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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 00:47

 

 

Capturer2 

Dans sa contribution au rapport de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques dont j’ai parlé dans mon article du 29 mai dernier, le groupe animé par les Professeurs Maurice Tubiana, André Aurengo et Paolo Boffetta a abordé cinq questions.

 

 

Caducee

 

Après l’impact sanitaire des pesticides, je résumerai ici la façon dont les auteurs envisagent les deux questions qu’ils abordent ensuite. 

 

 

 

Peut-on se passer des pesticides ?

 

araire en fer

 

 

La nécessité de protéger les cultures de leurs ennemis est aussi ancienne que l’agriculture elle-même.

 

 

 

   

coquelicots (16)En effet, les ennemis des cultures sont très nombreux : champignons, bactéries, virus, arthropodes, nématodes, oiseaux, rongeurs, mollusques, mauvaises herbes, etc. Ils sont susceptibles de diminuer fortement les récoltes et d’en altérer la qualité.

  

 

bio

 

Le rôle des produits de protection est de diminuer l’impact de ces agressions. À ce jour, aucune agriculture développée dans le monde, y compris l’agriculture biologique, n’a réussi à s’en passer.

  

 

 

 

 

pesticides

 

Les produits de protection des cultures, moyen moderne de cette lutte pour la vie, constituent un ensemble très varié de substances chimiques ou d’agents biologiques. On peut les classer selon leurs fonctions (fongicides, insecticides, herbicides…), selon leur nature chimique (substances minérales, organométalliques, organiques…), selon leur mode d’élaboration (extrait végétal, mimétique de substance naturelle, produit de fermentation, chimie de synthèse…) etc.

 

 

Cette extrême diversité de nature et de fonction vide de son sens toute critique globale a priori. Il n’y a pas de corrélation entre l’origine de ces substances, leur toxicité ou leur écotoxicité.

 

pesticides-applicateur.jpgAujourd’hui, une substance n’arrive entre les mains de l’utilisateur que dix à douze années après sa découverte, délai minimum nécessaire à la réalisation d’une longue série d’études concernant l’homme et l’environnement. Ces précautions mettent les consommateurs à l’abri d’intoxications chroniques. Néanmoins la manipulation est l’épandage de ces substances ne sont pas anodins pour l’applicateur.

 

 

riz (2)La population mondiale qu’il faudra nourrir passera de 6,5 milliards d’habitants aujourd’hui à 9,5 milliards avant 2050. Il faudra accroitre encore plus rapidement la production alimentaire, afin de mieux nourrir une fraction importante de l’humanité actuellement sous-alimentée et éviter de mettre en culture trop d’espaces vierges. Cela implique non seulement le maintien de rendements élevés mais leur augmentation sur les terres déjà cultivées.

 

 

moissonneuse-batteuse--27-.jpgOr, sans pesticides les rendements diminuent fortement. En effet les pesticides préservent de chutes de rendements allant de 20 à plus de 50 %. La protection des cultures est déterminante pour rentabiliser les investissements (semences, engrais, machinisme, irrigation, main d’œuvre…) nécessaires pour accroître la productivité.

 

 

 

Quelles seraient les conséquences d’une diminution de 50% de l’utilisation des pesticides en France ?

 

Borloo4.JPG

 

Un des objectifs assignés par le Grenelle de l’Environnement est de diminuer de 50 % l’usage des pesticides dans un délai de dix ans.

 

  

La mise en œuvre d’une directive européenne de 1991 a déjà éliminé bon nombre des 984 substances qui existaient dans l’UE en juillet 1993. Au terme de ce processus la pharmacopée sera réduite à moins de 250 substances fin 2010. C’est donc essentiellement sur ce reliquat que s’appliquerait la diminution de 50 % projetée. Ce genre de politique fragilise la protection et accroît le risque de résistances.

 

blé (12)C'est ce qui s'est passé au Danemark où, au terme d’une politique d’éviction, ce pays, auparavant autosuffisant en blés panifiables, en importe aujourd’hui la quasi-totalité et ne produit plus que des blés fourragers et du maïs destinés à l’alimentation animale, moins exigeants en produits de protection.

 

mais-epi.jpg

 

Les normes de qualité relatives à la présence de mycotoxines (toxines hautement cancérigènes produites par des champignons parasites) dans les produits alimentaires entrent actuellement en vigueur. Elles peuvent affecter les céréales et le maïs bien au-delà de 10 % de la production nationale.

 

 

pommes.jpgL’intensification des travaux mécaniques voire le recours à des sarclages manuels pour remplacer le désherbage chimique, des réfactions à la récolte, une augmentation des pertes au transport, la moindre tenue des produits frais à l’étalage, impacteraient les coûts alimentaires et toucherait d’abord les fruits et légumes, productions fragiles dont les nutritionnistes conseillent au Français, pour leur santé, d’augmenter la consommation.

 

Une surenchère purement nationale conduisant à éliminer un grand nombre de substances ayant satisfait par ailleurs aux normes européennes – les plus sévères au monde – amènera à délocaliser ces productions vers d’autres pays de l’Union ou du monde.

 

img008-Porto.jpgOr, dans tous les pays développés, les enquêtes sur les résidus dans les produits frais montrent des taux de dépassement plus élevés sur les produits importés, très souvent en raison des différences de réglementation d’un pays à l’autre. Le nombre de cas de dépassement devrait donc s’accroître.

 

 

chrysomele.jpgAvec la croissance des échanges intercontinentaux, la pression des organismes nuisibles est en constante évolution. Pour les seuls ravageurs des cultures, quarante-et-une espèces nouvelles ont été introduites sur le territoire français entre janvier 2000 et juin 2005. Cette mondialisation du parasitisme nécessite de maintenir disponible une gamme de produits diversifiés pour faire face à des situations imprévues.

 

 

dollarLa difficulté d’obtenir l’autorisation pour de nouveaux produits de protection des plantes et les coûts de la recherche ont beaucoup ralenti la création de nouveaux moyens ces dernières années. En 2000, les industriels estimaient qu’amener sur le marché une seule substance active coûtait aux alentours de 184 millions de dollars US et signalaient le net ralentissement de l’innovation depuis cinq ans.

 

 

Pour en savoir plus

Le rapport parlementaire

 

Lire aussi

Pesticides, un remarquable rapport parlementaire

et

Pesticides, le chiffre du jour qui ne veut rien dire !

Pesticides, le chiffre du jour : 9000 !

Pesticides : une bonne nouvelle qu’on n’a pas entendue à la télé

Non, les produits alimentaires conventionnels ne sont pas « bourrés » de pesticides

Pesticides, le chiffre du jour 

Le médiatique Professeur Belpomme, lanceur de fausses alertes 

 

Van Gogh,2 champ de blé avec vol de corbeau, Amsterdam

 

 

 

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commentaires

Laterjuju 02/05/2011 15:53


Bonjour Laurent,

Voila un petit documentaire qui va bien au dela des problematiques OGM, pesticides, agriculture intensive VS bio, etc...

Ce documentaire essaye juste de montrer (de maniere convaincante a mon sens), pourquoi le libre-echange ne peut etre une solution viable pour l agriculture.

Et, toujours selon moi, relegue les OGMs, pesticides, etc... au rang de problematiques (tres) secondaires, voire de non-problematiques...

http://vimeo.com/7893617


Araucan 31/08/2010 21:25


Juste quelques remarques complémentaires:
- il est important de disposer de molécules diverses pour éviter les phénomènes de résistance. L'excès d'utilisation d'une molécule peut finir par la "tuer" ...
- dans certains cas, l'utilisation de variétés résistantes ou tolérantes aide ... mais les contournements sont possibles ... Là encore, des sources diversifiées de résistance sont utiles (quand on
les a ... et qu'elles sont utilisées sur le terrain, ce qui est encore une autre question ...)
- la lutte contre les ravageurs dépend de leur biologie propre et aussi des moyens mis en œuvre de manière coordonnée sur des surfaces suffisantes : il y a des progrès à faire de ce coté
certainement,
- rester sans pesticides, revient à abandonner des outils qui peuvent se révéler cruciaux, car quelles données a-t-on sur les parasites de cultures mettons avant guerre ?

NB 1: les pesticides n'ont pas qu'une fonction de préservation des rendements : dans certains cas (carie du blé, ergot du seigle, ...), ils évitent des problèmes de santé humaine.

NB2 : les mycotoxines, voilà un sujet qu'il faudrait creuser (toxicité réelle, occurence, acteurs, enjeux économiques ...)


iris 19/07/2010 10:06


Les infestations de toutes sortes font moins peur que la biodiversité en péril !!


André 19/07/2010 01:40


Vous écrivez: “Or, sans pesticides les rendements diminuent fortement. En effet les pesticides préservent de chutes de rendements allant de 20 à plus de 50 %” ?

Trois fois non ! Cela peut aller jusqu'à 100 %.

Nous sommes trop habitués à des chiffres qui proviennent soit de l'impasse faite par un agriculteur (ou des chiffres résultant de la recherche sur les conséquences d'une telle impasse), soit de
l'échec de son traitement. La réalité toute crue est que, sans pesticides, la perte peut être totale.

D'autre part, il me semble que vous avez été très synthétique sur les objectifs du Grenelle de l'environnement. C'est bien pour la clarté du propos, mais fort insuffisant s'agissant des menaces qui
pèsent sur l'agriculture française.

Si j'ai bien compris, le troisième alinéa de l'article 31 de la loi n° 2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement* prévoit comme
objectifs :

1. de retirer quarante substances actives parmi celles, que vous évaluez à quelque 250, qui subsisteront à l'issue de la procédure communautaire REACH.

Pourquoi quarante ? Sans nul doute magie du chiffre ;

2. “de diminuer de 50 % d'ici à 2012 ceux contenant des substances préoccupantes pour lesquels il n'existe pas de produits ni de pratiques de substitution techniquement et économiquement
viables”.

C'est fort mal écrit, mais je suppose qu'il s'agit d'une réduction de l'usage en volume ou en poids. Et je vous laisse imaginer comment fera l'agriculteur en l'absence de produits ou de pratiques
de substitution (notez que la rhétorique de la disposition suppose que le fameux purin d'orties ou prêles n'est d'aucune utilité... c'est quand même un bon point) ;

3. d'une manière générale, “de réduire de moitié les usages des produits phytopharmaceutiques et des biocides en dix ans”.

Certes, il est précisé qu'on le fera “en accélérant la diffusion de méthodes alternatives”, mais c'est là une simple clause de style puisque c'est “sous réserve de leur mise au point”. On
faciliterait aussi “les procédures d'autorisation de mise sur le marché des préparations naturelles peu préoccupantes”, mais quelle est leur efficacité et leur utilité ?

Ai-je écrit “menaces qui pèsent sur l'agriculture française” ? L'agriculture française est déjà au pied du mur comme l'a déjà exposé, par exemple, l'hebdomadaire La France agricole.

Petit rappel : L'EFSA vient de publier son deuxième rapport annuel sur les résidus de pesticides dans les aliments**. Plus de 70.000 échantillons provenant de près de 200 types d’aliments
différents ont été testés. Aucun résidu de pesticide n’a été détecté dans 62,1 % des échantillons (contre 52,7 % à 58,0 % des échantillons dans les années 2005 à 2007, alors même que les recherches
ont porté sur davantage de molécules en 2008 et que les techniques d'analyse se sont affinées)  ; 96,5 % des échantillons analysés sont conformes aux limites maximales de résidus (LMR) de
pesticides autorisés dans les produits alimentaires dans l’Union européenne.

En d'autres termes, 3,5 % de l’ensemble des échantillons analysés dépassent les limites maximales de résidus (LMR) légales ; plus précisément 2,4 % des échantillons provenant de l’UE, et 7,6 %
des échantillons d'aliments importés de pays hors UE, ce qui confirme imparablement les propos de M. Berthod. S'agissant des dépassements, selon l'EFSA, “pour 35 combinaisons pesticides/aliments,
un risque potentiel pourrait se présenter mais seulement dans de rares cas”.

Puisque le Grenelle de l'environnement a pour objectif de promouvoir l'agriculture biologique – au-delà du raisonnable – il convient de se pencher aussi sur les produits biologiques. L'EFSA annonce
que les LMR ont été dépassées dans 0,9 % des échantillons analysés. Toutefois, sauf démenti, les analyses n'ont pas porté sur les pesticides autorisés en agriculture biologique, dont certains,
quoique “naturels”, sont préoccupants du point de vue de la santé publique ; les rapports ne permettent pas non plus de savoir quels pesticides on y a trouvés. D'autre part, deux pays
fortement “biologisés” – l'Autriche et l'Italie – n'ont pas pris d'échantillons... Quelques éléments pour une belle théorie de conspiration du silence !

_________________

* “A cet effet, les objectifs à atteindre sont :

c) De généraliser des pratiques agricoles durables et productives. L'objectif est, d'une part, de retirer du marché, en tenant compte des substances actives autorisées au niveau européen, les
produits phytopharmaceutiques contenant les quarante substances les plus préoccupantes en fonction de leur substituabilité et de leur dangerosité pour l'homme, trente au plus tard en 2009, dix
d'ici à la fin 2010, et, d'autre part, de diminuer de 50 % d'ici à 2012 ceux contenant des substances préoccupantes pour lesquels il n'existe pas de produits ni de pratiques de substitution
techniquement et économiquement viables. De manière générale, l'objectif est de réduire de moitié les usages des produits phytopharmaceutiques et des biocides en dix ans en accélérant la diffusion
de méthodes alternatives, sous réserve de leur mise au point, et en facilitant les procédures d'autorisation de mise sur le marché des préparations naturelles peu préoccupantes. Cette réduction ne
doit cependant pas mettre en danger des productions, notamment les cultures dites mineures. Un programme pluriannuel de recherche appliquée et de formation sur l'ensemble de l'agriculture sera
lancé au plus tard en 2009, ainsi qu'un état des lieux de la santé des agriculteurs et des salariés agricoles et un programme de surveillance épidémiologique. Une politique nationale visera la
réhabilitation des sols agricoles et le développement de la biodiversité domestique, cultivée et naturelle dans les exploitations ;”

** http://www.efsa.europa.eu/fr/scdocs/scdoc/1646.htm


cdc 18/07/2010 17:42


Rappelons que selon Bruce Ames 99,99% des pesticides que nous ingérons sont d'origine "naturelle" (càd non humaine) :
http://www.pnas.org/content/87/19/7777.short


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