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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 18:27



Dans son Cours familier de philosophie politique Pierre Manent expose de façon lumineuse deux conceptions de la morale, tenue l’une par Jean-Jacques Rousseau, l’autre par Emmanuel Kant. Ces deux philosophes des Lumières ont profondément marqué notre monde moderne. Je vais essayer de résumer ces deux conceptions, la première fondée sur la pitié, la deuxième sur la dignité.


 






Pour Jean-Jacques Rousseau, dans la pitié sensible, physique, je communique immédiatement avec l'autre, car la souffrance de l'autre, je sais que je pourrais aussi l'éprouver, je ne l'éprouve pas et j'éprouve le plaisir de ne pas souffrir. La pitié a donc deux composantes égoïstes : la peur de souffrir et le plaisir de ne pas souffrir. Fonder une morale sociale sur la pitié n'a donc rien d'utopique.







 





Pour Kant, la dignité réside dans le rapport de l'homme à la loi morale, une loi qu'il se donne à lui-même, à l'égard de laquelle il éprouve un sentiment de respect, qu’il découvre en soi et qu’il ne peut pas effacer. Respecter la dignité de l'autre homme, c'est respecter le respect qu'il ne peut pas ne pas avoir pour la loi morale en lui, fût-il le pire criminel, et le respect qu'il ne peut pas ne pas éprouver pour lui-même par suite de la présence en lui de la loi.

 









Quelles sont les conséquences de ces deux positions ?

 


Si la compassion est fondée sur la ressemblance, cette ressemblance n'est pas proprement humaine. En effet, s'il s'agit de prendre soin des êtres vivants qui souffrent, alors les animaux ont autant de droit à notre compassion que les hommes. Une morale fondée exclusivement sur la compassion tend donc à affaiblir la conscience et le sentiment de la spécificité humaine.


 


La dignité exige que l'homme ne puisse être utilisé par aucun autre homme simplement comme moyen. Il faut toujours qu'il le soit aussi comme une fin. C'est en cela que consiste sa dignité, grâce à laquelle il s'élève au-dessus des animaux, lesquels ne sont pas des êtres humains et peuvent être utilisés.



 

Pour dire les choses lapidairement, c’est l’aptitude au sens moral de tout homme qui fonde la dignité humaine et c’est le respect en chaque être humain de cette dignité qui fonde notre commune, universelle et distinctive humanité. Cette position philosophique rejoint d’ailleurs l’observation de bon sens que seul l’homme se pose la question morale, c'est-à-dire celle du bien et du mal, ce qui le distingue indubitablement de l’animal.

 


On peut remarquer que ce principe énoncé par Kant au xviiie siècle ne sera institué en norme juridique qu’en 1948 par la
Déclaration universelle des droits de l´homme, dont la première phrase est ainsi rédigée :

 
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »

 

En effet, la position philosophique de Kant, à savoir que l’homme est le seul être moral, a beau relever du bon sens, elle est moins spontanée que la compassion.


 

Pourquoi ?



Parce que la compassion aurait des bases neurobiologiques.

 


Des études ont montré que lorsque nous voyons quelqu'un faire un geste, nous nous imaginons en train de faire le même geste sans en être conscients.

Les zones du cerveau activées lorsque nous voyons les gestes effectués par un autre recouvrent partiellement celles qui sont activées lorsque nous faisons nous-mêmes ces gestes.

Autrement dit, une partie de notre cerveau imagine l'accomplissement de l'action dont nous sommes témoins, bien que ce soit inconsciemment et que la séquence motrice soit inhibée. (Les nourrissons semblent avoir le même système moins l'inhibition finale, ce qui les amène à imiter les autres.)



 




Cela pourrait expliquer ce résultat surprenant : en regardant les autres pratiquer un sport, on fait des progrès dans ce même sport, pas autant que ceux qui, en plus, s'entraînent pour de bon. C’est cependant pourquoi le visionnage de cassettes est entré dans l’arsenal des méthodes des entraîneurs sportifs.


 



On a aussi montré que la perception de la douleur est prise en charge par une structure spécialisée du cerveau et que la structure du cerveau qui traite l’expérience de la douleur d’autrui la recouvre en partie. Le fait que le spectacle de la douleur provoque en nous des émotions spécifiques résulte d'une stimulation de ce système.




 

Si la compassion est une de ces émotions spécifiques, alors la morale de la compassion a de beaux jours devant elle, car elle aurait un fondement neurobiologique. Je ne veux pas dire par là que la compassion soit un sentiment à rejeter. Je veux signifier qu’en rester au niveau de la compassion est insuffisant. Si on en reste à la seule compassion on risque d’être conduit à bien des bêtises, notamment dans les cas où il convient de peser le moindre mal. En effet, comme chacun sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions et Qui veut faire l’ange fait la bête.

 

 



N.B.

 

Si, à proprement parler, Descartes ne peut être rattaché aux Lumières, il a néanmoins profondément marqué la modernité. Aussi voudrais-je ici rectifier une erreur couramment entretenue à son sujet.

 

Descartes n’a pas prétendu que les animaux sont des machines insensibles qui ne souffrent pas. Il a dit que si l’on voulait comprendre le fonctionnement du corps humain ou animal, il fallait y appliquer les méthodes de la science, et le considérer comme une machine. Descartes se réfère à la machine comme modèle, car la mécanique était à peu près la seule science de la nature déjà bien assise de son temps. En fait, il posait ainsi les principes intellectuels indispensables au développement de sciences telles que l’anatomie ou la physiologie animales.








Bibliographie

 



Pierre Manent,
Cours Familier De Philosophie Politique, Éditions Fayard

 










Pascal Boyer, Et l'homme créa les Dieux, Éditions Robert Laffont

 










Paul Mazliak, Descartes, De la science universelle à la biologie, Éditions Vuibert









Requiem pour les animaux abattus
L'élevage, l'abattoir et la Shoah
Universelle humanité
Guillaumet








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commentaires

julie 09/05/2010 12:45


La morale n'est qu'une invention humaine mais à la fois inspirée par la Nature, les Animaux n'en ont pas mais détiennent l'instinct, celui-ci les fait agir afin d'étabir une cohésion naturel stable
et saine. L'humain n'est pas obligé de répondre à ses principes, à sa morale, alors il l'a transgresse, ce qui démontre qu'elle n'est pas en lui, l'humain devrait etre conscient et responsable de
ses actes, ce qui n'est en aucun cas la réalité, voyez comme nous détruisons la Nature, voyez comme nous nous détruisons nous meme (car l'humain est belle et bien indissociable de la Nature).
Peut-on affirmer avec certitude que les Animaux ne possedent pas de conscience, a-t-on été un Animal pour déclarer ceci officiellement ?? Il est certain que nous sommes des etres à part mais
superieurs, c'est difficile à croire, si tel était le cas, nous n'en serions pas là aujourd'hui ... (crise ecologique, crise financiere, crise sociale et en particulier crise de l'école et de
l'eduction, et par déduction crise politique), dans notre pacours d'humain nous ne fesons qu'imiter et incorporer ce qu'on nous a appris, etre conscient de soi et donc de ses actes ne veut pas dire
agir en conséquence, la preuve est que nous continuons à nous enfoncer dans une fosse à purin sans tenter dans sortir.
Les Animaux n'agiraient JAMAIS comme nous, ils sont incapables de sortir du chemin deja tout tracer de leur existence ( cependant il faut pas croire que l'humain n'en a pas un tout tracer par la
société ...), il se contente de vivre pour vivre, il contribue à la vivacité de la Nature, l'instinct le fait agir de maniere simple mais responsable, sans aucune dérive, on peut alors comprendre
qu'il agit en quelque sorte de facon utilitaire, sans quoi nous serions plus là, voire nous n'aurions jamais existé. L'humain est contre-nature de nature, il agit sans réfléchir aux conséquences
mais est conscient qu'il peut le faire sans limite, sa conscience est au finale inutile, puisque qu'elle n'est qu'une pensée, l'instinct est chez lui peut actif ( il n'agit pas tjrs par instinct
mais par avidité) mais à la fois énormement, car il ne pense qu'à son bonheur propre et à satisfaire ses désirs en dépit de tout détruire, son avidité à pris le dessus sur tout raisonnement, et il
ne voit pas plus loin que le bout de son nez, cependant lorsque tout lui retombera dessus, je crois bien que cela aura l'effet d'une grosse claque (bien méritée ...). Alors à nous tous et à tous
ceux qui croit en leur superiorité, cessez d'etre présomptueux et remettez vous en cause, redéfinissez ce qui vous a été appris ...
C'est malheureux à dire, mais nous ne pourrons plus rien faire désormais, car nous sommes pris dans un engrenage irréversible (ceci ne signifie pas que l'on ne peut pas ameliorer notre condition et
celle de la Nature), le fait de s'etre sédentariser à été la plus enorme bétise que nous ayons pu faire, cette impression de nous maitrisée n'est qu'illusoire, la société nous maitrise. Nous
formons une chaine et chaque maillons à une influence sur tous les autres. L'homme nait perfectible, l'animal nait parfais ... cette phrase est vraie mais j'aurais rajouté : " perfectible dans sa
bétise", car là aussi nous nous méprenons, l'intelligence n'est définie que par l'homme, et si on y réfléchit bien, ce n'est pas l'intelligence que nous possédons, mais l'absurdité, toutes nos
inventions sont le fruit de notre betise ( les voitures par exemple, faites les avantages-inconvenients, personnellement j'ai trouvé 10 inconvenients et 2 avantages, les inconvénients sont beaucoup
plus importants que les 2 avantages !)
CCL : revenons à une vie saine, sans extra, sans dérives, revenons à nos sources, et vivons indépendemment, cessez d'etre manipulés par des idéologies prédefinies et cherchez-en en vous, redessinez
vos limites, ne prenez pas un principe pour acquis et irréfutable ... vivez sans les autres maillons, sortez de votre monde illusoire et pleins de contradiction.

Deux hmains regardent un reportage sur les abatoires de France.
homme2 : -" OH !! Mon dieu, comment peut-on faire autant d'atrocités sur ces animaux !!! Je ne pourrai jamais maltraiter un animal, c'est du sadisme, de la violence gratuite, c'est vraiment contre
les principes ! "
homme1: - " Ouais, t'as raison ."
Fin de la video. Quelques minutes plus tard.
homme2: -"On mange quoi ce midi ? J'ai bien envie de manger un steak frites ! Ca te dis ??"
homme1: Bonne idée !!
Moralité : L'humain est un crétin...


Laurent Berthod 09/05/2010 16:05



Je vous propose de reprendre le mode de vie de nos ancêtre du paléolithique, c'est à dire d'avant la sédentarisation de l'humanité. Après cela vous viendrez nous en donner des nouvelles sur ce
blog. Et surtout vous nous donnerez des éléments de comparaison sur le bien-être et l'espérance de vie entre le paléolithique et la période de crise financière que nous traversons.


Il n'y a pas de crise écologique, c'est une invention et une ritournelle de politicards menteurs et sans scrupules.


Je ne crois pas que l'humanité soit si bête. Qu'il y en ait des spécimens qui tiennent des discours stupides et contraires aux réalités les plus évidentes, je n'en ai jamais douté.


PS Dans les abattoirs on ne commet aucune atrocité contre les animaux, on les tue sans souffrance, figurez-vous. Mais vous n'y avez sans doute jamais mis les pieds et ne les connaissez que par
les images mensongères sponsorisées par Brigitte Bardot.



Sceptique 06/06/2009 05:59

La transmission non verbale de la douleur est effectivement une fonction cérébrale, indispensable à la communication entre la "mère" et son "petit". Cette communication contribue aussi à d'autres "faits de nature" comme l'évitement de l'inceste (mère-fils). Par contre, la formation "morale" résulte de la vie en groupe. Respect de la hiérarchie dans le monde animal*, respect des valeurs sociales, des règles de convivialité, dans les sociétés humaines. Les "psychopathes", qui ne les respectent pas, n'ont aucun trouble psychique qui puisse expliquer cette déviance. On invoque une carence éducative, mais elle ne peut pas toujours être prouvée. Le choix de la délinquance appartient au sujet.*Ce respect de la hiérarchie disparaît, pour les jeunes mâles, pendant les période de rut propres à certaines espèces. La hiérarchie se réorganise à la fin des combats. 

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