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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 00:31


Au xixe siècle en Europe, la population des villes s’accroissait notablement et la consommation de viande se développait avec l’élévation du niveau de vie. Aussi, la destination des déchets des abattoirs, qui étaient installés aux portes des villes, était un problème d’hygiène publique difficile à résoudre. Il était devenu impossible de les jeter au caniveau comme au temps du roman de Süskind Le parfum et les jeter à la rivière ou au fleuve n’était pas non plus trop recommandable.

 



Un grand chimiste et industriel allemand, Liebig, celui des potages et des engrais, mit au point un procédé d’utilisation rationnelle de ces déchets : par dessiccation ils étaient transformés en farines, facilement stockées et transportées. Ces farines fournissaient une excellente source de protéines animales aux porcs et aux volailles, animaux omnivores, faut-il le rappeler ?

 

 


Je ne sais quand on eut la première fois l’idée d’en mettre dans la ration des vaches. Mais durant la guerre de 14-18 la pénurie de beaucoup de denrées agricoles et alimentaires s’était fait jour à cause du grand nombre de paysans et de travailleurs agricoles mobilisés. Dans cette situation, la récupération de toute matière utilisable est bienvenue. Aussi dans les almanachs agricoles de cette époque trouve-t-on des recettes pour l’incorporation de farines carnées dans la ration des vaches. On voit donc que nourrir les vaches avec des farines carnées n’a pas attendu l’agriculture  « productiviste » pour entrer dans la pratique.

 


Durant la deuxième guerre mondiale les Britanniques ont souffert d’une pénurie de biens agricoles et alimentaires, plus grave encore, du fait de leur grande dépendance, historique, d’approvisionnements extérieurs et du fait du blocus naval allemand (la fameuse bataille de l’Atlantique). A l’issue de la guerre, traumatisés par cet épisode, les britanniques ont conduit une politique de récupération de toutes les sources possibles de protéines.




Dans cette optique, pour l’alimentation du bétail, ils ont cherché à réduire le recours aux protéines végétales importées. La production de luzerne n’est favorisée ni par le climat ni par les sols britanniques. Dans ces conditions, les sujets de sa gracieuse Majesté ont recouru de façon généralisée aux farines carnées pour l’alimentation des animaux de rente de toutes espèces, y compris les bovins.

 



Pendant ce temps, les pays de ce qui s’appelait alors la CEE, ou plus communément le Marché Commun, avaient dû accorder aux USA une entrée libre aux tourteaux d’oléagineux américains, en échange de la mise en place de la politique agricole commune, fortement protectionniste. En Europe continentale, donc, la complémentation de la ration des bovins était à base de protéines végétales importées.



 

Les procédés d’extraction des graisses des déchets d’abattoirs pour obtenir des farines carnées maigres requerraient une extraction à chaud avec solvant cyclique (hexane). C’était un procédé dangereux pour la santé des travailleurs et en outre fortement soumis à des risques explosifs. Des accidents mortels étaient intervenus. Lorsqu’on réussit à mettre au point un procédé d’extraction des graisses par pression à froid, celui-ci se généralisa, et ce d’autant plus rapidement après le premier choc pétrolier, que ce dernier rendait plus facilement amortissable un changement d’équipement.

 



Certains scientifiques pensent que la diffusion de l’ESB dans le cheptel bovin britannique a trouvé son origine dans ce changement de procédé industriel. A froid et sans solvant organique, l’agent infectieux (qui pourrait être soit celui de la tremblante du mouton soit celui d’une ESB jusqu’alors sporadique) n’aurait plus été inactivé et se serait multiplié à chaque génération de bovins dont les déchets étaient transformés en farines carnées.

 

D’autres scientifiques, et c’est à ceux-là que le rapport de la commission d’enquête britannique officielle ‒ dite Commission Phillips – a donné raison, estiment que la transmission et le recyclage multiplicatif de l’agent n’ont rien à voir avec le changement de procédé de fabrication des farines de viande. Selon cette thèse, l’encéphalopathie spongiforme bovine serait issue d’une mutation de la protéine prion apparue tout à fait par hasard et, par malchance pour les britanniques, en Grande-Bretagne. Elle se serait propagée de façon indépendante du changement de procédé industriel.

 


Quelle que soit l’hypothèse retenue on voit que l’origine de cette maladie et de sa propagation assez foudroyante est fort peu explicable par le paradigme de l’agriculture « productiviste ».

 

Sa transmission au continent est une autre question, qui est elle-même à mettre en relation avec le commerce européen de produits carnés britanniques.

 

Il convient de noter au passage que les Britanniques ont été accusés d’avoir troqué un procédé de fabrication assainissant pour un procédé recyclant l’agent infectieux, pour des motifs d’ordre bassement lucratif, alors que ce changement trouve son origine dans des préoccupations de sécurité du travail (même s’il a pu être facilité ensuite par une modification des conditions économiques).

 

Ainsi naissent et courent les rumeurs…

 

Celles qui font plaisir à l’idéologie, c’est à dire aux croyances.


Bibliographie
 
Sur Justus von Liebig : Pierre Feillet, La nourriture des Français, Éd. Quæ, p. 55 et 56, http://books.google.fr/books?id=Sr8b-uK4w_8C

Le rapport de la commission Phillips : http://www.bseinquiry.gov.uk/


A propos du rapport de la commission Phillips, École vétérinaire de Lyon :
http://www2.vet-lyon.fr/ens/nut/webBromato/cours/farinean/legislat/Phillips.html

 

 

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Published by Laurent Berthod - dans Progrès
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Claude Dominique 27/09/2009 19:37


Bonjour,

Il est aujourd'hui rarissime de trouver un commentraire objectif comme vous l'avez fait sur ce sujet. Les peurs collectives manipulées par la dictature bio ont axphixié ce sujet. Il est
évident que des sources de protéines de bonne valeur biologique sont gaspillés. Il faudra sauter une génération pour comprendre cela... bravo pour votre blog !  


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