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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 21:38


Une excellente synthèse des connaissances actuelles sur le phénomène des marées vertes en Bretagne est disponible sur le site de l’Institut scientifique et technique de l’environnement.

Le présent article en est un résumé.

lagune venise 3
La prolifération des algues vertes (ulves) est un phénomène répandu dans de nombreuses régions du monde : Chine, Cuba, Espagne, fjords de Norvège, Pays-Bas, Danemark, lagunes de Venise et de Tunis, Sénégal…



Carrelets Charente Maritime
En France, au-delà de certaines côtes bretonnes, elles sont observées dans le Cotentin, en baie de Somme, en Charente-Maritime, en Martinique ou dans les étangs et lagunes du Languedoc - Roussillon.



1952C’est un phénomène ancien puisque des échouages d’ulves sur les côtes de la Manche sont rapportés depuis le début du XXème siècle. Dès les premières photographies aériennes de l'IGN en 1952, les rideaux d’ulves sont visibles sur les baies aujourd'hui  les plus concernées.


activité agricole2
Aucune corrélation ne peut donc être établie entre le phénomène et le développement des activités agricoles.




Sans titre - 2
En France, le cas de la baie de Lannion, une des portions du littoral les plus touchées, est révélateur.





Sans titre - 10
Sur les bassins versants concernés on rencontre des systèmes de polyculture-élevage relativement peu intensifs ; on n’y compte pratiquement pas d’élevage hors-sol, et de nombreuses surfaces sont occupées par des prairies permanentes.


oursins2jpgLes ulves ne sont pas toxiques. Elles sont même comestibles par l’homme et par les animaux. Dans la nature, elles sont consommées par de nombreux animaux tels que les bigorneaux, les ormeaux, les oursins…

Sans titre - 3
Elles pourraient rentrer aisément dans la fabrication d’aliments du bétail. L’utilisation des ulves collectées, en tant que fertilisant épandu dans des parcelles agricoles, ne pose pas de difficulté particulière.



C’est leur décomposition par putréfaction qui peut produire de l’hydrogène sulfuré (H2S), gaz toxique au-delà de certaines concentrations, difficilement atteintes en plein air.

riviereTrès tôt, des tentatives de rapprochements entre les flux d’azote apportés par les rivières et les fleuves bretons et le développement des ulves ont été menées.  En réalité, la prolifération d’ulves se manifeste dans les baies propices, quels que soient les flux d’azote déversés par les cours d’eau. De plus, les quantités d’ulves ne sont nullement corrélées aux flux d’azote rejetés.

L’hypothèse de l’influence des apports d’azote au mois de juin n’est pas non plus confirmée par les observations.

estranLes marées vertes sont observées sur des baies présentant les deux caractéristiques suivantes :

- présence d’une plage de sable à faible pente, favorisant l’effet de lagunage,

- piégeage de l’eau en fond de baie, sans forte dispersion des masses d’eau vers le large.


Sans titre - 6Ce sont les conditions géomorphologiques et hydrodynamiques des baies qui déterminent le développement et l’échouage des ulves.

Les quantités d’azote reçues par les seuls cours d’eau, bien que variables, sont beaucoup plus élevées que les besoins en azote des ulves ; ceci est également vrai, mais dans une moindre mesure, pour le phosphore.

Dans ces conditions, aucune limitation de la croissance des ulves par réduction des apports d’azote par les cours d’eau, n’est à attendre.

riviereL’azote du milieu marin ne provient pas uniquement des cours d’eau et les apports des cours d’eau ne représentent qu’une partie de l’azote disponible dans le milieu marin. Aussi, compte tenu des masses en jeu et des besoins des ulves, aucune carence en azote capable de réduire la croissance des algues ne pourra jamais être observée.

Le cycle de l’azote dans le milieu marin côtier, la part relative de ses diverses origines ainsi que les mécanismes compensateurs (notamment en ce qui concerne la fixation de l’azote atmosphérique par le phytoplancton) n’ont pas fait l’objet d’études permettant de les modéliser. Il est surprenant que seul l’azote apporté par les cours d’eau fasse l’objet des recommandations actuelles.
 

mythiliculture2
D’autres facteurs peuvent expliquer le phénomène parmi lesquels on peut citer la diminution des consommateurs d’ulves dans la chaîne alimentaire, le développement de la mytiliculture dans la baie de Saint-Brieuc, l’accumulation de phosphore dans les sédiments côtiers…


       Mytiliculture et algues vertes en baie de Saint-Brieuc

Ces facteurs n’ont pas encore été étudiés et l
es connaissances acquises à ce jour ne sont pas suffisamment précises pour réaliser une modélisation représentant fidèlement le phénomène.

Sans titre - 5
La modélisation qui a été développée prend pour hypothèse le rôle déterminant des apports d’azote des cours d’eau. Les observations et les mesures effectuées ont montré que cette hypothèse n’est pas vérifiée.



Les actions sur les nitrates dans les bassins versants n’auront pas d’effet sur la prolifération des ulves.

Actuellement les moyens d’action efficaces pour prévenir le phénomène ne sont pas connus.

ulves2Les recherches doivent porter sur d’autres facteurs explicatifs que l’azote. L’étude du devenir et du rôle du phosphore doit être approfondie. Des travaux sur la récolte précoce et la valorisation des ulves ou leur dispersion vers le large, doivent également être poursuivis.



N.B. On trouvera des  données quantitatives, des photos aériennes et des cartes dans le document de l'Institut scientifique et technique de l'environnement.

Lire aussi : Le préfet, les marées vertes et le Père Ubu 


 

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Published by Laurent Berthod - dans Nitrates
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commentaires

bibliobus 04/01/2010 19:39


Vous écrivez que la Bretagne possède les surfaces nécessaires pour épandre les produits de son élevage intensif et je signale à votre intention une source officielle gouvernementale qui affirme le
contraire. Il ne s'agit pas de science mais de s'informer auprès de sources variées et... crédibles.
D'autre part, je n'ai aucune raison de discréditer les scientifiques de l'Ifremer par rapport à ceux de l'institut scientifique et technique de l'environnement, en tout cas pas suite aux arguments
de votre article. J'ai juste la faiblesse de penser qu'il est plus facile à l'Ifremer de remettre en cause le modèle agricole breton pour la simple raison qu'elle n'en est pas à l'origine et peut
ainsi donner un avis indépendant.
De toute façon, au delà de la querelle d'expert sur les algues vertes, beaucoup de bretons doivent aujourd'hui boire de l'eau en bouteille car leur eau du robinet n'est plus potable et les progrès
dans le domaine sont très lents à venir, en dépit de la construction de stations d'épuration des lisiers et de bien d'autres mesures.On peut toujours finasser, cela s'appelle une pollution et elle
est essentiellement d'origine agricole.


Laurent Berthod 04/01/2010 20:46



La question de la vérité en science n'est pas celle de la prétendue indépendance du scientifique ou de
l'institution qui l'emploie, mais la question de savoir s'il a raison ou non.

Je renvoie à l'article de Guy Barroin (http://www.inra.fr/dpenv/barroc48.htm ) et aux nombreuses références de la littérature scientifique
mondiale qui y sont citées. Voir le résumé dans mon article Nitrates, phosphates,
marées vertes

L'eau du réseau est parfaitement potable en Bretagne. L'affirmation du contraire est un mensonge savamment orchestré par des organisations écologistes militantes.



bibliobus 03/01/2010 01:03


C'est drôle comme cet article oublie certaines informations :
Je cite Agreste (http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/primeur108.pdf)

"Le poids des élevages [porcins bretons]
La recherche d’étendues pour épandre les déjections ne poserait guère de difficultés si les producteurs de porcs étaient mieux répartis sur le territoire. Mais ils sont non seulement concentrés
dans le Grand Ouest, mais aussi entourés d’éleveurs de bovins et de volailles qui ont besoin de leurs terres pour épandre l’azote organique de leur exploitation.
En 2000, les élevages bretons abritent 55 % du cheptel, et ceux des Pays de la Loire près de 12 %. Avec les exploitations de Basse-Normandie et de Poitou-
Charentes, ils cumulent près des trois quarts des porcins. Les cheptels des élevages costarmoricains et finistériens, supérieurs à 2,7 millions de porcs,
sont les plus importants."

Bref, vous êtes un peu le Don Quichotte du nitrate breton. Des ulves, il y en a ailleurs qu'en Bretagne, c'est certain, mais des montagnes d'ulves, que dis-je des himalaya d'ulves, on en trouve
surtout en Bretagne et précisément dans les deux départements concentrant le plus l'élevage. Et ne pas s'en apercevoir...


Laurent Berthod 03/01/2010 11:24



1° Sur le plan scientifique, votre commentaire est du même niveau que "Les Irlandaises sont toutes rousses".


 


2° Dans l’article Le préfet, les marées vertes et le Père
Ubu  j’ai indiqué l’importance de l’élevage en Bretagne.
J’ai signalé qu’il y avait suffisamment de surface agricole en Bretagne pour épandre tous les lisiers dans des conditions agronomiques correctes. J’ai indiqué le mouvement de généralisation des
stations d’épuration des lisiers dans les élevages de porcs.



l'autre pierre 18/12/2009 23:01


Je ne sais pas si notre premier ministre a pris connaissance de ce rapport.
Par contre je peux vous assurer que la publi de Guy Barroin INRA lui a été remise en main propre.


guy ginon 18/12/2009 07:59


Il est possible d'envoyer un courriel au Premier ministre. L'adresse est : http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/ecrire
Je sais, par expérience, que les courriels sont redirigés vers les chefs de service concernés.


Leclercq 18/12/2009 06:48


Ce n'est pas, hélas, dans mes possibilités. Je n'ai pas "d'entrées" à Matignon. Je sais comme tout le monde que ce sont les services du Premier Ministre qui s'occupe de cette affaire.
Mais faire parvenir au cabinet du Premier Ministre un courrier accompagné d'un rapport circonstancié, est un usage démocratique tout à fait admissible*. S'il est lu par un conseiller à l'esprit
ouvert, il peut remonter jusqu'au décideur.

*Éviter cependant de glisser dans l'enveloppe une poudre blanche quelconque ou une balle de revolver. Cela fait mauvais effet!


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