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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 12:18



Récemment une note du Préfet des Côtes d’Armor a été rendue publique par la presse.


Dans sa conclusion le préfet estime qu’un changement des pratiques agricoles sur les bassins versants, qui concernent 2190 exploitations soit un quart des exploitations du département, n’auront qu’un effet très limité sur le phénomène des marées vertes.



Pour arriver à un effet marquant il faudrait l’arrêt de l’agriculture sur le bassin versant avec conversion totale des terres en prairies fauchées mais non fertilisées, autant dire, ce que le Préfet ne dit pas, la disparition de la quasi totalité des 2190 exploitations concernées.


À
mon avis, le préfet a raison sur le premier point mais pas sur le second : même la suppression de l’activité agricole n’aura pas d’effet sur le phénomène des marées vertes.



Dans ces conditions, et quoi qu’on pense de la justesse de cette thèse sur le plan scientifique, il me parait utile de revenir sur l’histoire agricole de la Bretagne et la logique profonde de son mode de développement.

La minceur et la pauvreté de ses sols est une caractéristique bien connue de la géographie physique de la Bretagne, qui est sortie de sa misère ancestrale, largement liée à ce pauvre héritage de la nature, en intensifiant la production agricole par l’utilisation de moyens modernes de culture : engrais et remembrement.



Aujourd’hui la Bretagne dispose du cinquième des vaches laitières françaises et fournit le quart de la production nationale de lait.





Elle produit 30 % de notre viande de volaille. Plus de la moitié du cheptel porcin français est breton. La Bretagne a ainsi bâti, grâce à l’énergie et à l’obstination de ses paysans, une économie agricole et agroalimentaire puissantes, qui contribuent grandement à la prospérité de ses habitants.




Ces productions permettent à un agriculteur de travailler et gagner sa vie sur des petites surfaces, les vaches laitières à un moindre degré que l’aviculture et que l’élevage de porcs, puisque ce deux dernières productions peuvent éventuellement être conduites en achetant tous les aliments.



On parle alors d’élevage « hors sol », ce qui n’est qu’une façon de parler, puisque les aliments donnés aux animaux sont bien produits sur des surfaces. Simplement ces surfaces appartiennent à d’autres exploitations, souvent dans d'autres régions, que celles qui élèvent les animaux.





Bien qu’en Bretagne l’azote contenu dans les lisiers de bovins soit deux fois plus important que celui des lisiers de cochon, c’est celui-là qui est le plus fréquemment mis en cause dans les marées vertes.




La balance commerciale française des produits issus de l'élevage de porc  est excédentaire en volume mais tout juste équilibrée en valeur.

         
  



Il est aujourd’hui très difficile de développer la production de porcs dans d’autres régions que la Bretagne. C’est d’abord une question culturelle.

En Bretagne, élever des porcs découlait d’une vieille pratique consistant à écrémer le lait en vue de la fabrication de beurre et à nourrir le cochon avec le petit lait. Cette tradition a été revivifiée par la nécessité pour beaucoup de fils de paysans bretons de s’installer sur de toutes petites surfaces, voire sur rien, juste la superficie nécessaire au bâtiment.


Dans les autres régions de France la production de porc, qui est pourtant extrêmement technique, est aujourd’hui assez méprisée. Et, de toute façon, si vous trouvez un paysan volontaire pour élever des porcs, ce sont ses voisins qui s’y opposent, alors même qu’aujourd’hui on fait des porcheries sans odeurs. Tout ça pour dire que si on ne veut pas se nourrir de cochon importé, il faut maintenir l’élevage porcin en Bretagne.



La Bretagne a une surface agricole utile largement suffisante pour épandre tous ses lisiers de bovins, de porcs et de volaille. Il lui manque même encore de l’azote pour compenser les exportations des cultures, c’est pourquoi les agriculteurs bretons recourent aux engrais minéraux azotés. Quand un éleveur de porc n’avait pas assez de surface pour épandre son lisier dans des conditions agronomiques satisfaisante il trouvait des voisins, à qui en général il donnait les excédents, lesquels voisins étaient bien contents d’économiser ainsi sur l’achat d’engrais minéraux.



Puis, sous la pression des écologistes et de la bureaucratie réunis, les éleveurs de porcs ont été tenus, sous peine de sanctions très lourdes, d’avoir des contrats d’épandage en bonne et due forme avec leurs voisins. Ils devinrent alors soupçonnés par leurs collègues d’être des accapareurs de terres potentiels, car chacun sait qu’un paysan cherche toujours à devenir propriétaire des terres dont il a besoin pour travailler.




Aussi, pour sécuriser leur système, éviter les frictions avec les voisins et les querelles dans les organisations professionnelles, les éleveurs de porcs se sont lancés dans la construction de stations d’épuration dénitrifiant les lisiers et larguant ainsi l’azote dans l’air sous forme gazeuse.


Lorsque l’on atterrit à Brest ou qu’en décolle, il est stupéfiant de voir le nombre de structures rondes au sol, un vrai jeu de dames, ce sont les stations d’épuration.  

L’agroéconomiste que je suis est profondément choqué par ce gâchis, car cet azote perdu pour rien dans l’atmosphère, les voisins de l’éleveur de porc doivent se le procurer maintenant sous forme d’engrais minéraux, dont la majeure partie est produite par l’industrie des engrais avec de l’azote de l’air et ce à grand coût énergétique ! Un vrai miracle économique et écologique !


Il n’y a aucun doute quand au rôle des phosphates dans les marées vertes. L’Ifremer passe son temps à vendre ses modèles aux collectivités territoriales ou locales. C’est normal qu’en bons commerciaux qu’ils sont ils ne démordent pas de leur position sur le rôle de l’azote.


Résultat de l’action : les rejets d’azote dans les zones marines bretonnes diminuent et les marées vertes sont toujours là. Et quand on aura supprimé l’agriculture bretonne pour la remplacer par la prairie comme le suggère le Préfet des Côtes d’Armor, les marées vertes seront toujours là.



On notera au passage que le préfet estime à 500 000 € le coût du ramassage des algues vertes dans son département. Le revenu fourni par 2190 exploitations agricoles aux exploitants, aides familiaux et salariés qui y travaillent doit représenter au bas mot 50 millions d’Euros. 500 000 Euros d’économie contre 50 millions de perte de revenu, c’est le père Ubu.

 

Lire la note du Préfet des Côtes d'Armor

Nitrates, phosphates, marées vertes




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Published by Laurent Berthod - dans Nitrates
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commentaires

F Le Gall 31/10/2009 18:11


QUEL IMBECILE !!!

Y a qu'une dizaine d'exploitations concernées à Plestin !


Laurent Berthod 02/11/2009 19:12



Il n'y a qu'à Plestin qu'il y a des marées vertes ? Et on en fait un drame national !



l'autre pierre 29/10/2009 17:36


A lire aussi ce rapport purement politique de notre GIEC breton, leCSEB , tous les scientifiques nommés par le conseil régional
http://www.cseb-bretagne.fr/index.php/Newsflash/Nouveau-Communique-sur-les-marees-vertes.html

Et enfin le rapport du scandale, celui de L’INERIS qui prouve la dangerosité des algues
http://www.ineris.fr/index.php?module=doc&action=getDoc&id_doc_object=3905
Ici on peut s’étonner de la méthode pour les prélèvements
Avec une telle méthode on doit être capable de trouver de l’hydrogène sulfuré sur le moindre tas de fumier


Leclercq 27/10/2009 21:12


Merci pour cette excellente synthèse de professionnel. Quelle autre solution de récupération verriez-vous, à la place de l'épuration?


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