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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 00:31







Les marées vertes bretonnes ont fait récemment la une des media.







Comme, à cette occasion, sur un forum Internet j’exprimais un peu lapidairement l’idée que les nitrates ne sont pour rien dans la prolifération des algues vertes mais que ce sont les phosphates, un intervenant m’a posé la question : « Mais pourquoi donc les algues posent toujours problèmes dans une zone où il y a une forte concentration d’élevage de porcs et pas dans d’autres zones côtières ? »


La réponse que l’on peut apporter à cette question est susceptible d’intéresser d’autres personnes que mon agréable correspondant. Aussi fait-elle l’objet du présent article.


En premier lieu, ce n’est pas parce que deux phénomènes sont reliés dans le temps ou l’espace que l’un est la cause de l’autre.



Ensuite, il est inexact de croire que seules les régions de forte concentration d’élevages de porc, ou même plus généralement d’élevage, présentent des phénomènes de marée verte.





Il s’en produit, depuis de longues années, dans nombre d’espaces littoraux de la Méditerranée, où l’élevage en général n’est pas très développé : Grèce, Égypte, Turquie, Tunisie, Algérie. Certains de ces pays sont bien connus pour leur importante concentration d’élevages de porcs !




Les marées vertes ne se produisent que dans des baies ou des estuaires qui présentent un profil topographique favorable : faible profondeur, faible effet de « chasse d’eau » de la marée. Les spécialistes parlent de configuration à  « effet de lagunage ». Ceci peut expliquer qu’en France, seule la Bretagne présente des portions de littoral favorables aux marées vertes. Les grands estuaires français, par exemple, ne présentent pas ce profil et ne connaissent pas de marées vertes bien qu’il s’y déverse des quantités très importantes de nutriments nécessaires à la prolifération des végétaux aquatiques, nitrates et phosphates.


Pour le développement des ulves, les algues en cause dans les marées vertes bretonnes et, plus généralement, des végétaux aquatiques, deux nutriments sont nécessaires : les phosphates et les nitrates.


Selon Guy Barroin, anciennement chercheur à la station de l’INRA de Thonon-les-Bains, aujourd’hui à la retraite, dans les cas ou les nitrates sont en concentrations insuffisantes par rapport aux phosphates, des cyanobactéries, qui ont le pouvoir de fixer l’azote de l’air, utilisent les phosphates pour se développer. Lorsque l’azote de l’air qu’elles ont fixé est relargué en concentration suffisante dans le milieu et transformé en nitrates par les processus de nitrification, les végétaux qui ont besoin de nitrates dans le milieu aquatique pour se développer peuvent prendre le relais. Conclusions : vous pouvez réduire l’apport exogène de nitrates à zéro, s’il y a du phosphore en quantité suffisante et si les autres facteurs son réunis, l’eutrophisation* du milieu se produira.



Guy Barroin a personnellement travaillé sur les milieux aquatiques lacustres. C’est en limitant les apports de phosphates dans le lac Léman et le lac du Bourget qu’on a réussi à stopper leur eutrophisation.





Dans la littérature internationale Guy Barroin a trouvé la confirmation que c’est le même type de processus qui se déroule en milieu marin. L’IFREMER continue de s’opposer à cette explication et privilégie l’azote comme facteur de maîtrise de l’eutrophisation.




Ce sont les chercheurs de l’IFREMER qui s’expriment dans les media. Dans une interview récente dans le journal Le Monde à propos des marées vertes Jean-Yves Piriou a même le culot de déclarer : « Plus personne ne nie la responsabilité des nitrates. » Dans une situation de controverse scientifique une telle déclaration n’est pas honnête et induit le grand public en erreur.



L’apport de phosphates dans les fleuves et rivières est estimé par un rapport parlementaire comme étant originaire à 90 % de l’industrie et des activités domestiques, et seulement à 10 % de l’activité agricole (les phosphates épandus en agriculture sont très largement insolubles et la fraction soluble est assez rapidement insolubilisée par fixation par le complexe argilo-humique).




L’interdiction intervenue en 2007 des phosphates dans les lessives domestiques ne concerne que les lessives pour le linge, mais pas celles pour les lave-vaisselle ni pour le nettoyage des surfaces dans l'industrie (on n'en connait pas à ce jour de substitut possible).


Il semble que dans les sédiments de certaines baies les phosphates se soient dores et déjà accumulés en de telles quantités qu’il est difficile de les éliminer, par dragage ou tout autre moyen.


Dans ces conditions il semble que la solution la plus économique au problème des marées vertes bretonnes doive être recherchée dans la valorisation des algues ramassées. La société OLMIX prétend avoir mis au point un procédé de valorisation (méthanisation et transformation en intrants pour l’agriculture) des déchets verts y compris les algues vertes. Si cela est vrai et si ce procédé est rentable, il faudrait penser à le développer au stade industriel. Le ramassage des algues pourrait ainsi changer de statut et devenir une véritable « récolte ».

 

* Eutrophisation : détérioration d'un écosystème aquatique par la prolifération excessive de végétaux. Ces végétaux meurent et se décomposent. Le processus de décomposition consomme l'oxygène de l'eau. En l’absence d’oxygène le milieu devient sans vie.
 

Lire aussi  sur ce blog :


Le préfet, les marées vertes et le Père Ubu

Nitrates ? Vous avez dit nitrates ?

 
Bibliographie :


Définition de l’eutrophisation

Guy Barroin, Gestion des risques. Santé et environnement : le cas des nitrates. Phosphore, azote et prolifération des végétaux aquatiques.

Le Monde du 20 Août 2009, Algues vertes : "Plus personne ne nie la responsabilité des nitrates"

PLAN D'ACTION POUR LA MEDITERRANEE Réunion conjointe du Comité scientifique et technique et du Comité socio-économique Athènes, 3-8 avril 1995.  EVALUATION DE L'ETAT DE L'EUTROPHISATION EN MER MEDITERRANEE

Une voiture roule aux algues vertes


Quand Morgane transforme les algues vertes


Olmix. Une perte de 6,2 millions d'euros en 2008


Sur l’origine des phosphates : La qualité de l'eau et l'assainissement en France (rapport du Sénat)






























                              Le lac Léman sauvé de l'eutrophisation par la réduction des apports de phosphates





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Published by Laurent Berthod - dans Nitrates
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commentaires

Olivier 15/08/2014 11:21

Nitrates et algues en Bretagne Y a-t-il une relation ?
Rapport adressé à
L’Institut Scientifique et Technique de l’Environnement (ISTE)
par la Société de Calcul Mathématique SA
Mars 2012.

Résumé
Les articles "scientifiques" qui prétendent démontrer un lien de causalité entre la présence d'ulves et les productions agricoles reposent tous, sans aucune exception, sur des modèles mathématiques
non validés et fabriqués pour la circonstance. Le niveau scientifique de ces modèles est consternant et ne serait accepté par aucune autre discipline. Or l'environnement n'est pas une discipline
moins importante que les autres et il n'y a aucune raison d'y accepter des arguments qui seraient rejetés ailleurs.
Un organisme – l'IFREMER – dit pouvoir établir clairement les conditions nécessaires à la croissance des ulves ; ce seraient : un enrichissement conséquent en azote inorganique dissous, un bon
éclairement, un bon confinement des eaux à la côte. Nous acceptons volontiers ces hypothèses. Mais elles sont vérifiables, testables : on peut faire des cartes, établissant si les ulves prolifèrent
mieux là où les conditions sont satisfaites. Depuis trente ans que le débat existe, ces cartes devraient avoir été établies depuis longtemps et elles auraient dû clore ledit débat.
L'agriculture nourrit la race humaine ; il est très possible qu'elle génère des rejets, des déchets, des pollutions. Toute activité a son revers, qu'il faut évaluer au travers du service social
rendu. Il est très possible que l'agriculture favorise la prolifération des ulves, mais, dans l'état actuel des choses, il n'y a aucun moyen de le savoir et ce n'est pas à l'agriculture de prouver
son innocence. Le mathématicien juge de la qualité des données et de celle des raisonnements. Dans le cas présent, il n'y a pas de données, et encore moins de raisonnements.

I.Présentation du besoin
Au moins en ce qui concerne la Bretagne, une doctrine communément acceptée établit un lien entre la présence de nitrates, attribuée à l'agriculture, et la progression des algues en mer, à
l'embouchure des fleuves.
Nous passons en revue les arguments scientifiques invoqués, en nous interrogeant sur leur qualité et leur pertinence. Mais, surtout, nous abordons le problème sous un angle "social" : toute
activité humaine, que ce soit l'agriculture, l'industrie, ou même les simples transports, provoque des gênes et des déchets. Chaque activité apporte son bénéfice et son coût et il faut mettre les
deux en parallèle.

II. Nos conclusions
Elles se situent à deux niveaux très distincts :

1. Le rôle social de l'agriculture
L'agriculture, en Bretagne, apporte un bénéfice social évident, pas seulement pour la Région, mais pour le pays tout entier. Il est très possible que l'exercice de cette activité se traduise par
des gênes et par des pollutions ; nous acceptons volontiers cette éventualité, qui relève de la logique. Les exploitants, lorsqu'une gêne ou une pollution sont constatées, s'efforcent toujours de
la réduire (voir graphique plus bas), dans la mesure où cela ne met pas en danger leur activité. Il est bien entendu que le zéro pollution n'est obtenu que par un zéro activité.
Il y a, depuis environ trente ans, une forte volonté politique pour réduire les déplacements, en imposant à l'automobile des normes de plus en plus contraignantes, pour éliminer l'industrie, en
instaurant divers seuils sur toutes les émissions possibles, et pour se débarrasser de l'agriculture, en l'accusant de pollutions variées.
Il est évidemment possible de vivre sans agriculture et sans industrie. Il nous faudra alors acheter à l'étranger les biens dont nous aurons besoin. Ils seront produits dans des pays beaucoup moins
respectueux des normes environnementales, des lois relatives au travail et à la protection des travailleurs. La planète n'y gagnera certainement pas en propreté, ni les travailleurs en dignité.
Nous aurons le sentiment d'avoir éliminé des gênes dans notre voisinage immédiat, mais nous serons devenus dépendants de nos achats et nous aurons perdu les emplois correspondants.

2. Les ulves en mer
Nos conclusions sont ici extrêmement simples :
Tous les articles qui affirment un tel lien reposent sur des modèles mathématiques non validés et fabriqués pour la circonstance. Ils sont fondamentalement malhonnêtes. Nous donnons plus bas
l'analyse détaillée de l'un d'entre eux ; elle vaut pour tous les autres.
Personne n'a pu établir un lien statistique entre marées vertes et nitrates. Il n'y a pas plus d'ulves là où l'agriculture est plus intensive.
Certaines études pensent pouvoir définir clairement les conditions de prolifération des ulves (pente suffisamment douce, éclairage suffisant). Mais les organismes correspondants se gardent bien de
faire des cartes comparatives, où l'on verrait si les endroits où ces conditions sont réunies sont aussi celles où les ulves prolifèrent.
Une validation de ces conditions est possible et elle n'est pas faite alors qu'on aurait les moyens de la faire.
Ceci suffit, à soi seul, à annihiler les arguments de tous ces organismes : vous prétendez avoir une compréhension du mécanisme de prolifération ? Faites-nous des cartes, représentant les régions
que vous croyez favorables et comparons-les aux cartes de prolifération. Revenez-nous voir quand ce sera fait. Nous ne voulons plus de publications, nous ne voulons plus de modèles mathématiques,
nous voulons des faits, des mesures, des don- nées.
Il est très possible que l'agriculture contribue au développement des ulves ; nous n'avons aucun moyen logique pour affirmer l'inverse. Mais quand bien même cela serait, il est absurde d'en déduire
des restrictions à imposer aux agriculteurs, dont la production sert (peut-être est-il utile de le rappeler ?) à nourrir la race humaine.
L'agriculture n'a pas à démontrer son innocence dans l'apparition des ulves. Puisque l'on croit connaître les conditions d'apparition de ces algues, puisque des moyens scientifiques existent pour
déterminer les endroits où leur prolifération est attendue, que l'on fasse les mesures appropriées, que l'on trace les cartes correspondantes, et que l'on étudie les variations sur plusieurs années
: rien de tout cela n'existe actuellement. Alors, mais alors seulement, nous entamerons volontiers un dialogue pour savoir si l'utilité sociale de l'agriculture, qui est avérée, mérite que l'on
s'intéresse à la prolifération des ulves, nuisance qui n'est pas avérée et dont le bien-fondé même est incertain.

Laurent Berthod 16/08/2014 23:52



Merci de ce résumé. Pour ceux que cela intréresse, le document dans sa version intégrale en cliquant ici.



friquet 09/04/2011 10:43


Dernièrement, beaucoup d’accusations dangereuses ont fait l’objet d’une campagne d’affichage sur le sujet des marées vertes. Cette campagne, si peu objective, gâche un travail de fond de la part de
la profession agricole ; un travail de longue haleine qui va dans le bon sens, même si les résultats ne sont hélas pas encore assez visibles aux yeux du grand public.

Ces accusations ne peuvent conduire à des évolutions constructives et durables.
C’est pourquoi nous publions plus tôt que prévu nôtre reportage, visible sur ce blog ( http://picalguesvertes.wordpress.com/ ) afin de permettre une prise de conscience du grand public sur ce
sujet.


Laurent Berthod 09/04/2011 17:07



C'est un documentaire très intéressant. Pour faciliter son accès je mets donc son adresse sous forme de lien.



Pierre karleskind 09/03/2011 15:29


Apprenez la différence entre milieu aquatique et milieu marin et notamment les différences entre les populations d'algues qui y vivent, vous comprendrez pourquoi vous ne pouvez pas faire de
parallèle entre un lac et une baie.


Laurent Berthod 09/03/2011 22:24



Puisque vous vous permettez de me donner, sinon une instruction, du moins un conseil, je vais vous retourner le compliment.


Abandonnez le temps nécessaire vos activités militantes, de nature idéologique et politique, pour vous consacrer quelques instants à la science. Prenez le temps de lire attentivement
l'article de Guy Barroin que je cite en référence.


1° Vous apprendrez des choses.


2° Des choses qui ressortent de la science et non de vos préjugés et de vos idées reçues.


Bien à vous.



Friquet 22/12/2010 14:38


l’agriculture n’est pas la seul responsable à ce problème. vous aussi vous contribué a de la pollution des cours d’eau.
A l’heure d’aujourd’hui, les discours au sujet des algues vertes diffèrent et se contredisent. Une partie de la population ne sait plus à quoi s’en tenir et se réfère aux médias qui n’hésitent pas
à mettre le doigt sur les agriculteurs.
Étant fils d’agriculteurs, et souhaitant l’être plus tard, il nous a paru intéressant d’étudier ce sujet polémiqué au travers de ce PIC (projet d’initiative et de communication) lors de nos études
en BTS ACSE.
Pour mener à bien ce projet, nous avons réaliser le clip d’une minute que vous pouvez visionner sur le blog (http://picalguesvertes.wordpress.com/) . Ce clip, est en quelque sorte la bande annonce
d’une vidéo plus longue que nous avons réalisé nous-même.
Et ce que vous dite sur l’amendement »Loi de modernisation agricole » na strictement rien à voir avec ce que vous dites, alors quand on ne s’ai pas de qu’es-que l’on parle, on ne dit surtout
rien

"L'agriculture n'est pas seule responsable des algues vertes"
c'est vrai dans la mesure où ce n'est pas l'azote mais les phosphates qui intensifie le phénomène. Les phosphates, pour information se fixent dans le sol (donc pas lessivés), leur seul moyens de
rejoindre les cours d'eau sont par l'érosion des sols (fuite par ruissellement...) . C'est là que l'on peut attribuer une certaine responsabilité à l'agriculture mais de faible part lorsque l'on
vois les quantités anormales que rejettent certaines stations d'épurations


Laurent Berthod 22/12/2010 18:52



Votre petit clip est très bien fait et très clair. On peut y accéder en cliquant sur la signature de votre commentaire ou en cliquant ici.


Merci de votre intervention.



jean Le Gallop 26/02/2010 18:57


Bonjour Laurent,

Pour information: ouest-france d'aujourdhui:

La famille du chauffeur décédé l’été dernier après avoir à deux reprises transporté des algues vertes, a été reçue ce matin par Gérard Zaug, procureur de la République de Saint-Brieuc.

Elle a pu obtenir différents rapports dont celui qui analyse le sang de Thierry Morfoise. Cette étude toxicologique met en évidence une concentration importante en hydrogène sulfuré (1, 4
mg/l).

Exposition massive à l'hydrogène sulfurée

Le laboratoire ayant procédé aux analyses rédige la conclusion suivante : « Le décès de la victime pourrait donc s’expliquer par une exposition massive à l’hydrogène sulfuré, sans pouvoir pour
autant totalement écarter une formation post-mortem d’hydrogène sulfuré dans le cas où les prélèvements biologiques n’auraient pas été conservés dans les conditions optimales (moins 20 °C). »


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