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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 23:21



 En 2001, aux Pays-Bas, durant l’épisode de fièvre aphteuse qui a touché l’Europe de l’ouest, alors qu’on abattait de nombreux animaux pour prévenir l’extension de l’épizootie,  il a été appelé à une manifestation de protestation contre le massacre des innocents.






A cette occasion des poètes et des chanteurs ont composé chacun un requiem pour les animaux abattus.



Le massacre des innocents est un passage célèbre du Nouveau Testament. Un requiem est une prière dite pour la paix de l’âme d’un défunt. Cette manifestation avait donc un arrière-fond religieux.



En 2004, la société royale de prévention contre la cruauté envers les animaux a invité les chrétiens britanniques, lors d’un office dominical, à consacrer une prière au salut de l'âme des animaux qu'ils consomment. L'auteur de la prière était titulaire à l'université d'Oxford de la première chaire au monde de théologie et bien-être animal.





Ces discours postmodernes voudraient nous conduire à penser que le Dieu des Juifs et des Chrétiens ne s’intéresserait pas seulement à condamner la cruauté envers les animaux* mais nous demanderait aussi de nous préoccuper du sort de leur âme supposée, en contradiction avec toute la tradition hébraïque et chrétienne.


Quel intérêt y-a-t-il à se préoccuper de cette tradition ?



Je pense que pour comprendre une civilisation, une culture, on ne peut se passer de revenir à ses textes fondateurs. Même s’ils ne sont plus guère lus, ils ont nourri cette culture pendant des générations. Les élites, en l’occurrence les théologiens, les philosophes, les moralistes, les juristes, les savants, les artistes, les écrivains, les poètes, ont lu et relu ces textes, les ont disséqués, les ont incorporés dans leur vision du monde, qui s’est diffusée ainsi à la société tout entière et aux générations successives, y compris la nôtre. 

 


Je ne sais si on lit encore beaucoup Confucius en Chine, mais il est difficile de comprendre la société chinoise d’aujourd’hui si on ignore Confucius. Nous ne lisons pas nous-mêmes Confucius, mais si des spécialistes de la Chine nous parlent de celle-ci sans l’avoir lu, c’est qu’ils n’ont pas vraiment fait leur boulot, et que ce sont de piètres spécialistes, car la Chine contemporaine est encore marquée par la pensée de Confucius

 



Pour l’Occident, il en est de même. Et quand bien même les militants de l’anticléricalisme s’en défendent, quand bien même les militants catholiques traditionalistes s’en défendent tout autant ‒ bien qu’en sens inverse ‒ les valeurs modernes d’égalité, de démocratie et des droits de l’homme sont issues des valeurs véhiculées par le christianisme, même s’il a fallu plusieurs siècles et de nombreux soubresauts pour qu’elles s’épanouissent.

 


Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail ; enfin sur toute la terre, et sur tous les êtres qui s’y meuvent.” Dieu créa l’homme à son image ; c’est à l’image de Dieu qu’il le créa. Mâle et femelle furent créés à la fois. Dieu les bénit en leur disant : “Croissez et multipliez ! Remplissez la terre et soumettez-la ! Commandez aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, à tous les animaux qui se meuvent sur la terre !”
 

 

Il n’est pas nécessaire d’être croyant pour comprendre que ces versets fondent à la fois l’éthique de l’occident judéo-chrétien et son rapport à la nature et aux animaux.

 


En posant l’homme, et seulement l’homme, comme créé à l’image de Dieu, ce texte affirme la dignité de l’humanité et de la seule humanité. En effet seul l’homme a Dieu pour interlocuteur et il est donc le seul porteur de la dignité que confère ce dialogue avec Dieu.

 


En creux il nous suggère qu’élever l’animal à la dignité de l’homme reviendrait à ramener l’homme à l’animalité.

 





Le principe de la seule dignité humaine est la pierre angulaire de l’humanisme occidental. C’est un axiome philosophique ou religieux. On peut ne pas y adhérer mais il ne peut trouver ses fondements ni sa contradiction dans la science car il relève de la morale.

 

Cette singularité de la dignité humaine a longtemps été reprise par la tradition théologique et philosophique de l’Occident, à quelques rares exceptions près.

  











C’est bien cette tradition qui, en Occident, est à la source du caractère sacré de la personne humaine, de l’humanisme moderne, de la démocratie et des droits de l’homme.
 

 



* Toutefois, aucune créature, tant que son sang maintient sa vie, vous n’en mangerez.


Bibliographie

Ancien Testament
Gen 1, 26 - 28
Gen 9, 1 - 7
L'élevage, l'abattoir et la Shoah
Universelle humanité
Guillaumet







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commentaires

Sceptique 02/06/2009 05:58

Je suis d'accord avec vous sur l'effet structurant durable (et indépendant des convictions individuelles) des religions et de leur mythe fondateur . Mais cet effet présente d'importantes variations historiques en fonction de "l'état" de la religion à l'époque considérée.Quand la religion est "militante", soit en phase de conquête des esprits, soit comme ciment identitaire d'un peuple persécuté, ses valeurs sont exaltées. Quand la religion est en accord avec le pouvoir politique, quand elle est partie prenante du pouvoir, elle est "triomphante", et "l'invariant" humain se libère, sous les formes les plus diverses, selon la classe de fidèles considérée.La question particulière que vous soulevez aujourd'hui, le rapport des humains avec les animaux, n'a pas, à mon avis, de réponse religieuse. Les sottises d'écclésiastiques anglicans ne méritent pas cette qualification. Elles résultent d'un "suivisme" propre à ce schisme. Les mouvements de défense des animaux sont nés en ville, où il y a coupure entre la consommation alimentaire et l'origine de ces aliments. Le citadin mange de la viande sans penser qu'elle provient d'un animal qui a été tué. Quand il le réalise, il peut devenir végétarien ou même, végétalien. Les citadins ne sont pas pour autant meilleurs avec les animaux. Ce sont eux qui les abandonnent quand ils partent en vacances.Peut-on considérer l'hypocrisie comme corrélative de l'affaiblissement des valeurs religieuses? Je ne le pense pas. C'est une "défense" autonome.Je vous précise que je pense que ce sont les hommes qui ont fait les dieux à leur image. Que les religions élaborées dont dispose l'humanité d'aujourd'hui dérivent de l'animisme primitif. 

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