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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 20:09



Le rapport de la Commission Stiglitz sur les statistiques économiques, remis lundi dernier au président de la République, critique le concept de produit intérieur brut de la comptabilité nationale et   préconise le développement d’indicateurs évaluant la mesure du bien-être.

 


À ce propos, un article à lire absolument, simple et bref, démonte en quelques lignes la naïveté de nos élites, parmi lesquelles des prix Nobel, dans un style percutant avec, à l’occasion, une verve sarcastique et jubilatoire (Joseph Stiglitz, prévisionniste infaillible du passé et moraliste en chef de l'économie mondiale.)


L’article en question :
Soyons archaïques, parlons du PIB,  Pierre-Antoine Delhommais

 


À l'opposé de nos élites, intellectuelles aussi bien que politiques, qui planent complètement, Pierre-Antoine Delhommais garde les pieds sur terre et son article est plein de bon sens. 
 

Même des gens réputés raisonnables, comme les invités de l'émission L'Esprit Public de Philippe Meyer, sur France-Culture, n'ont dit ce matin que des bêtises à ce sujet (à la notable exception de Jean-Louis Bourlanges), submergés qu'ils sont par l'air du temps. En principe le boulot d'un intellectuel n'est pas d'être submergé !
 

 

J'ai lu les 36 premières pages du rapport Stiglitz, qui en compte 324. C'est d'une vacuité consternante.

 

Soit il enfonce des portes ouvertes, notamment quant aux faiblesses de certains concepts de la comptabilité nationale, bien connues des économistes depuis que celle-ci existe, mais qu’on a toujours eu ‒ et qu’on aura toujours – du mal à surmonter.

 

Soit il propose d'additionner des carottes et des poireaux. Ah, que sont devenus les préceptes de l’institutrice du bon vieux temps de l’école primaire de Monsieur Stiglitz ? Comment élaborer un indice synthétisant, parmi beaucoup d'autres choses, l’efficacité du système de santé publique et l’efficacité du système d’éducation ? Cela a-t-il même seulement le moindre intérêt pour la représentation qu’on se fait d’une société ou pour la conduite d’une politique publique ?

 

Soit il propose de mesurer des choses dont il nous dit qu'elles sont très difficilement mesurables, autant dire, puisqu’elles ne l’ont jamais été malgré leur intérêt, pas mesurables du tout.
 

 


Le billet de Pierre-Antoine Delhommais souligne que tout un chacun a pu mesurer les effets négatifs sur le bien-être social de la diminution du PIB due à la crise.




Cela conduit le lecteur à l'inéluctable conclusion que l'homme de la rue est plus sensé que nos classes dirigeantes et que ces dernières se trompent si elles pensent attraper des mouches avec du vinaigre plus au moins mâtiné de sauce écolo et de bons sentiments.
 

 

Des billets comme celui-ci sont trop rares dans la presse et dans les media.  Courage à Pierre-Antoine Delhommais et surtout qu’il continue !
 

 



La définition du progrès qui sous-tend le rapport Stiglitz renoue avec la vision utilitariste du « plus grand bonheur du plus grand nombre ». Mais il demeure une difficulté fondamentale sur le chemin d’une définition normative du bonheur, que John Stuart Mill a opposée à Jeremy Bentham  :


Quel état devons-nous préférer, celui « d’un pourceau satisfait » ou « d’un Socrate insatisfait 
» ?



                                                                                                                                                John Stuart Mill

Bibliographie

Outre l'article de Pierre-Antoine Delhommais on lira ou on écoutera utilement :

Vive le bon vieux PIB ! d'Éric Le Boucher

Au-delà du PIB, le bonheur ? du Centre d’analyse stratégique

Un an après, la crise a-t-elle eu lieu? - Le rapport de la commission Stiglitz , France-Culture, L'Esprit Public, émission du dimanche 20 septembre 2009

Rapport de la commission Stiglitz (324 pages)





 

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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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commentaires

Eric Delmas-Marsalet 07/10/2009 15:55


  

 Oui, bien sûr, demander à des économistes de raisonner hors des critères économiques semble une gageure.



Pourtant sortir des sillons-ornières où nous creusons de manière répétitive, quitter les sentiers battus et rabattus me paraît être un vrai critère d'évolution novatrice.


Avant que de devenir spécialistes de ceci ou de cela, nous sommes. Avec nos qualités et nos défauts, nous sommes; avec nos potentiels et ce qui les inhibe,
nous sommes.


C'est à mon avis là que nous devons porter notre attention en décalé.
C'est ce dont nous sommes porteurs de manière i n c o n d i t i o n n e l l e les un et les autres qui, lucides et attentifs à tous les instants, nous permettra d'assurer et non pas des
"révisionnismes" dépendant de critères faussés à la base par des orientations restrictives.


.
Bien que souvent à notre insu, le savoir s'appuie toujours sur le passé "c'est à dire sans surprise. Or sans surprise, le réel n'est plus le réel" souligne le philosophe et écrivain Denis Marquet
dans un article du N° 63 de « Nouvelles Clés » intitulé : Six milliards de petits dieux autistes....  
 


TT 25/09/2009 14:44



L’enjeu était a priori de mesurer les à-côtés des soi-disant “richesses” produites,
c’est-à-dire tout ce que ne voit pas la vision économique classique. Les instruments de mesure ne sont jamais neutres et il aurait été plus que légitime de vouloir sortir des représentations
économicistes. Mais pouvait-on demander cela à une commission quasi exclusivement composée d'économistes ? La question va être de savoir sur quelles bases vont être construits de nouveaux
indicateurs et quels types de quantification vont être privilégiés : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/09/16/mesurer-le-%c2%ab-developpement-durable-%c2%bb/


 



Eric Delmas-Marsalet 24/09/2009 11:46



Alors que pour nous, le simple vécu quotidien et le bon sens ordinaire nous fait apprécier les choses à leur juste valeur,
est-il bien utile et raisonnable de chercher à mesurer "le bonheur" et la satisfaction à l'once de quelques critères ou paramètres ?


À quoi sert de dépenser autant d'argent et d'énergie de têtes "savantes" (au sens moliéresque) ?


À quoi servent ces rapports dont la plupart s'entassent dans des archives sans déboucher sur de véritables critères concrets
"d'arrangement" plus satisfaisant du monde ?



Il est une réflexion que je voudrai partager :


= En regardant les 6 épisodes d’« Apocalypse » diffusé par France 2 ainsi que le film d’Olivier
Hirschbiegel : « La Chute », je me suis rendu compte à quel point ce hitler voulait instaurer durablement par son idéologie, non seulement pour les allemands mais pour le monde
entier, le bonheur sur terre.


J’en ai pris la mesure et je me suis dit que les intellectuels et autres volontaires de la politique seraient bien avisés de
prendre le temps de tirer réellement les leçons de tels épisodes de l’histoire dont nous sommes encore marqués ? Je me suis dit aussi qu’ils devraient prendre avec force conscience de ce que
réduire à peau de chagrin les cours d’histoire dans la formation des jeunes générations n’est pas une décision appropriée à la situation actuelle ? L'engouement pour ces épisodes me semble
être une démonstration de cette remarque.


J’entendais ce matin sur France-Culture, que les économistes (ou en tout cas des économistes) ont même remarqué que les facteurs
humains ont été déterminants pour le déclenchement de la crise mondiale actuelle.  


 



alcibiade 22/09/2009 16:23


Il y a des pourceaux qui ont tout pour être satisfaits et qui sont néanmoins dépressifs.
De même que Stendahl trouvait son plus grand bonheurs dans un amour malheureux, il est possible à Socrate de trouver la plus grande satisfaction dans son insatisfaction. Comme dans le "mol oreiller
de chair fraiche" de Rubens ou "le triste hôpital" de Rembrandt, reconnaissons dans l'insatisfaction de Socrate "le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité".
Ceci n'empêche pas que Socrate, s'il avait à choisir aujourd'hui entre vivre en Norvège ou vivre au Zimbabwé, choisirait sans doute la Norvège (en tout cas Platon choisirait sûrement la Norvège, où
il y a plus d'éditeurs qu'au Zmlbabwé).
Par ailleurs, sur le rapport Stiglitz, je signale dans le Monde du 19 septembre, l'article de Caroline Fourest intitulé "la révolution de la juste mesure", encore plus savoureux que celui de PA
Delhommais.


Leclercq 22/09/2009 10:59


Les norvégiens, encore. Je viens de lire un résumé d'article s'interrogeant sur l'absentéisme anormal des salariées norvégiennes (entre 60 et 70% des emplois): 36% en moyenne sur plusieurs années,
contre 4% pour les hommes. Il y a quelque chose de...dans le Royaume de Norvège!


Laurent Berthod 22/09/2009 14:12



Quant aux Danois.

J'ai réécouté l'émission de Philippe Meyer de Dimanche dernier. Jean-Louis Bourlanges nous apprend que les Danois s'estiment extrêmement heureux alors qu'en réalité la situation n'est vraiment
pas très bonne : durée de vie bien inférieure aux standards européens, taux de suicide élevé...

Les Danois déclarent qu'ils s'estiment heureux quand ils n'ont pas trop d'ennuis et qu'ils se satisfont de peu. Bourlanges estime qu'il s'agit donc en l'occurence d'un indice de stoïcisme
bien plus que d'un indice de bonheur !



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