de votre part.

PS: Je renvoie monsieur Eric Delmas-Marsalet à la parrtie consacrée à l'égalité et au handicap dans le chapitre 2 du livre Questions d'éthique pratique de Peter Singer


Laurent Berthod 13/10/2009 16:58


Pour tous les lecteurs de ce blog il convient que je précise les choses. Autant mes textes sont le plus rigoureusement vérifiés, autant je ne puis me permettre cette rigueur avec les illustrations.
La lecture à l'écran est toujours un peu fastidieuse. Les illustrations sont destinées à rendre plus attrayante et plus facile la lecture des articles. Elles forcent notamment à couper le texte en
paragraphes courts. Cependant le respect des droits d'auteurs me conduit à puiser dans ma photothèque personnelle qui n'est pas illimitée. Les photos illustrent donc souvent l'idée de façon
approximative. En outre, lorsqu'il y en a une, la légende peut elle-même être approximative, pour des raisons littéraires. A Santorin on ne parle que de muletiers et de sentiers muletiers ! Et
c'est plus joli, je trouve, qu'ânier ! Mais enfin, chacun son goût…Merci néanmoins aux lecteurs attentifs qui signalent les écarts à la stricte réalité. Cela enrichit les connaissances de tous.


Sophie Rostopchine 13/10/2009 12:59


J'espère que c'est pour rire que Nico dit qu'il a mangé de l'âne. Et si c'était vrai, qu'il prenne l'engagement de ne jamais recommencer.
Pour apprendre à reconnaître une mule d'un âne, j'invite le tonton blogueur à se rendre à la prochaine foire aux mules qui se tient une fois par an dans un gros bourg des Deux-Sèvres.
A l'un et à l'autre, la prochaine fois, je raconterai à quels artifices il faut recourir pour amener un âne du Poitou à enfiler une jument mulassière : car l'âne, "naturellement", est plus porté
vers l'ânesse que vers la jument.
P.S. - Pourrait-on dire qu'une mule est un organisme génétiquement modifié ?


Arthur R. 13/10/2009 12:43


Avez-vous remarqué comme, à vouloir placer "la Nature" au-dessus de l'humanité, le Vert est une couleur qui se rapproche souvent du Brun ?


Laurent Berthod 13/10/2009 17:12



Qu'en pense un homme politique libre, tel Jean-Pierre Chevènement ? Et qu'est-il prêt à en dire publiquement ? Serait-il disposé à commencer
à faire la pédagogie souhaitable auprès d’une opinion publique sous influence car soumise à une intense propagande animalo-écolo-naturo-animiste en provenance de tous les bords
politiques ?



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