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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 17:37



Marcel Gauchet s'est souvent plaint qu'on ait mal interprété son expression « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ».

 
Il a maintes fois expliqué que pour lui « religion de la sortie de la religion » ne voulait pas dire « religion de la sortie de la foi » ou « religion de l'engendrement de l'athéisme ou de l'agnosticisme ».


Par « religion de la sortie de la religion » il a voulu dire que le christianisme a engendré, au bout du compte, une société dans laquelle la religion n'est plus l'élément fondateur du lien social (au sens qu'on peut donner à ce que fut la Chrétienté). Il a voulu dire que le christianisme a permis de sortir de l'hétéronomie, c'est à dire de la Loi qui s'impose de l'extérieur à la communauté, car issue d'une révélation transcendante, ou de la parole des dieux, ou de la tradition instaurée par les ancêtres fondateurs mythiques. La sortie de la religion, c'est le fait que la communauté puisse délibérer, en toute autonomie, de la Loi.

Cela ne remet nullement en cause la possibilité de croire en un être transcendant.


Dans Le désenchantement du monde Marcel Gauchet défend la thèse suivante.

Par l’incarnation Dieu s’est fait homme. Par l’incarnation l’homme devient donc l’égal de Dieu en dignité. Tous les hommes sont donc égaux en dignité.




Si l’homme est l’égal de Dieu, alors l’homme est digne de dire la loi : passage de l'hétéronomie à l'autonomie.

Si tous les hommes sont égaux en dignité, alors ils ont tous voix égale pour dire la loi : la démocratie.


Au demeurant, comme l'a si bien repéré Marie Balmary, cette transcendance de l'homme est déjà écrite dans un recoin obscur de l'Ancien Testament : « Vous êtes des dieux ». Selon elle, c'est pour avoir répété cette proposition, perçue comme blasphématoire par ses adversaires, que Jésus aurait été condamné.

A l’appui de sa thèse elle cite Jean 10, 34.

Les Judéens de nouveau apportent des pierres pour le lapider. Jésus leur répond : « Je vous ai montré beaucoup d’œuvres belles de la part du Père. Pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Judéens lui répondent : « Pour une œuvre belle, non ! Mais nous te lapidons pour blasphème : c’est que toi, un homme, tu te fais dieu ! » Jésus leur répond : « N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? »

Marie Balmary nous indique que cette citation, rapportée par Jean, se trouve dans le Psaume 82 :

Cantique d'Asaph.

Dieu se tient dans l'assemblée du Tout-Puissant ; au milieu des dieux il rend son arrêt :

Jusques à quand jugerez-vous injustement, et prendrez-vous parti pour les méchants ?

Rendez justice au faible et à l'orphelin, faites droit au malheureux et au pauvre,

Sauvez le misérable et l'indigent, délivrez-les de la main des méchants.

Ils n'ont ni savoir ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres ; tous les fondements de la terre sont ébranlés.

J'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut.

Cependant, vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme le premier venu des princes.

Lève-toi, ô Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent.



Bibliographie



Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Une histoire politique de la religion, NRF, Éditions Gallimard.








Marie Balmary, J’ai dit : « Vous êtes des dieux » in Christianisme, héritages et destins, Le livre de poche, Biblio, Essais








Nouveau Testament : Jean 10, 30-35





Ancien Testament : Psaume 82




 






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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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commentaires

Sceptique 27/06/2009 05:46

J'apprécie beaucoup, moi aussi, la pensée de Marcel Gauchet. Était-il nécessaire qu'il s'excuse de ce qui paraît être un encouragement à l'athéisme dans sa réflexion?Par ailleurs, je ne suis pas sûr que le passage de l'hétéronomie à l'autonomie qu'on a constaté en occident soit du à la spécificité originaire du christianisme, l'incarnation de Dieu en la personne du Christ pour se porter au secours des hommes. L'histoire des relations entre le pouvoir spirituel de l'Église et les pouvoirs temporels issus de la dislocation de l'Empire romain atteste d'une difficulté et d'une réserve réciproques. Il y a alliance mais pas collusion. Chaque partie garde jalousement son indépendance. L'autonomie de la pensée s'est faufilée dans la faille. Une sorte de névrose collective par analogie avec l'individuelle. Il a quand même fallu du temps pour qu'on en arrive là, comme, en proportion, un individu accède à l'autonomie de l'âge adulte.L'autonomie des sociétés et celle des individus s'étayent mutuellement. Il me parait normal que les individus appartenant à une société autonome le deviennent à leur tour et pour leur compte.Cependant, l'autonomie d'un sujet n'implique pas automatiquement qu'il la concède aux autres. La possession d'une vérité ne signifie pas tolérance. 

Laurent Berthod 28/06/2009 14:25




Marcel Gauchet ne s'excuse en rien. Il délimite le champ de ce que sa théorie est censée selon lui
expliquer et que beaucoup de gens qui l'ont mal lu ont cru pouvoir étendre inconsidérément.



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