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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 00:42


Pour tenir sa place un titre doit être court. Le titre retenu pour cet article est donc Du danger des modèles en sciences, mais en toute rigueur il devrait être : Du danger de la mauvaise utilisation des modèles en sciences.

 

Le N° 35 des Dossiers de la Recherche de mai 2009 est consacré au Big Bang. Deux interviews ont particulièrement retenu mon attention.

 

Le grand astrophysicien indien  Jayant V. Narlikar a élaboré, avec  Fred Hoyle, décédé en 2001, et Geoffrey Burbidge, un modèle  d’Univers quasi stationnaire qui postule des processus permanents de création de matière. Narlikar n’est donc guère convaincu par les différentes variantes du modèle cosmologique standard, autrement dit le modèle du Big Bang. Il estime que ce modèle est en contradiction avec un certain nombre de faits empiriques et que plutôt que d’abandonner le modèle, ses partisans préfèrent le sauver par des concepts difficilement vérifiables.








 

 

Par exemple, on sait par les observations que la majeure partie de la matière composant l’Univers n’émet pas de rayonnement détectable. L’hypothèse la plus simple, à savoir que cette matière « sombre » pourrait être de la matière ordinaire, est rejetée parce qu’elle impliquerait une très grande quantité de deutérium dans l’univers, ce qui est en contradiction avec ce que prévoit le modèle. Pour Narlikar une attitude scientifique normale aurait voulu que la découverte de la matière sombre remette en question le modèle. Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé : pour sauver le modèle, on a préféré inventer une nouvelle forme de matière, dite « exotique », la matière noire dont on ignore en réalité à peu près tout et qui n'a jamais été observée.

 

Une autre contradiction entre le modèle du Big Bang est certaines observations empiriques a conduit les partisans du Big Bang à sortir de leur chapeau le concept d’énergie noire.

 

Narlikar estime que son modèle d’univers quasi stationnaire a un support empirique aussi solide que celui du modèle du Big Bang et qu’il mériterait que des observations susceptibles de trancher un jour soient conduites. Mais, nous dit-il, ce n’est pas si simple. Selon lui il est impossible d'obtenir des fonds pour réaliser des programmes d'observations qui seraient consacrés à une cosmologie qui n'est pas dans la norme. Un étudiant choisissant de travailler sur un modèle non standard n'aurait pratiquement aucune chance d'avoir un jour un poste. Narlikar estime qu’il n’y a guère eu de progrès depuis le temps de Copernic ou de Galilée et que l’arrogance conduit au fondamentalisme, non plus religieux, mais scientifique.



 

 

Loin de moi, qui n’ai aucune compétence, de vouloir trancher la querelle. Simplement une autre interview du même numéro de la revue me semble illustrer parfaitement le défaut méthodologique que Narlikar reproche à ses confrères.
 

 

Edgard Gunzig, professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles, travaille sur un scénario original de la naissance de l'Univers fondé sur l’énergie du vide quantique. Ce scénario a pour avantage  de ne plus avoir besoin d’un début au Big Bang, l’expansion de l’Univers produisant de la matière et la matière produisant l’expansion de l’Univers. Il n’est pas le lieu ici de rentrer dans les subtilités très séduisantes de ce scénario. Ce scénario s’appuie sur la théorie de  l’énergie du vide quantique (autrement dit : l’énergie du vide n’est pas nulle). Au cours de son exposé le professeur Gunzig dit textuellement : « L'énergie du vide est capable du pire comme du meilleur. Le pire, c'est un problème conceptuel majeur toujours irrésolu : sa valeur déduite de la théorie quantique des champs est colossale et totalement incompatible avec les propriétés de notre univers ». Une contradiction entre la théorie et la réalité qui, dans l’interview du moins, ne semble pas le troubler outre mesure, puisqu’il établit son scénario sur la base de ce concept plus que problématique. Je ne veux pas dire qu’il a tort d’explorer des pistes sur une sorte de pied d’argile. Apparemment il a la modestie de ne pas prétendre que son modèle détient la vérité. Mais cela illustre bien le danger mis en évidence par Narlikar : moins de modestie intellectuelle, plus d’arrogance et le fondamentalisme n’est pas loin.

 

Je crois que la mise en regard de ces deux interviews devrait nous conduire à une réflexion sur les dangers d’une mauvaise utilisation des modèles en sciences. Un modèle permet d’explorer une thèse, de la pousser jusqu’à ses conséquences lointaines, mais il ne peut prétendre représenter la réalité que lorsqu’il est empiriquement vérifié.


Ce qui est vrai pour la cosmologie l’est certainement au moins autant pour l’économie et pour la climatologie.

A propos de cette dernière, certains critiques du GIEC font observer que ses prévisions seront vérifiables dans cinquante ans, quand tout le monde, si elles ne se confirment pas, les aura oubliées. Je ne saurais trop conseiller la lecture du rapport, établi par un groupe international de scientifiques, intitulé C'est la nature, et non l'activité humaine qui détermine le climat. Ce rapport conteste les thèses du GIEC sur l'origine anthropogénique du réchauffement climatique, en particulier l’utilisation de modèles non vérifiés empiriquement, voire en contradiction avec de nombreux faits empiriques. Les douze premières pages de ce rapport sont accessibles à ceux qui n’ont pas de culture scientifique.

 

Une fois encore, loin de moi de vouloir trancher entre le GIEC et ce groupe de scientifiques ; je m’étonne seulement de l’assourdissant silence médiatique pesant sur les « hérétiques »  (enfin, rien concernant les media ne devrait plus m’étonner !).



 





Bibliographie

 

Les Dossiers de la Recherche, N° 35 – Trimestriel Mai 2009, Le Big Bang, Révélations sur l’origine de l’Univers. Egard Gunzig, Entretien, « L’espace-temps s’est créé lui-même », p. 32-36. Jayant V. Narlikar, Entretien, « Croire au Big Bang est un acte de foi », p.42-45.
 

 



C'est la nature, et non l'activité humaine qui détermine le climat, version française du Report of the nongovernmental international panel on climat change :
http://www.pensee-unique.fr/NIPCC


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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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commentaires

Catherine Berthod 10/05/2009 20:17

Peut-on avoir des informatins sur la tête tirant la langue, qui est politiquement "incorrecte".

Laurent Berthod 11/05/2009 12:43


Il s'agit d'une tête sculptée présentée au musée de la cathédrale Sainte-Eulalie-et-Sainte-Julie d'Elne.


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