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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 20:00

 

 

Caspar David FriedrichDans un commentaire à propos d’un précédent article de ce blog, un lecteur, Rémi, se demandait comment expliquer l’ambiance de catastrophisme et de « culpabilisme aigu » qui irrigue un large courant d’opinion, que je qualifierais volontiers de postmoderne (j’entends par là, qui rejette les valeurs de la modernité).

  

le-cri-.jpg

 

Sur un autre forum, un intervenant disait que le secret de la réussite des lanceurs d’alerte « c’est que le public aime avoir peur, le public veut de la peur. La peur éprouvée en commun crée du lien social. »

 

 

 

C’est incontestable.

 

Mais, pourquoi la peur crée-t-elle du lien social ?

 

bouc emissaire

 

Parce qu'elle désigne à la communauté un bouc émissaire qui la soude dans la haine d'un ennemi dangereux reconnu comme tel par tous.

  

 

 

Le bouc émissaire

 

 

René Girard explique de façon assez convaincante comment, dans des situations de crise ou de dissolution, la désignation d’un bouc émissaire ressoude la communauté. Il en démonte le mécanisme.

  

 

 

cambodge.jpgPour se convaincre de la valeur de cette explication, il n’y a qu’à lire dans les forums sur Internet les sentiments exprimés à propos des pesticides, des "contaminants" chimiques, récemment de l’affaire de la dioxine à Gilly-sur-Isère : haine des industriels, des scientifiques « à la botte » de ces derniers, des gouvernants, etc. accusés d’être des assassins, des complices, des criminels contre l’humanité…

 

L'histoire montre que les totalitarismes utilisent la haine du bouc-émissaire.

  

zek

 

Communisme

 Bouc-émissaire : le koulak en URSS, l'intellectuel en Chine pendant la révolution "culturelle", le citadin dans le Cambodge des Khmers rouges.

 

 

 

Ghetto de Varsovie (2)

 

Nazisme

Bouc émissaire : le Juif.

 

  

  

 

Sans titre - 1 (2)

 

 

Islamisme

Bouc émissaire : l'infidèle.

 

 

 

Par où l'on voit que :

 

le vieux - 1

 

Le communisme est plus opportuniste que le nazisme. Selon les circonstances, il a plusieurs boucs émissaires sous la main, ce qui l'a sans doute aidé à s'acclimater sous divers cieux et à perdurer plus longtemps.

 

 

foule2.jpg

 

Le bouc-émissaire le plus "universel" est celui que l’islamisme désigne à la vindicte de la communauté, car il n'y a pas autant de Juifs, de koulaks, d'intellectuels ou de citadins que d'infidèles !

 

 

Les écolos qui, dans leurs discours, usent et abusent des boucs émissaires sont, d’une certaine façon, les plus ou moins lointains héritiers ou collatéraux, des Rouges, des Bruns et des Verts !  Disons que, jusqu’ici,  leur totalitarisme est resté surtout verbal, mais enfin, on trouve des passages à l’acte chez un certain nombre de militants : arraisonnements violents par Greenpeace, intimidation par des destructions de récolte, destructions de plusieurs années de travaux de recherche par les faucheurs volontaires, etc.

  

genocide

 

Rémi, notre commentateur, se demande aussi pourquoi le "culpabilisme" aigu tend à reprocher à l'activité humaine son existence même, autrement dit notre trop grand nombre – sans pour autant aller au bout du raisonnement malthusien, un génocide.

 

 

Tout d’abord, je dirai que certains ne sont pas très loin de l’idée de génocide. Dans mon article Les écologistes n'aiment pas l'humanité on trouvera plusieurs déclarations qui vont dans ce sens.

  

Mais, revenons à la question, la raison de ce sentiment de culpabilité.

 

Je pense qu’il s’agit plus d’une peur  que d’une culpabilité. La peur de la démographie n’a pas été inventée par les écolos postmodernes, mais par Malthus.

 

Rembrandt, La guilde des drapiers RijkmuseumElle a été remise au goût du jour au XXe siècle par des aristocrates, comme le prince Philipp, et des hommes d’affaires, pour certains milliardaires, tels que David Rockfeller, Maurice Strong, Ted Turner, Rupper Murdoch, qui les ont reformulées dans le cadre de groupes comme le Club de Rome, la Commission trilatérale et le Groupe de Bilderberg.

  

La Nain Famille de paysansQuand on consulte la littérature issue de ces cénacles, comme d’ailleurs celle, originelle, de Malthus, on trouve le plus souvent la peur de la prolifération des pauvres, susceptibles, par leur nombre même et leur marche vers un niveau de vie équivalent à celui des pays riches, de remettre en cause les fondements du confort des pays développés et, surtout, de leurs élites sociales.

 

le parfum d'adam (2)

 

Cette motivation est très bien décrite dans le roman de Jean-Christophe Rufin Le parfum d’Adam.

 

 

 

caspar-david-friedrich.jpg

 

Ensuite, pour faire passer dans les masses ce message fort peu charitable, on joue sur la corde sensible de la culpabilité envers la nature, qui trouve ses racines dans le romantisme allemand et le "conservationnisme" américain.

 

 

 

Antoine Arnauld

 

 

Ajoutez un zest de "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer au royaume de Dieu", très janséniste, donc très français, et vous obtenez l'idéologie de la décroissance.

 

 

 

Pour en savoir plus

 

Le bouc émissaire

 

 René Girard, Le Bouc émissaire, Le livre de poche, coll. biblio essais

 

 

 

Des choses cachées depuis la fondation du monde

 

René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, Le livre de poche, coll. biblio essais

 

 

 

La violence et le sacré (2)

 

René Girard, La violence et le sacré,  Hachette Littératures, coll. Pluriel

 

 

 

le parfum d'adam (2)

 

Jean-Christophe Rufin, Le parfum d'Adam, Folio

 

 

 

Lire aussi

Culpabilité postmoderne

Les écologistes n'aiment pas l'humanité

À la faute morale les écologistes ajoutent la faute intellectuelle

La nouvelle religion : l'écologisme

  

 

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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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commentaires

AlainCo 01/02/2013 18:42

@rené girard
trèe belle réflexion.

je me souvien dans un magazine, un article sur les théories du complot.
la théorie du complot est une manière d'expliquer le monde pour les gens qui n'y comprenne rien, et en souffrent.

Yves Egal 01/02/2013 13:14

Pas lu René Girard au-delà de quelques passages dans Le Monde.
Le bouc émissaire me semble une théorie intermédiaire. Il est l'aspect visible de quelque chose de plus profond : la paranoïa, liée elle-même à la tension éternelle, en l'homme, entre la nécessité
sociale et le maintien de l'identité individuelle. Le besoin de se conformer à la discipline du groupe, avec forcément une hiérarchie et un chef, n'empêche pas le besoin de maintenir sa
personnalité, son identité individuelle (le moi, la personnalité) face à l'identité du groupe (le sur-moi, nationalisme/patriotisme, identité religieuse). L'acceptation d'un chef, d'un ensemble
dominant, ne peut se faire sans dégât pour mon ego que si elle apparaît comme la contrepartie d'un contrat qui donne des avantages sociaux contre ma soumission, elle-même contraire à l'exigence de
liberté individuelle. Sinon, il y a humiliation et non respect du contrat : le pouvoir abuse de sa protection pour réduire ma liberté. Le besoin irrépressible du maintien de l'ego (pouvoir se
regarder dans la glace, se sentir un homme libre) nécessite une méfiance permanente vis à vis du pouvoir, qui fait que les individus cherchent à participer à ce pouvoir pour le contrôler
(démocratie) et surtout pour le comprendre. C'est quand on ne comprend pas les mécanismes du pouvoir et le fait que le pouvoir est bénéfique pour soi qu'on arrive à la phase maladive de la
méfiance, qui est la paranoïa, manière la plus bête d'expliquer ses malheurs. C'est le même fonctionnement que la religion : puisque je ne peux expliquer le monde, j'imagine une explication
cohérente qui explique ce que je ne comprends pas : l'origine du monde ou le pourquoi de ma situation médiocre.
Le marxisme et tous les anticapitalismes sont des paranoïas où l'argent et les pouvoirs qu'il donne à l'intérieur de la société sont les vilains. Le nazisme et toutes les identités religieuses
(islam) sont des paranoïas où celui qui veut nous détruire est l'Autre, c'est à dire les groupes externes à son groupe identitaire, même et surtout si cet Autre est parmi nous : les juifs pour
Hitler.
Mais ces paranoïas ne viennent jamais de nulle part. Les juifs avaient réellement un pouvoir visible de l'argent et des médias à Berlin et à Vienne : l'esprit simple pouvait avoir l'impression
qu'ils dirigeaient tout. Et le danger est quelquefois réel : l'islam et l'ensemble des immigrés en Europe menacent réellement de modifier la société.
L'écologisme est né de peurs justifiées (y compris la surpopulation), mais il ne devient extrême que quand le méchant est lié à l'argent, car la paranoïa vis à vis de l'argent reste la plus
répandue en France : Monsanto suscite la haine par sa domination économique, les gaz de schistes parce qu'il mettent en cause les multinationales (autre mot pour le diable), le nucléaire parce que
son "lobby" tout puissant bénéficie de l'argent de l'Etat, les pesticides parce qu'ils sont épandus par les gros agriculteurs, eux-mêmes bénéficiaires de l'argent de la PAC.
La paranoïa et donc le bouc émissaire sont naturels dans nos sociétés trop complexes pour être comprises par tous. Ils ne peuvent être combattus que par la compréhension généralisée des mécanismes
économiques et sociaux. D'où l'intérêt de débats comme celui-ci. Je crois que petit à petit le nucléaire ou les OGM finiront par être mieux compris. Merci à toi, Laurent.

Françoise 12/02/2011 20:07


Partie du site GDS 38, merci de m'avoir fait découvrir René Girard.
J'ai pour habitude de toujours donner quelque chose en retour d'une découverte, un peu sur le même mode qu'on n'accepte pas un couteau sans donner une pièce.
Je vous invite donc, si vous ne le connaissez déjà, à découvrir le livre de Jacques Godbout : l'Esprit du don. Jacques Godbout y parle de René Girard (pp 179-181).
Une lecture qui devrait je pense vous intéresser - voire, je l'espère, vous réjouir :-)
Bien cordialement,
Françoise


Laurent Berthod 13/02/2011 14:18



Merci pour ce cadeau. Vraiment.



iris 23/01/2011 21:15


diane a dit "nous ne sommes pas maîtres de ce que nous consommons..." .J'ai juste envie de lui rétorquer que nous le serons encore moins si nous optons pour une alimentation totalement
naturelle/bio sans "pesticides" en amont...enfin, je pense..


diane 20/01/2011 18:23


Nous ne sommes pas maître de ce que nous consommons. Je pense que ce sont les abus qui sont dangeureux et non pas l' utilisation au sens propre des produits nocifs. Mais chacun a sa part de
responsabilité sur le plan domestique il y a aussi des efforts à faire. Pour en revenir aux pesticides, si l'agriculteur fait un usage raisonné de ses pesticides plutôt qu'un usage systématique les
nappes phréatiques souffriraient moins et les aliments avec. Heureusement que ce genre de personne existe, bien que pas encore assez. Vous êtes pour les pesticides ou contre les écolos ?


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