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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 20:43


Galilée est incontestablement un des plus grands savants de l'histoire. C'est le fondateur de la science moderne, tant sur le plan de la méthode expérimentale que de la conception de ce qu'est la connaissance scientifique.

 

Dans les controverses scientifiques avec ses confrères, il eut bien souvent raison, qui plus est, sur des points essentiels. Mais il lui arriva aussi de se tromper.

 











Galilée avait observé les phases de Vénus. Les satellites de Jupiter. La rotation des tâches solaires. Tout cela indiquait un vaste mouvement général de rotation des astres sur eux-mêmes et des uns autour des autres. La géniale intuition de Galilée le convainquit que l'explication la plus sûre au jour et à la nuit et à la trajectoire du soleil dans le ciel n'était pas la rotation du soleil autour de la terre mais la rotation de la terre autour d'elle-même et autour du soleil, c'est-à-dire la théorie héliocentrique de Copernic.

 





Cette théorie venait contredire les textes bibliques, notamment le livre de Josué, dans lequel le soleil est arrêté dans son mouvement.

 

A cette époque l’Église n’était pas si obscurantiste que certains se plaisent aujourd'hui à le penser. Elle admettait depuis un certain temps déjà que les points des textes sacrés en contradiction avec les observations de la raison fussent considérés dans un sens purement symbolique ou allégorique. Elle n’admettait toutefois de revenir sur une lecture littérale du texte biblique que dans la mesure où il était clairement démontré qu’elle était contraire à la réalité. Une théorie scientifique non démontrée, contraire aux textes bibliques, pouvait être défendue, à condition que ce le soit à titre d’hypothèse. Cette dernière règle avait d’ailleurs fini par revêtir un caractère plutôt formel.

 

Les esprits forts d’aujourd’hui ne manquent pas de se moquer d’une telle position. C’est oublier que nous n’étions pas au XXesiècle, après que Newton, Darwin, Einstein et Planck nous eurent appris que la marche de la nature n’était pas du ressort de la religion ni des textes sacrés. A cette époque, où les sciences de la nature émergeaient à peine des limbes, on peut même estimer que cette position de l’Église était progressiste voire avant-gardiste. Elle offrait en effet la possibilité de réviser l’interprétation des textes sacrés et, par-là même, ouvrait la porte à tous les progrès de la pensée scientifique. Sauf à ce qu’on me démontre le contraire, je ne sache pas qu’une autre religion dans le monde ait eu une telle attitude d’ouverture dans ces temps reculés.

 



Il se trouve que Galilée avait raison mais qu'il n’eut pas le moyen de le prouver. Il tenta de démontrer sa thèse au moyen du mouvement des marées. Toute personne qui a le niveau d’une classe terminale scientifique de ma jeunesse (Math-élem, ça s’appelait), lisant la démonstration de Galilée comprend immédiatement qu’elle est erronée et par où elle pèche. Pour essayer de faire simple, disons que le mouvement dissymétrique des marées ne peut être provoqué par un mouvement circulaire symétrique de la surface de la terre autour de son axe. C’est d’ailleurs le mouvement de rotation de la lune autour de la terre, dissymétrique par rapport à la surface de cette dernière, qui engendre le mouvement des marées. Cette explication des marées par la lune avait déjà été énoncée par Kepler, et fut explicitement réfutée par Galilée. Il fallut attendre le XIXesiècle pour que la rotation de la terre autour de son axe fût physiquement matérialisée par le pendule de Foucault.

 

Galilée défendit sa démonstration erronée de la réalité de la rotation de la terre devant le Saint-Office. Celui-ci, conformément à la doctrine de l’Église de l’époque, était disposé à admettre cette thèse à titre d’hypothèse et n’admit pas la démonstration - erronée - de la réalité du mouvement de la terre.

 


Il faut ajouter à cela un contexte où Galilée s’est montré pour le moins imprudent dans son opuscule Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Il y mettait les arguments des opposants à sa thèse dans la bouche d’un simple d’esprit, dans lequel le Pape, qui jusque là avait soutenu Galilée, crut voir sa propre caricature !!!

 

Bibliographie

Ludovico Geymonat. « Galilée ». Éd. du Seuil. Coll. Points Sciences.

William Shea. « La révolution galiléenne ». Éd. du Seuil. Coll. Science ouverte.

Arthur Koestler. « Les Somnambules ». Éd. Calmann-Lévy





 

 

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Published by Laurent Berthod - dans Histoire des idées
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itau 25/08/2011 07:12


Mieux vaut tard ( très ! ) que jamais...

Les circonstances font que j'ai manqué l'ouverture de votre blog et que je découvre très tardivement ce bel article sur l'affaire Galilée dont je savais vaguement les déformations et les raccourcis
trompeurs, mais sans plus.
Voilà donc, pour moi, un défloutage des plus heureux ; et aussi de la matière à mieux contrer les idées reçues, s'il s'en présenten tautour de moi , sur cette question.
Jusque là ce blog, dont l'artisan tient du lapidaire, m'a beaucoup appris/apporté/confortée. Il y a juste que je suis un peu pagailleuse dans ma façon de l'appréhender.
Merci à vous.


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