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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 00:55



En 2002, au musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon, dans une exposition consacrée aux Romains de Hongrie, on pouvait lire une inscription en vers, du iiie siècle après J.-C., qui tenait lieu d'épitaphe à Aelia Sabina, musicienne à Aquincum,  ville de Pannonie, aujoud'hui Budapest :
 


Ci-gît enclose dans cette pierre ma chère et dévouée épouse Sabina
Formée dans les arts elle y surpassait son mari
Elle avait une voix agréable et grattait les cordes de son pouce
Mais trop tôt emportée, elle se tait désormais. Elle allait vers ses trente ans,
moins cinq ans, hélas, mais avec en plus trois mois et deux fois sept jours. De son vivant c'était une joueuse d'orgue estimée et aimée du public.
Sois heureux, toi qui liras ces lignes, que les dieux te conservent en vie !
Et toi, chante d'une voix pieuse : adieu, Aelia Sabina !


Titus Aelius Iustus, organiste rémunéré par la légion II Adiutrix, a fait élever ce monument à son épouse.

 



Presque deux millénaires plus tard, ce message nous atteint comme s’il était d’hier. Il franchit les siècles, la distance des cultures, et nous transmet l’émotion de qui a éprouvé la perte d’un être cher.

Il est le signe de l'humanité universelle.

Il est aussi le signe de ce qui la distingue de l'animalité.

Antoine de Saint-Exupéry nous a rapporté qu’aucune bête n’aurait fait ce qu’a fait Guillaumet. Quel animal, autre que l’Homme, a-t-il jamais partagé avec l’un des siens l’émotion dont témoigne Titus Aelius Iustus ?

 


Bibliographie

Pour lire le texte dans sa version latine originale et ses commentaires philologiques :

http://books.google.fr/books?id=yd4WeNBYe2QC&pg=PA439&lpg=PA439&dq=Aelia+Sabina&source=bl&ots=
zChwQAHvhQ&sig=Kgh_h1w1w4_VWtY9cNB73furcco&hl=fr&ei=nG
__Sf6rKcu2jAe-_Lj2Bg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1#PPA427,M
1

page 438

Clausa iacet lapidi coniunx pia cara Sabina.
Artibus edocta superabat sola maritum
Vox ei grata fuit, pulsabat pollice cordas.
Set cito rapta silet. Ter denos duxerat annos,
heu male quinque minus, set plus tres me(n)ses habebat,
bis septemque dies uixit. H(a)ec ipsa superstes
spectata in populo hydraula grata regebat.
Sis felix quicumque leges, te numina seruent.
et pia uoce cane : Aelia Sabina uale.



Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, chap. II.2
 



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Published by Laurent Berthod - dans Homme-animal
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commentaires

David Olivier 06/01/2010 15:53


Si le «propre de l'homme» c'est de savoir jouer de l'orgue et faire de la poésie, alors je ne dois pas être un «homme». La plupart des humains non plus, d'ailleurs.

Personnellement, je m'en fiche.

Si au lieu de tenter coûte que coûte de maintenir contre toute vraisemblance ce fameux «abîme» entre humains et autres animaux, on arrêtait de maltraiter ces derniers?

En commençant en particulier par arrêter de les tuer pour les manger?

http://abolir-la-viande.org/

David

(Au fait, c'est quoi la super-importante distinction entre communiquer et transmettre?)


Laurent Berthod 08/01/2010 09:05


J'ai rendu visite à votre page personnelle. Je me demande comment vous arrivez à surmonter votre contradiction. Vos chats sont-ils végétariens ? Sinon comment faites-vous pour les nourrir sans
qu'on ait dû tuer d'autres animaux, rien que pour votre petit amour égoïste des chats ?

Bien à vous.


michel+berthod 05/05/2009 16:43

"Abime" me semble un peu fort, je le retire et je préfère dire que jouer de l'orgue ou faire partager ses émotions par la poésie, c'est ce que Baudelaire appelait "le meilleur témoignage de notre dignité", qu'il désignait aussi comme "cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge". "Sanglot" pour l'émotion, mais aussi "d'âge en âge" pour la transmission. Est-ce que le signe de l'humanité ne serait pas à chercher dans la capacité à transmettre, qui est beaucoup plus que la capacité à communiquer (dont les animaux supérieurs ne sont pas dépourvues) ?

michel+berthod 05/05/2009 15:02

La différence entre un âne ou une chatte et un musicien romain du 3è siècle, c'est que ni l'âne ni la chatte ne sont capables de jouer de l'orgue ni de faire partager leur émotion par la poésie. Cela suffit à établir un abîme entre eux et nous, sans qu'il soit besoin de leur refuser la capacité à être heureux et à souffrir, ni le respect auquel leur donnent droit ces émotions, ou "affects" comme on disait au 17è siècle.

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