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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 14:05



La première croisade fut entreprise pour libérer Jérusalem de l’emprise des Turcs Seldjoukides et rétablir la possibilité pour les chrétiens d’effectuer le pèlerinage à Jérusalem interdit par les maîtres des lieux musulmans.
Après la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099 tous les problèmes ne furent pas résolus pour autant. Entre le port où ils débarquaient, Acre le plus souvent, et Jérusalem, les pèlerins faisaient fréquemment l’objet d’attaques, dont les visées étaient couramment le brigandage.



 

 






Fin 1119 – début 1120, l’ordre du Temple fut fondé par deux chevaliers français, Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, sous le nom de l'ordre des pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin pauperes commilitones Christi Templique Solomonici). La mission assignée à l’ordre était de protéger les pèlerins sur les routes de Terre sainte menant à Jérusalem.




 






L’ordre était un ordre religieux et militaire. Religieux, car ses membres prononçaient les voeux de pauvreté, chasteté et obéissance et suivaient une règle. Ce n’étaient pas, comme on l’a souvent écrit à tort, des moines-soldats, car ils ne vivaient pas une vie monastique, ils vivaient dans le siècle.
 



 



Après une procédure de reconnaissance pontificale achevée en 1129, l’ordre prit son essor et connut son apogée au xiiie siècle.

 




L’ordre reçut de nombreuses donations et bénéficia de legs. Il fallait financer les chevaliers qui se battaient en Orient, leur cavalerie, leur armement et la construction de leurs forteresses. Cela coûtait fort cher. Les Templiers stationnés en Occident, organisés en commanderies, constituaient l’arrière et avaient pour mission de procurer les fournitures et les financements nécessaires aux combattants. Ils durent, nécessité faisant loi, se montrer d’habiles gestionnaires.

 










Ils réorganisèrent de façon rationnelle, par voie d’échanges, de ventes et d’achats, les bien-fonds dont ils avaient hérité un peu au hasard. Un remembrement avant l’heure, en somme !


 

Ils favorisèrent la production agricole sur leurs terres. Ils furent d’actifs défricheurs. Le grand mouvement de défrichement des xiie et xiiie siècles attribué aux ordres monastiques fut l’œuvre des Cisterciens d’une part et des Templiers de l’autre. Comme ils constatèrent qu’un paysan libre était beaucoup plus productif qu’un serf, à chaque fois que cela leur fut possible sans heurts trop violents avec l’aristocratie locale, ils émancipèrent leurs serfs. Ils pratiquaient le métayage mais ils avaient une préférence pour le fermage, qui mettait leurs revenus à l’abri des aléas des récoltes.




 

Ils favorisèrent les progrès techniques, aussi bien dans l’agriculture que dans l’élevage, lequel était nécessaire à la fourniture de montures et de laine aux chevaliers combattants d’Orient. Idem pour toutes sortes d’activités artisanales utiles à l’exploitation de leurs domaines ou à la fourniture « aux armées ».



 





Comme ils étaient, du fait de leur vœu d’obéissance, mobilisables très rapidement, bien plus rapidement en tout cas que les vassaux qui ne disposaient pas d’armée permanente d’une part et qui n’en faisaient plus ou moins qu’à leur tête malgré leur serment de fidélité d’autre part, ils furent très appréciés par les chefs des États latins d’Orient pour leur appui dans les guerres contre les musulmans. Leur mission habituelle et statutaire d’accompagnateurs sur les routes de Palestine conduisit à ce qu’on leur confia le plus souvent l’avant-garde ou l’arrière-garde des armées en déplacement, ce qui les exposa à de nombreux combats. Disciplinés, ils se montrèrent d’excellents soldats. On peut dire qu’après la disparition des Légions romaines, plusieurs siècles plus tôt, ils réinventèrent la discipline militaire moderne.




 

 



Ils avaient l’habitude de transporter les marchandises et l’argent vers l’Orient. L’expérience acquise les conduisit à faire ce genre d’opération pour le compte d’autrui. Pour faciliter les mouvements, ils inventèrent la lettre de change. Ils rendirent aussi le service de mettre de nombreux trésors, y compris le trésor royal, sous la très efficace protection de leurs coffres et forteresses. S’ils n’inventèrent pas la comptabilité à partie double, leurs clients étaient néanmoins fort satisfaits de la façon dont leurs comptes étaient scrupuleusement tenus. Ils furent donc d’efficaces et inventifs banquiers.





 

 



Après la disparition du dernier royaume franc de Palestine, avec la chute de Saint-Jean d’Acre
le 16 juin 1291, la pérennisation de l’ordre devenait difficile à justifier.




Le 13 octobre 1307 tous les Templiers du royaume de France furent arrêtés par ordre du Roi. Le Temple fut la victime de Philippe le Bel, réformateur et instaurateur implacable d’une monarchie qui ne voulait pas de concurrents à son pouvoir.







L'ordre, sans être condamné, fut dissout en 1312 par le pape Clément V.









En 1314 son grand maître Jacques de Molay, et Geoffroy de Charnay, déclarés relaps, furent brûlés à Paris sur l'île aux Juifs. 
 











Il n’est pas le lieu ici d’entrer dans cette histoire de la fin du Temple, sauf pour regretter qu’elle ait fait l’objet d’ouvrages de vulgarisation bien plus souvent que ça n’a été le cas de  l’œuvre modernisatrice accomplie par l’ordre sur les plans militaire, technique, social, économique et financier, durant plus d’un siècle et demi.

 

Lire aussi l'article Richerenches, village templier

Bibliographie

 


Alain Demurger, Les Templiers : Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Éd. du Seuil

 







Laurent Dailliez, Les Templiers, Éd. Perrin

 









Michel Lamy
, Les Templiers
, Éd. Aubéron






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Published by Laurent Berthod - dans Progrès
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commentaires

thebie 17/03/2010 23:46


merci de partager ces précieuses informations avec nous tous et toutes,

internautes passionnés par l'histoire des templiers;

bonne continuation!


Marie-Christine Chambon 02/06/2009 14:33

Article intéressant, c' est dommage que l' iconographie ne soit pas référencée. J' ai bien reconnu Collioure, mais en dehors de ça...

claude+choquet 30/05/2009 22:44

cher commandeur lorenzo de la villa urbana et de richerenche, ton intérêt pour les templiers me parait on ne peut plus légitime! j'aimerais savoir à quel titre le beffroi de collioure, que je connais bien, figure dans ton iconographie? Etait-ce une construction  templière? Clôd

Laurent Berthod 30/05/2009 23:14



Je ne sais si l’église de Collioure est une construction templière,
mais Collioure faisait partie des ports, avec Marseille, Saint-Raphaël et Aigues-Mortes, d’où les bateaux affrétés par l’ordre appareillaient pour l’Orient, afin d'y transporter notamment
les chevaux et les armes nécessaires aux chevaliers combattants. À Collioure il y a une cave vinicole qui s’appelle Cellier des Templiers, comme la cave coopérative de Richerenches. Une
usurpation ?



guy ginon 28/05/2009 13:35

C'est effectivement le 13 octobre 1307 que les Templiers furent arrêtés. C'était un vendredi et pour certains historiens, c'est l'origine de la mauvaise réputation du vendredi 13.Bravo pour ce blog en général et cet article en particulier

Michel 27/05/2009 12:20

Des ordres de cette époque, je crois qu'il ne subsite plus aujourd'hui que l'ordre de malte dont il ne substiste plus que la mission hospitalière (l'ordre de malte bien que "militaire" n'a pas d'armée); une idée pour un prochain article ?

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