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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 00:32

 

Le Luxembourg

 

Le 29 avril 2010 la présidence du Sénat et la présidence de l’Assemblée Nationale ont enregistré un rapport que leur a remis l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, signé par MM. Claude Gatignol, député, et Jean-Claude Étienne, sénateur, intitulé PESTICIDES ET SANTÉ

 

 

Capturer

 

À tous ceux qui s’intéressent à la question des pesticides, je ne saurais trop en recommander la lecture, longue certes, mais la qualité de sa rédaction en fait un document dans l’ensemble facile à lire.

 

 

 

Sans titre - 3Ce rapport a été vilipendé par les organisations environnementalistes pour qui le militantisme obtus tient lieu d’intelligence. Les parlementaires chargés de ce rapport ont entendus les meilleurs spécialistes du sujet, scientifiques, fonctionnaires, professionnels.

 

 

Sans titre - 2Ils on rapporté des informations intéressantes sur la façon dont la question est traitée en Californie, État à la pointe du progrès scientifique, technique, réglementaire et administratif en la matière.

 

 

fruits2

 

Très grossièrement résumé, mais j’y reviendrai de façon plus approfondie à d’autres occasions, les inquiétudes sanitaires soulevées par les pesticides ne concernent pas les consommateurs mais les utilisateurs, c'est-à-dire, le plus souvent, les agriculteurs.

 

 

 

vigneConcernant les utilisateurs, dans le très bref résumé présenté par le site de l’Assemblée nationale, on peut notamment lire :

« Contre toute attente, les analyses biologiques prouvent que le niveau d'exposition aux pesticides ne dépend pas de la quantité de pesticides utilisée ou de la surface traitée mais de la méthode d'application et du niveau de protection des utilisateurs. »

 

Les parlementaires de l’OPECST ont entendu les Professeurs Maurice Tubiana, André Aurengo et Paolo Boffetta qui ont participé à la rédaction du rapport « Les causes du cancer en France », publié en 2007 par le Centre international de recherche sur le cancer.

 

Hermes au caducee

 

Après leur audition ces trois personnalités ont créé un groupe de travail composé de membres de l’Académie nationale de Médecine et de membres de l’Académie d’Agriculture de France et ont remis la contribution de celui-ci, qui n’engage que les membres de ce groupe.

 

Les parlementaires ont jugé bon de reproduire intégralement (pages 60 à 78 du rapport) cette contribution qui aborde cinq questions, d’ordre sanitaire et agricole.

 

 

Bles

 

En effet « Les risques pour la santé des produits phytosanitaires utilisés en France sont souvent très surestimés, alors que leurs avantages sont très sous-estimés. En effet, il est pratiquement impossible de ne pas les utiliser sous peine d’une baisse massive des rendements. »

 

 

Aujourd’hui, je vais tâcher de résumer le plus clairement possible la première question, celle de l’impact sanitaire des pesticides.

 

Rat.jpg

 

 Concernant la toxicité aiguë, les substances les plus toxiques appartiennent aux familles des organophosphorés et des carbamates, plus rarement des anticoagulants utilisés comme raticides. Ce sont ces produits qui sont à l’origine de la plupart des intoxications professionnelles en France.

  

 

Hôtel DieuLes enquêtes de la Mutualité sociale agricole (MSA) révèlent que 20 % des applicateurs ont été victimes un jour ou l’autre de troubles imputés aux pesticides. Le bilan établi par la MSA pour l’année 2004 comptabilise 195 cas d’intoxication dus aux insecticides, aux fongicides et aux herbicides. En tout, 22 % avaient dû être hospitalisés.

Les centres anti-poison relèvent 5000 à 10 000 alertes par an concernant les pesticides.

La toxicité aiguë résultant d’une mauvaise utilisation ou d’un usage accidentel des pesticides ne concerne donc qu’un contingent faible des maladies professionnelles et des accidents domestiques.

 

Les effets tardifs, résultant notamment de la toxicité chronique, sont plus difficiles à cerner. En dehors des effets cancérogènes, trois types d’effets sont l’objet d’attention particulière : les troubles neurologiques, les troubles de la reproduction et du développement, les perturbations endocriniennes.

 

DDTLa neurotoxicité est le mécanisme d’action toxique majeur de beaucoup d’insecticides organophosphorés, carbamates, pyréthrinoïdes, et historiquement des organochlorés. Ces effets aigus n’ont été observés chez l’homme qu’après des intoxications massives (suicides notamment).

 

fecondation

 

Des effets toxiques sur la spermatogenèse ont été observés chez les professionnels appliquant différents produits actuellement interdits d’usage.

 

 

 

Des effets perturbateurs endocriniens pourraient théoriquement être à l’origine de pathologies tumorales, de la reproduction ou du système immunitaire. Bien que cette hypothèse soit biologiquement plausible, aucune preuve n’existe actuellement que certains pesticides présents dans l’environnement puissent être à l’origine de ces pathologies chez l’homme.

 

crabes

 

L’étude des effets cancérogènes des pesticides fait l’objet d’une abondante littérature scientifique et de nombreux rapports.

 

 

vigne (2)

 

Très peu de pesticides actuellement utilisés sont cancérogènes chez l’animal ; à part l’arsenic, aucun n’a fait la preuve de sa cancérogénicité chez l’homme, même après exposition massive.

  

 

Les données disponibles ne mettent en évidence aucun pesticide pour lequel une relation de cause à effet serait établie selon les critères habituellement utilisés : forte relation dose-effet, absence démontrée de facteurs de confusion ou de biais, résultats concordants dans plusieurs études.

 

millet l'angelus

 

 

Aux États-Unis on observe globalement un déficit du nombre de cancers d’environ 10 % chez les agriculteurs et leurs conjoints comparés à la population générale.

 

 

 

tabac

 

Cette sous-incidence concerne des cancers liés au tabac (poumons, œsophage, vessie) mais également les cancers du foie, du colon et des reins.

 

 

 

 On observe une sur-incidence des cancers cutanés et des lèvres (exposition au soleil), de l’estomac, du cerveau, de la prostate, des lymphomes, des myélomes multiples et de certaines leucémies.

 

boucherie-charcuterie.jpg

 

Ces variations sont probablement multifactorielles, avec un rôle possible de virus provenant de contacts avec les animaux, la sur-incidence des lymphomes étant également retrouvée chez les personnels des abattoirs et les bouchers. On espère que des études en cours, notamment en France, apporteront un éclairage sur ces questions.

 

 

 

 

Lire aussi :

Pesticides, le chiffre du jour : 9000 !

Pesticides : une bonne nouvelle qu’on n’a pas entendue à la télé

Non, les produits alimentaires conventionnels ne sont pas « bourrés » de pesticides

Pesticides, le chiffre du jour 

Le médiatique Professeur Belpomme, lanceur de fausses alertes 

 

 

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commentaires

ME51 03/06/2010 13:15


@MG

Le lien suivant prouve,si je peux dire, encore une fois "Le bien fondé" du Rapport Parlementaire.
http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/cancer-les-agriculteurs-mieux-proteges-27987.html


MG 31/05/2010 22:22


@Laurent Berthod
Alors à qui se fier ?
aux chercheurs du public ? non car leur budget dépend du gouvernement (en réalité de moins en moins)
aux chercheurs du privé ? non car leurs fonds et leur carrière dépendent de leur patron.
aux chercheurs proches des ONG ? surement pas, ils sont militants.
aux chercheurs tout court ? Ah non parce qu'ils dépendent de tout ce petit monde.

Donc aux parlementaires, qui sont indépendants de tout pouvoir et de toute influence ! J'avoue que je n'y aurais pas pensé tout seul, surtout s'agissant des usages de la 5ème république.

Trêve de plaisanterie. Le travail de l'INRA me paraît très correct, il présente l'immense avantage de ne pas connaître la réponse avant d'avoir posé la question..


Laurent Berthod 31/05/2010 22:46



Il faut d'abord se fier à son propre esprit critique, à son propre bon sens, à ses recherches documentaires personnelles approfondies sur un petit nombre de sujets et surtout pas aux
organisations militantes qui n'affrontent jamais aucun suffrage, celles qu'un éthylique chronique a mis autour de la table de façon totalement illégitime.


NB1 Je n'ai pas dit que les parlementaires étaient indépendants de toute influence ni de tout pouvoir. Je pense même qu'il est bon qu'ils soient sous l'influence de leurs électeurs !


NB2 Est-ce que j'ai dit que le travail de l'INRA n'était pas correct ? J'ai dit qu'il présentait les résultats de sa réflexions de façon alambiquée, et je ne le lui reproche pas ! Le rapport
parlementaire a l'avantage d'être clair. Etonnant, non ? D'habitude la langue de bois est plutôt le fait des politiques.



MG 31/05/2010 10:22


@Laurent Berthod et MON810
Pourquoi ce rapport n’est-il qu’un acte politique ?

Evidemment pas parce que les scientifiques interrogés auraient leur carte à l’UMP, mais :
Parce qu’il sort juste au moment où se vote ce qu’on appelle le « Grenelle 2 » et qu’il appuie parfaitement la démarche globale de révision à la baisse des objectifs du Grenelle 1 (à tel point que
la Ministre en charge voudrait reprendre le chantier avec un « Grenelle 3 » …).

Parions qu’un rapport va sortir montrant que « l’agriculture biologique ça commence à bien faire », mais non c’est trop facile de parier, c’est déjà dans les tuyaux : sortie imminente du rapport
d’un groupe de travail à l’Académie d’Agriculture (Groupe Le Buarec), et sortie en avant-première d’un texte de Gueguen et Pascal dans les Cahiers de nutrition et diététique (article sous presse)
avec interview dans le Figaro (« Le point sur les qualités nutritionnelles et sanitaires des produits bio »).

Etonnant ces coïncidences, non ? D’autant plus étonnant qu’à la suite du Grenelle 1 le gouvernement a confié à l’INRA un mandat d’expertise sur ces sujets là (Groupe « EcoPhyto R&D »). L’INRA
ne va pas assez vite ? ou bien peut-être n’est-il pas compétent ? Pourtant il publie ....

Le rapport avec le climat ? Directement aucun. Politiquement je crois que oui, mais on pourrait en discuter. Surtout j’avais envie de faire une petite publicité pour un bon petit livre d’un
Monsieur fort décrié sur ce site. Dommage qu’il se vende moins bien que l’autre, parce qu’il est plus sérieux.


Laurent Berthod 31/05/2010 20:44



Heureusement que ce rapport est un acte politique ! C'est un rapport parlementaire !


Je ne pense pas que son objectif premier ait été de contrer le Grenelle 2. Les travaux ont été engagés par l'Opecst à la demande de commissions du Parlement juste après que les singeries de
Belpomme à propos du chlordécone aux Antilles ait ému de façon injustifiée les populations et secoué les responsables politiques. 


Le rapport a été voté par l'ensemble des parlementaires de droite et de gauche qui composent l'Opecst, à l'exception de l'inénarrable Marie-Christine Blandin. Il a été rédigé après l'audition de
personnalités des plus compétentes sur ce sujet. Contrairement aux histrions représentant les ONG environnementalistes, à qui l'institution du Grenelle a donné un pouvoir de négociation démesuré
et indu et dont Luc Ferry a pointé à juste titre qu'ils ne disposent d'aucune légitimité, ni scientifique ni démocratique, les parlementaires sont les élus de la nation et les scientifiques
consultés sont les meilleurs dans leur partie.


L'INRA a répondu à une question éminemment politique : est-il possible de réduire de 50 % l'utilisation des pesticides en France ? Les financements de l'INRA dépendant directement de
décisions gouvernementales n'a pas cru pouvoir dire franchement la vérité, mais il l'a dite avec beaucoup de circonlocutions, oui, enfin non, cela parait très difficile. Finalement l'INRA dit la
même chose que le rapport de l'Opecst, moins clairement et plus hypocritement.


Conclusion, satisfaisante pour la démocratie, mais pas pour les institutions scientifiques étatiques : les parlementaires sont plus indépendants du pouvoir exécutif que les instituts de
recherche. Les premiers, leur investiture ne dépend pas directement du gouvernement, mais de leur parti, les instituts de recherche, leur budget est quasi intégralement aux mains du gouvernement
!




MON810 31/05/2010 00:48


@ MG.

J'ai du mal à saisir le rapport entre les pesticides et les positions de Claude Allègre sur le climat. Eclairez-nous !


MG 29/05/2010 22:56


Mais non, ce rapport n'est rien de tout ça.
C'est juste un truc pour nous convaincre que "la réduction des pesticides ça commence à bien faire".

Lisez plutôt l'excellent petit livre de Sylvestre Huet "l'Imposteur c'est lui", Claude Allègre évidemment.


Laurent Berthod 29/05/2010 23:24



Si, il est tout ça. Et il est aussi ce que vous dites (à ceci près que je ne sache pas que ces éminents scientifiques aient leur carte à l'UMP tendance Sarko, ce que laisse entendre
insidieusement votre formulation).


Ce qui alimenterait le débat de façon constructive serait que vous apportiez des arguments sérieux démontant l'argumentation du rapport de l'Opecst et montrant l'intérêt de réduire
l'utilisation des pesticides dans les proportions envisagées par le Grenelle de l'environnement.



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