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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 13:26


 

Les éthologistes, c'est-à-dire les observateurs des comportements animaux et humains, mettent en évidence des différences entre l'homme et l'animal.


La fonction impérative ou injonctive du langage sert à exprimer une demande.


En plus de cette modalité impérative, les mots, mais aussi les gestes, peuvent être dotés d'une fonction déclarative.

 



L’homme, très précocement, entre neuf et douze mois, appelle l’attention de son entourage sur des évènements rares, exceptionnels, de l’environnement proche.





Les animaux jamais, alors que pour cela ils n’ont pas besoin du langage.

 




Ainsi, quand un enfant de deux ans s'écrie en le montrant du doigt : « Avion ! », c'est pour indiquer à son entourage
qu'il a vu un objet,  que cet objet est un avion, qu'il sait le désigner,  qu'il souhaite que l'autre regarde. Autrement dit, l'enfant communique pour partager son intérêt pour un objet, une action ou une situation, en dehors de tout contexte de demande.

 

La fonction déclarative du langage est utilisée pour apporter une information sur le monde et l’échanger avec autrui.
Seul l’homme fait usage du mode déclaratif du langage.

 



Les animaux, y compris des chimpanzés que l’on a entraînés à l’utilisation de symboles graphiques, font un usage exclusivement injonctif des signaux.
Cet usage est d'ailleurs largement suffisant pour faire face aux nécessités biologiques de la reproduction, de la recherche de nourriture ou encore de l'évitement des prédateurs.

 

Un caractère est sélectionné non parce qu’il est bénéfique pour l’espèce mais parce qu’il est bénéfique pour l’individu.

 

Le langage humain, qui appelle l’attention des autres sur un objet ou un évènement, est altruiste. Pourquoi a-t-il été sélectionné ?

 



L’homme est un animal politique. On peut dire que sa niche écologique est la politique, c’est-à-dire les stratégies d’alliance.

 




Dans toutes les sociétés, lorsque les règles de politesse le permettent, l’homme cherche à prendre la parole, à se faire écouter, à faire reconnaître sa compétence oratoire et sa pertinence. Car il veut être reconnu pertinent pour être choisi comme allié.

 

Comme il y a une « lutte pour la vie » il y a une sorte de « lutte pour la pertinence ».

 

L’origine de la « tchatche » en somme !

 

On pourrait aussi parler des différences de comportement entre l’homme et l’animal le plus proche de lui, le chimpanzé. Cela mène assez loin.

 

Disons seulement quatre choses.


Le chimpanzé aussi est un animal politique, mais chez lui les alliances se nouent sur la base de la force physique.


Un chimpanzé, lorsqu'on lui barbouille une tache sur la face et qu'il se regarde dans un miroir, essaye de l'effacer en portant la main à son visage et non sur le miroir. Chez les animaux, seuls les grands singes  sont capables de cette performance. On a tendance à l'interpréter comme l'embryon d'une conscience réflexive.

 

Un chimpanzé perçoit qu’un congénère le regarde. Mais il se désintéresse de ce qu’un de ses congénères en regarde un troisième : il ne regarde pas un congénère regarder un autre congénère.

 

Un chimpanzé est capable de s’intéresser à ce qu’un des ses congénères « pense » de lui. Mais il est incapable de se représenter ce que voudrait dire : que pense Jojo de ce que pense Lulu de moi ? (En toute rigueur il vaudrait mieux remplacer le mot « penser » par le mot « percevoir »). L’homme, quant à lui, est capable de se poser ce genre de question jusqu’au cinquième degré au moins, certains scientifiques pensent même, jusqu’au septième.

 

Les éthologistes se méfient des interprétations qui prétendent pouvoir, derrière l’observation de comportements, déceler les représentations subjectives que l’animal objet de l’observation se fait de la situation dans lequel il est mis. Le plus souvent ces interprétations ne sont que des projections anthropomorphiques. Pour approcher les représentations animales, il faut mettre en œuvre des protocoles expérimentaux extrêmement subtils et coûteux. Les résultats sont donc assez peu nombreux.

 

Je ferai ici la critique sinon de l'étude dont je n’ai pu prendre connaissance du compte-rendu original conduite en 2008 aux USA sur des singes capucins, du moins de ce qui en a été rapporté dans des revues de vulgarisation.
 

Dans un premier temps deux singes capucins sont récompensés, pour une tâche à accomplir, par une tranche de concombre.

Dans un deuxième temps, un des deux singes est dorénavant récompensé par un grain de raisin, fruit dont les singes capucins sont très friands, l’autre toujours par une tranche de concombre. Celui qui est récompensé par la tranche de concombre manifeste activement sa désapprobation et refuse désormais d’accomplir la tâche.

 



L’interprétation rapportée par les vulgarisateurs est que cette expérimentation montre que le sentiment d’équité se manifeste chez les singes capucins. Les hommes ne seraient donc pas les seuls à éprouver ce sentiment. Dans l’évolution des espèces le sentiment d’équité, éminemment moral, aurait précédé l’apparition de l’Homme.

 




Mais une autre interprétation est parfaitement possible : les singes capucins éprouvent le sentiment de la jalousie. Qu’est-ce qui distingue la jalousie du sens de l’équité ? Ce n’est pas évident. Mais est-ce qu’un véritable sens de l’équité n’aurait pas été que le singe obtenant la récompense la plus convoitée, le grain de raisin, « se mette en grève » jusqu’à ce que son copain reçoive la même récompense que lui. Ce serait sans doute la manifestation d’un comportement véritablement moral, car non pas égoïste mais altruiste.

 
Cet exemple montre qu’il est très facile de sur-interpréter.

 
Et je prendrai le malin plaisir de conclure en mettant en évidence la naïveté d’un éminent universitaire, Michael Ruse, qui enseigne la philosophie dans une grande université américaine. Dans le numéro hors série de Science et Avenir de juin/juillet 2004 on lit sous sa plume la déclaration suivante : « J’ai des chiens à la maison et il me semble qu’ils possèdent un sens moral. […] ils manifestent de la culpabilité, même quand ils sont tout petits. Je rentre à la maison et, bien avant de découvrir une bêtise quelconque dans le salon, je sais que tel chien a fait quelque chose de mal : le regard détourné, la queue basse, il va dans une autre pièce. » Vraiment ? Ils ressentent de la culpabilité quand ils ont la queue basse ? Ça ne pourrait pas être aussi bien la crainte de se faire engueuler par le maître ?  Dans la société canine, la queue basse est un signe de soumission au chef de meute.



Bibliographie



Jacques Vauclair, L'intelligence de l'animal, in Université de tous les savoirs, Volume 2, Qu'est-ce que l'humain ? Éditions Odile Jacob

 








Jean-Louis Dessalles,
Aux origines du langage, une histoire naturelle de la parole, Éditions Hermès

 

 

 




 


L’homme, l’animal, les Lumières

Requiem pour les animaux abattus

L'élevage, l'abattoir et la Shoah

Universelle humanité

Guillaumet









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Published by Laurent Berthod - dans Homme-animal
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commentaires

anton suwalki 23/06/2009 13:08

Bonjour Laurent,Je me permets juste une précision par rapport à l'expérience du chimpanzé et du miroir. Il semble que les grands singes ne soient pas les seuls à réussir à cette épreuve, l'éléphant a aussi un "embryon de consicence réflexive".http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/vie-1/d/un-elephant-ca-trompe-enormement_9924/CordialementANTON

Sceptique 18/06/2009 07:34

La taille du saut qualitatif qui sépare l'homme de l'animal, y compris du plus proche, le chimpanzé, saute aux yeux. Le geste spécifique du doigt pointé vers l'objet désiré ou reconnu est unique. Utilisé couramment par l'homme adulte pour souligner une demande ou un ordre, il n'est compris que par les humains et par les chiens (les autres animaux familiers ou apprivoisés regardent le doigt). L'aptitude à la parole est l'autre différence fondamentale (le geste décrit appartient à un langage analogique, non verbal), et la langue et la culture qu'ils permettent sont le bien commun des membres du groupe qui les partagent. Effectivement, ce réseau commun mérite la qualification de "politique". L'accumulation et la transmission des savoirs échangés constituent une évolution "lamarckienne" dont certains commencent à s'inquiéter!Il existe une "éthologie" humaine qui analyse les comportements dont nous n'avons pas forcément conscience. Un des représentants français de cet intérêt est Boris Cyrulnik. 

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