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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 00:00

 

épopée d'Atrahasis

 

Dans l’article L’explosion démographique, une peur vieille comme l’humanité, pour illustrer l'ancienneté de cette peur, je me suis tenu aux seuls éléments strictement nécessaires rencontrés dans l’un des plus vieux mythes connus, le mythe babylonien d’Atrahasis.

Ce mythe raconte à la fois l’origine de l’homme et le déluge. Il présente des similitudes avec le récit de la Genèse par des détails que j’ai passés sous silence.

 

 

Ghiberti création d'Adam

 

 

C’est ainsi que dans l’épopée d’Atrahasis, l’homme fut tiré de l’argile à laquelle on mélangea le sang d’un dieu et la salive d’une déesse. Dans la Genèse, Yahvé modela l’homme avec la glaise du sol et lui souffla dans les narines un souffle de vie.

 

  

 

 

 

Kyo, corbeauC’est ainsi que sept jours après que les pluies du déluge cessèrent, Atrahasis envoya une colombe à la recherche d'une terre émergée. La colombe revint au bateau. Puis il prit une hirondelle et la lâcha ; l'hirondelle revint aussi. Enfin, il envoya un corbeau ; le corbeau, ayant trouvé terre, ne revint pas. Il y avait donc une terre en vue, à laquelle le bateau d’Atrahasis aborda.

 

 

Heraklion tourterelle

 

Bien que l’épisode de la colombe de Noé revenant avec un rameau dans son bec soit formellement l’inverse, il est clair que l’inspiration littéraire de ces deux récits est la même.

  

 

 

 

Il y a quelques jours seulement, bien après la rédaction de mon article, je lisais dans un article* de la revue Commentaire :

 

Michel Ange création d'Adam

 (…) les cosmogénèses babyloniennes expliquent la création de l’humanité par la volonté des dieux d’établir entre eux la paix en se déchargeant sur les hommes des durs labeurs qui furent cause de leur discorde. À l’opposé, la cosmogénèse judéo-chrétienne place un Dieu personnel à l’origine de la création de la personne humaine faite à l’image de son Créateur qui ne la façonna point pour le suppléer dans des travaux ingrats. Le passage de l’Impersonnel au Personnel, du tout indifférencié au particulier bien défini induit une vision du monde contradictoire avec celle du monde babylonien antique.

 

 

Par où l’on voit que la même source d'inspiration littéraire peut illustrer deux visions opposées de la transcendance.

 

* Le catholicisme comme religion politique en France, Jean-Louis Clément, Commentaire, Numéro133/Printemps 2001

  

JoYeUsEs PâQuEs !

 

 

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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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commentaires

iris 28/04/2011 21:45


Une sacrée belle double question !

" je me demande si c'est l'hypostasie de la nature.....
- l'animisme est-il plus proche d'une idée d'immanence..."

Merci, Laurent, de la poser en réponse à mon com. Je la trouve lumineuse. Elle pourrait faire l'objet d'une longue réflexion pour tenter d' approcher la réponse qui vous/nous échappe.
En tout cas, merci encore d'avoir poussé cette porte.


Laurent Berthod 26/04/2011 21:39


Chère iris,

Indirectement ? Sans doute.

Clairement ? Si c'est le cas, tant mieux !

Mais délibérément, certainement.

Immanence/transcendance. Je me demande si c'est l'hypostasie de la nature qui conduit à la perte de l'idée de transcendance ou si, au contraire, c'est la perte du sentiment de transcendance qui
conduit à l'hypostasie de la nature.

L'idolâtrie postmoderne de la nature ressemble bien souvent à un néo-animisme. L'animisme est-il plus proche d'une idée de l'immanence ou d'une pensée de la transcendance ? Je ne sais.

Bien à vous.


iris 23/04/2011 15:38


Nonobstant ma nullité en culture babylonienne, tulmudique et autre exégétique, je me permets d'intervenir, à ma petite pointure...
A partir de votre démonstration, Laurent, si claire, si nette et concise, il me vient l'idée que certaines catastrophes actuelles, naturelles ou technologiques, fantasmées ou pas, pourraient
remettre en question le rapport de l'homme à la transcendance tel que les religions monothéistes l'ont élaboré et conservé. L'idée n'est pas nouvelle, évidemment, mais l'on sent dans notre société
comme une plus grde réceptivité à la notion d'immanence, chassant celle de transcendance et - ce qui, personnellement, m'inquiète davantage - comme une volonté de détrôner l'homme du sommet de la
création où l'a placé le récit biblique de la genèse.

....par où l'on voit que l'indéracinable peur humaine des catastrophes conduit, par la voie de l'intelligence et de l'inintelligence, à la construction de mythes d'où découlent des ordres où sont
prises nos existences individuelles et collectives.
Nous sommes très concernés par ces lointains récits, mythiques ou pas. Merci, L. de le rappeler indirectement mais clairement.


Surgères de La Gor 22/04/2011 11:59


"La même source d'inspiration littéraire peut illustrer deux visions opposées de la transcendance." Certes, mais le même texte, ou le même mythe, peuvent aussi inspirer plusieurs interprétations
différentes. Je ne connais rien à la pensée babylonienne, mais je ne suis pas convaincu par la lecture contradictoire que M. Jean-Louis Clément fait du récit biblique et du récit babylonien. Sans
doute M.Clément est-il trop catholique pour avoir jamais pratiqué des exercices talmudiques, lesquels lui auraient appris à se méfier de la polysémie de certains mythes.


scaletrans 22/04/2011 09:38


Clair, court et pertinent. J'apprécie beaucoup vos articles. Bien cordialement.


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